Le terme « innovation » se retrouve de plus en plus quand il est question de santé.

Mais que signifie le terme innovation?

Le dictionnaire Larousse nous en donne une définition :

« Introduction, dans le processus de production et/ou de vente d’un produit, d’un équipement ou d’un procédé nouveau. »

Le terme important est ici « nouveau ».

En effet qui dit innovation, dit quelque chose de nouveau. Rien de plus.

Or, aujourd’hui, l’innovation en particulier en santé, est associé immédiatement à un bénéfice : « C’est-à-dire une démarche qui apporte un bénéfice à la personne. « 

C’est ainsi que toute la communication officielle est axée vers ce qui est présenté comme des bénéfices , que ce soit le ministère de la santé et dans son sillage les agences qui dépendent de ce ministère. D’ailleurs, il est aujourd’hui en permanence question d’innovation en santé.

 

 

En fait ce terme a été popularisé par l’industrie pharmaceutique, au point qu’il devienne aujourd’hui une banalité .

Il n’est ainsi pas surprenant de trouver 564 résultats pour ce terme sur le site du LEEM (Organisation professionnelles des entreprises du médicament)

 

 

 

 

 

Innovation est-elle synonyme d’amélioration, de bénéfice santé supplémentaire, comme cela nous est suggéré ?

 

 

 

Actuellement, la santé connectée est le sujet où l’on parle le plus d’innovation.

Apple avec sa montre est un leader sur le marché.

Mais ces nouveautés, appelées uniquement innovations, ont-elles un quelconque bénéfice pour le patient?

Sur le site sur lequel s’enregistre les études cliniques en cours, il en existe 20 sur la montre connectée d’Apple.

Parmi ces 20 études, aucune ne s’intéresse de savoir si cet appareil améliore la santé ou même est susceptible  de diminuer les coûts.

Mais déjà Apple est en contact avec des mutuelles pour que les personnes âgées à risques puissent disposer de cette « innovation ».

 

 

Cet article est intéressant car il montre combien les médias, friands de « buzz », font la promotion d’appareils qui n’ont aucune preuve d’une quelconque efficacité, efficacité qui n’est pas non plus recherchée comme l’indique John TOZZI, un journaliste reporter.

J’ai relevé quelques éléments de cet article en plus de ceux que j’ai surligné dans ma traduction de cet article.

« Une victoire pour Apple, les assureurs et les patients » n’hésite pas à affirmer l’article. Pour Apple et les assureurs sûrement, pour les patients, rien n’est moins sûr!

« les responsables de l’assurance disent qu’ils travailleraient avec Apple si la société pouvait montrer qu’elle aide ses membres à détecter les problèmes de santé potentiellement graves avant qu’une intervention coûteuse ne leur soit nécessaire. » Or il vient d’être montré que sur les 20 études cliniques en cours, aucune n’a pour sujet l’amélioration de la santé.

Détecter des problèmes, sûrement.

Que cette détection soit utile, c’est une autre question autrement plus épineuse.

Ainsi ceux qui connaissent les études, savent que la quasi totalité de celles-ci ne sont réalisées que pour permettre la mise sur le marché d’un « produit ». Son bénéfice est toujours accessoire. Il y a donc fort à parier qu’avec ces 20 études en cours, Apple n’ait aucune difficulté à montrer que sa montre permet de « détecter des problèmes de santé potentiellement graves« . Apple pourra donc générer du chiffre d’affaire par la vente de sa montre « innovante ».

« La dernière montre Apple Watch comprend désormais un électrocardiogramme conçu pour détecter la fibrillation auriculaire, une maladie qui touche beaucoup plus de personnes âgées de plus de 65 ans que leurs homologues plus jeunes et qui les expose à un risque plus élevé d’accident vasculaire cérébral et de maladie potentiellement mortelle les résultats. »

Le problème est que nous ignorons complètement ce qui se passe dans notre cœur à chaque minute de notre vie. Nous ignorons s’il n’existe pas, parfois, des fibrillations auriculaires « non pathologiques » et donc sans conséquence.

C’est le problème d’aujourd’hui : que faire d’anomalies que nous détectons? Sont-elles toutes à développement pathologique? Ou tout simplement font-elles partie de la « normalité »? Nous en avons une petite réponse à cette question avec les surdiagnostics et les sur-traitements générés par la mammographie de dépistage.

« ...nous en sommes juste au début.. » 

C’est bien ce qui, de mon point de vue est inquiétant.

 

 

Un autre article, lui critique, est publié par le site Kaiser Health News un site américain indépendant dont le but est l’analyse du système de santé.

Cet article analyse avec humour, les dérives actuelles de la santé connectée. Vous y trouverez des appareils pour le moins étonnants.

Vous pourrez trouver une traduction de mon cru ici.

 

 

 

Il n’est question, partout aujourd’hui que d’innovations en santé.

Mais il semble bien que tous les acteurs se préoccupent plus des bénéfices que cela va générer que de savoir si cela est vraiment utile.

En effet, il y peu d’études sur la normalité physiologique d’un corps humain. Et cela d’autant plus que toutes anomalies détectées est immédiatement considérées par les médecins comme pathologiques et cela souvent même en dehors de tous signes cliniques.

Or la médecine s’est toujours intéressé à la maladie, aux signes qui permettent de diagnostiquer un processus pathologique. Mais elle ignore tout de ce qui fait la normalité et la santé . Il est à déplorer que le plus souvent, elle considère comme pathologique tout évènement qu’elle détecte. Et une fois détecté, la médecine s’empresse de traiter cette « anomalie ».

Cette tendance n’est pas prête de s’inverser comme en témoigne ces articles.

 

 

 

Je suis très inquiet, dans cette « course à l’innovation » car je pense sincèrement que nous avons tous quelque chose à perdre et rien à y gagner.

 

Nous avons vu dans un premier volet que « le ministère de la vérité » s’occupait de vaccination antigrippale et de dépistage du cancer du sein.

Mais est-ce les deux seuls sujets dont ce ministère s’occupe?

Il n’est est rien. C’est tout le champ de la médecine qui est concerné.

Dans ce deuxième volet nous allons voir que le ministère de la vérité s’occupe aussi de propagande pour les médicaments.

Je voudrais donc attirer votre attention sur cet article publié sur le site du FORMINDEP .

Accès au marché des nouveaux médicaments : pourquoi accélérer ?

Cet article est long à lire et je vais en tirer les « meilleurs feuilles » comme l’on dit dans la presse.

Je vais m’intéresser plus particulièrement au deuxième volet :

Fake innovations de rupture

Le mirage des « innovations thérapeutiques » et les dangers du projet gouvernemental

Mais le premier volet de cet article mérite aussi votre attention car il montre combien nos élus, le premier ministre et même notre président de la république, sont plus intéressés par l’intérêt des firmes que par celui de ceux qui les ont élus.

 

 

« un livre blanc livré le 20 juin 2018 « Médicaments et progrès thérapeutique : garantir l’accès, maîtriser les prix – La contribution de la société civile au débat public en France », 8 associations (Aides, France Assos Santé, La Ligue contre le cancer, Médecins du Monde, Prescrire, UAEM, UFC-Que Choisir) »

De nombreuses associations indépendantes s’interrogeaient sur ce que les industriels, les médias, les autorités sanitaires présentent régulièrement comme des médicaments représentant des progrès thérapeutiques.

Présenter des nouveaux médicaments mis sur le marché comme des innovations et donc des progrès en matière thérapeutique, n’est-ce pas de la propagande dans la plus pure tradition du « ministère de la vérité » du roman d’ORWELL?

Telle est la question de ce billet.

 

 

« Ces retards sont en fait dus au temps de négociation de prix, notamment face aux exigences de prix très élevés des industriels pour des médicaments n’apportant pourtant qu’une amélioration du service médical rendu mineure (IV) ou inexistante (V, soit « absence de progrès thérapeutique)« 

D’entrée, le fait notable est que les nouveaux médicaments n’apportent qu’une amélioration mineure pour le traitement de pathologies. Nous sommes loin d’un qualificatif « d’innovation ».

 

 

La HAS constate peu de progrès parmi les nombreux nouveaux produits et nouvelles indications :

Les produits nouveaux que l’industrie, ses représentants, les leaders d’opinion et nombre de médias à leur suite, mais aussi les autorités sanitaires et nos politiques jusqu’au plus niveau, nous présentent comme des innovations; ont un service rendu INEXISTANT. le rapport de l’HAS qui l’indique est un fait consultable ( page 12). La revue Prescrire mais aussi les agences canadiennes et allemandes ou des cancérologues américains, font le même constat d’absence de progrès thérapeutique.

« En fait,… innovation veut juste dire nouveau. Ça ne veut pas dire progrès, ce dont probablement peu de soignants et surtout peu de patients se doutent. Mais, pour les gens dans les agences, c’est évident, innovation ça veut dire nouveau. La plupart des innovations n’apportent pas de progrès tangible pour les patients et certaines s’avèrent de véritables régressions thérapeutiques. »

 

 

« Dans une synthèse consultable librement, Prescrire estime qu’ « au fil des années, il se confirme que l’évaluation des médicaments en vue d’obtenir une autorisation de mise sur le marché (AMM) est trop souvent bâclée ». »

Cela veut dire que les nouveaux médicaments qui obtiennent l’autorisation de commercialisation et donc de prescription n’apportent aucune garantie de leur intérêt et encore moins une garantie de leur innocuité.

Nous sommes complètement dans le marketing le plus sauvage et cela avec la bénédiction quand ce n’est pas la promotion des autorités sanitaires dont le rôle est pourtant la protection de leurs populations.

 

 

« Les autorisations expéditives de médicaments, posent le problème d’une information manquante sur leur sécurité et leur efficacité, qui potentiellement majore les risques pour les patients. »

 

 

« La littérature rapporte de façon récurrente qu’un grand nombre d’anticancéreux n’ont jamais démontré qu’ils allongeaient la vie. »

« Ces médicaments ne sont malheureusement pas retirés du marché. L’autorisation accélérée de mise sur le marché devrait être contrebalancée par un retrait accéléré lorsque le médicament ne confirme pas un bénéfice sur la survie globale ou la qualité de vie dans les essais post-AM »

« L’utilisation par les leaders d’opinion, hélas reprises dans les médias, de superlatifs inappropriés au sujet de ces nouveaux médicaments est un lieu commun. »

« De surcroît, les prix astronomiques observés ces dernières années n’ont aucune justification. »

« Ces médicaments* peuvent s’avérer efficaces avec de substantiels gains de survie, mais uniquement chez un très petit nombre de patients, alors qu’ils sont prescrits à tous. Il en résulte que si l’on peut parfois s’émerveiller devant une différence de médianes de survie entre le groupe de patients traités par ces médicaments et un comparateur actif, il aura fallu pour cela traiter inutilement 83% à 94% des patients qui eux n’ont bénéficié d’aucun allongement de leur vie. A contrario, 14% des patients auront malheureusement subi une « hyperprogression tumorale » associée à un raccourcissement significatif de leur vie ! »

Est-ce alors des innovations comme cela nous est présenté le plus souvent?

Pour un très petit nombre de patient sans doute, mais aucunement pour tous les patients. Or ces « innovations » sont administrés à tous les patients atteints de la maladie éligible et cela avec la bénédiction des autorités sanitaires et avec les fonds de la Sécurité Sociale.

Ainsi :

« Le gain absolu de survie globale après 5,6 années de suivi n’est que de 5,3%, il faut traiter 19 patients (NNT) pour éviter un seul décès au surcoût de près de 5 millions d’euros par rapport au comparateur actif. Dans le même temps, 87% des patients traités par carfilzomib subissent un effet indésirable de grade 3 ou supérieur, c’est-à-dire ayant entraîné une hospitalisation, des séquelles, ou menacé la vie du patient. »

 

 

 

Voilà la conclusion de l’article :

« Quel intérêt auraient les patients à accéder encore plus vite à ces soit-disant innovations alors qu’ils sont si nombreux déjà à être surtraités inutilement sans gain de survie ni de qualité de vie ?

Quel intérêt aurait notre système de santé à rembourser encore plus vite et plus longtemps, et dans l’ignorance totale de leurs effets positifs comme négatifs, des médicaments aux prix exorbitants ?

Quel autre secteur industriel est autorisée à commercialiser à des prix aussi astronomiques une production aussi défectueuse ?

A quelle autre industrie l’État garantit-il une hausse annuelle de son chiffre d’affaires ?

Notre Ministre de la santé, Agnès BUZYN, déclarait le 15 décembre 2017 : « On peut rassurer les français, aujourd’hui il n’y a pas un citoyen français qui n’a pas accès à un médicament parce qu’il serait trop cher. Pas un ! Et ça va continuer. C’est mon engagement. On n’est pas l’Angleterre… Tous les français accéderont à tous les médicaments s’ils sont utiles quelque soit le prix ». Utiles pour qui ?« 

Et l’on retrouve notre « ministère de la vérité » en la personne de sa ministre, le Pr Agnes BUZYN, qui défend « bec et ongle » l’intérêt non pas des citoyens français mais des industriels tout cela en faisant miroiter à ces même citoyens qu’ils pourront bénéficier de médicaments hors de prix car innovants.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans son roman 1984, George ORWELL décrit un régime policier totalitaire.

 

 

Ce régime qui restreint les libertés de ses citoyens possède un ministère qui réécrit l’histoire et les faits réels aussi souvent que nécessaire pour « coller » à la propagande gouvernementale.

Ce ministère se nomme: le ministère de la vérité. C’est un outil de propagande qui n’hésite à faire passer des mensonges pour des réalités vraies.

 

En mettant en perspective, le comportement de notre ministère de la santé qui n’hésite pas à « travestir » la réalité, il m’a paru évident que notre ministère de la santé actuel est très proche par son fonctionnement de ce ministère de la vérité imaginé en son temps par ORWELL.

En voici pour preuves, 2 exemples, mais il y en a d’autres.

 

 

Le premier exemple est la vaccination antigrippale.

Chaque année à la même époque, le ministère de la santé lance la campagne de vaccination contre la grippe saisonnière.

Sur le site du ministère de la santé,  l’on apprend que :

« La grippe est une maladie grave car responsable d’environ 9000 décès chaque année. »

 » La vaccination réduit néanmoins les risques de complications et de formes graves. Les épidémiologistes ont estimé qu’elle permet ainsi d’éviter 2 000 décès chez les personnes âgées de 65 ans et plus et en éviterait davantage si la couverture vaccinale pour les personnes à risque était plus importante. »

Mais qu’en est-il véritablement?

Le site du syndicat national des jeunes médecins généralistes publie récemment un point particulièrement informatif et détaillé en particulier sur l’intérêt de la vaccination anti-grippale et les connaissances acquises sur le sujet.

On peut y lire :

« Toutes les sources indépendantes disponibles …s’accordent sur la modeste efficacité du vaccin »

« Selon la Collaboration Cochrane (Synthèse de la Cochrane collaboration éditée en 2010 et mise à jour en 2012), si la vaccination permet peut-être d’éviter une grippe sur deux, il n’existe aucune preuve que le vaccin soit efficace sur les complications de la grippe et notamment les décès. »

Comment se fait-il alors que notre ministère de la santé puisse chiffrer le nombre de décès chaque année liés à la grippe et affirmer que la vaccination peut éviter tous les ans 2000 décès?

N’est-ce pas un exemple flagrant de propagande?

Qui plus est, chaque année elle se répète.

Lire aussi l’article du Monde Diplomatique de janvier 2018.

 

 

 

Deuxième exemple : le dépistage du cancer du sein par mammographie et les campagnes d’Octobre Rose.

Un article récent du quotidien Le Monde, posait la question de la pertinence de ce dépistage et des campagnes qui en font la promotion.

Un site français indépendant ( que le Monde cite)  apporte de nombreuses réponses aux femmes qui s’interrogent sur ce dépistage dont elles reçoivent de très nombreuses incitations.

Mais quelle est la position de notre ministre de la santé ?

La réponse :

Renforcer l’information ou la propagande?

 

 

Ces deux exemples illustrent mon propos, mais sur quasiment tous les sujets de santé, le ministère a une position qui interroge.

J’aurai pu détailler d’autres exemples.

 

 

Le problème est qu’en tenant ce type de position il y a une remise en question de plus en plus importante de la confiance que tout un chacun peut accorder à la parole gouvernementale en particulier en santé.

Chacun d’entre nous a accès à internet et peut donc trouver des sujets de réflexion et douter de la fiabilité de l’information gouvernementale.

En agissant ainsi, les autorités sanitaires se comportent comme dans les temps anciens où l’information et la connaissance étaient peu accessibles. Un temps où seuls les experts avaient accès à cette connaissances et exprimaient ce que chacun devait savoir et comprendre.

Mais aujourd’hui, en 2018, les temps ont changé. Nous ne sommes plus comme dans le roman 1984 de George ORWELL où l’information pouvait être manipulée suivant la volonté des gouvernants.

Or j’ai le sentiment, qu’en agissant comme le font nos autorités sanitaires en général et la ministre de la santé en particulier, ils se croient toujours comme dans 1984.

Réveillez vous madame la ministre, arrêtez de prendre les français pour des enfants sans cervelles et  de vous adresser à eux comme s’ils étaient incapables de réflexion.

Vous vous indignez régulièrement de la perte de confiance des français dans les informations santé délivrées, mais la confiance se gagne et aujourd’hui en agissant comme si l’information n’était pas disponible, en agissant comme dans « l’ancien temps », c’est  au système de santé dans son ensemble que vous portez préjudice.