Un des sujets qui agite la toile est la prochaine décision de la ministre de santé sur l’obligation vaccinale.

 

Nous savons que l’ancienne ministre était pour.

Nous savons aussi que la concertation citoyenne sur le sujet, lancée par Marisol TOURAINE avait abouti à la recommandation de faire passer l’obligation vaccinale de 3 vaccins à 11. Il semble malgré tout, que le Pr FISCHER, président de cette concertation,  ait plus réduit la conclusion qu’il a formulé, à son propre avis qu’à ceux qui en sont ressortis de cette concertation.

Nous croyons savoir que la nouvelle ministre de la santé le Pr Agnès BUSYN penche elle aussi pour l’obligation, mais la décision n’est pas encore prise et communiquée.

 

Sur la toile certains médecins « critiques » ont récemment exprimé ce qu’ils pensaient sur le sujet.

 

Je vous encourage à lire ce qu’a écrit ma consœur le Dr Claudina MICHAL-TEITELBAUM sur le blog du Docteurdu16. C’est une analyse remarquable et référencée.

Mon confrère Dominique DUPAGNE, blogueur et chroniqueur sur France Inter s’est lui aussi exprimé pour dire à quel point rendre obligatoire 11 vaccins est une « fausse bonne idée ».

D’autres se sont également exprimés : Luc PERINO et Sylvain FEVRE.

Ne pouvant ainsi laisser la ministre de la santé seule devant cette « levée de boucliers » contre l’obligation, avec le risque d’obtenir gain de cause, 200 « grands médecins » viennent dans une tribune sur le journal Le Monde, apporter leurs soutiens à notre nouvelle ministre de la santé pour imposer l’obligation.

 

Je ne vais pas dans ce billet reprendre ce qui a été écrit dans ces publications mais apporter mon éclairage sur la forme : l’obligation vaccinale.

 

Obliger, c’est contraindre.

Utiliser la loi pour rendre obligatoire 11 vaccins c’est contraindre.

Pourquoi contraindre? En quoi est-ce important de contraindre? Comme l’a démontré le Dr Sylvain FEVRE, pas pour épargner des vies comme cela nous est pourtant indiqué.

Alors pourquoi?

 

En médecine, la règle qui devrait être celle de tout médecin est la réflexion.

Réfléchir à ce qui est favorable dans la balance bénéfice/risque.

Pour cela, il faut s’appuyer sur ce que la « science » nous dit. Sur ce que les études cliniques nous apprennent.

Point de loi et d’obligation nécessaire ici.

 

Or dans le débat qui nous occupe, les partisans de l’obligation nous disent clairement que nous devons obéir et non réfléchir.

Comment cela est-ce possible, aujourd’hui au 21ème siècle où grâce à internet, tout un chacun peut avoir accès à l’information pour se faire sa propre idée et décider pour lui-même.

L’obligation est quelque chose d’archaïque.

Est-ce une méthode digne d’une démocratie comme la notre ou n’est-ce pas ce que pratiquent d’autres régimes politiques?

 

Il m’apparaît donc que tous les promoteurs de l’obligation sont ceux qui « vénèrent » l’obéissance en opposition à ce qui fait la particularité de l’humain : la réflexion.

Obéir pour éviter de réfléchir.

Obéir par soumission à l’autorité. Ici à l’autorité médicale des « grands professeurs » et médecins hospitaliers comme la tribune du journal Le Monde nous y invite.

Ne pas penser, ne pas réfléchir, d’autres le font pour vous.

Est-ce ainsi que les promoteurs de l’obligation voient l’exercice de la médecine?

Peut-être.

Pour moi dont une des valeurs principales est la liberté, ce type d’attitude est donc intolérable, surtout dans un domaine comme la santé.

 

L’avenir nous dira dans quel « camp » penchera la balance de la décision ministérielle. Le patient au centre de la prise de décision pour sa santé comme les autorités ont plaisir à l’exprimer ou l’avis d’autorité du « mandarinat » médical.

 

Je m’interroge aujourd’hui sur l’acceptation d’une opinion qui soit différente.

Chacun d’entre vous a pu faire l’expérience de la difficulté d’échanger.

Difficulté d’échanger avec quelqu’un qui a une opinion différente. Cette difficulté, elle se rencontre dans tous les domaines mais plus particulièrement dans certains où les passions sont exacerbées. Nous sommes actuellement dans une période d’élection, et il n’y a qu’à ouvrir son journal ou s’informer sur internet pour lire les comportements violents uniquement générés par des divergences d’opinions. De plus, certains instrumentalisent cette violence pour leur seul bénéfice.

 

En médecine, qui est un domaine « scientifique », la violence devrait donc être absente. Et pourtant il n’y a qu’à aborder certains sujets pour qu’aussitôt la violence, en générale verbale mais aussi écrite se manifeste.

Ainsi ce week-end, je discutais avec une jeune consœur qui me disait sa difficulté à échanger sur le sujet de la vaccination. L’irrationnel dès que l’on aborde la vaccination atteint des « sommets » au point que nous sommes quelques médecins à avoir qualifié les personnes qui défendent sans réserve la vaccination,  d’église de vaccinologie.

 

Cependant, il semble bien que tous les sujets médicaux sont touchés par la violence dans les échanges. Cela tient alors plus à la personnalité des individus et des médecins qu’au sujet lui-même. Ainsi, un certain nombre de mes confrères ne supportent pas que l’on puisse émettre le moindre commentaire critique à l’encontre de ce qu’ils ont dit ou écrit.

J’en ai fait l’expérience dans deux billets récents avec deux personnes différentes.

Dans le premier cas, il était question de surpoids et d’obésité et je contestais l’affirmation selon laquelle les patients en surpoids et obèses n’avaient qu’à se prendre en charge. J’expliquais que le problème de l’obésité était un problème complexe qui ne se résumait pas à pointer du doigt l’hygiène de vie de ces patients et leur manque d’implication.

Vous pouvez retrouver ce que j’ai écrit dans mon billet : « Problème de poids, mais encore ? »

Voilà ce qu’écrit en partie en réponse, ce confrère dans un billet intitulé « Nourrisson le troll »

« J’espère avoir bien nourri le troll et l’avoir fait un peu grossir. J’adore qu’on m’attaque sur mon titre que je mets rarement en avant, je suis professeur des universités, manifestement pour cette personne, une forme d’incarnation du mal absolu. Je n’en tire pas une gloire, je n’en ai pas honte.  J’adore quand on veux à tout prix me faire rentrer dans une boite. Soit néphrologue et pour le reste laisse parler ceux qui savent, du  moins qui s’autoproclament expert de tout et n’importe quoi. Le début de la note est un espèce de mélange de flagornerie hypocrite et de détestation assez amusant à lire.Le plus drôle est que sous la note obésité et rein, les donneurs de leçon ne sont pas venus commenter. »

Je ne conteste pas avoir exprimé un jugement de valeur issu de mon expérience face à mes confrères professeurs des universités, mais globalement, cet auteur interprète mes propos dans un sens qui n’est absolument pas le mien.

Vous imaginez facilement qu’il est alors difficile d’échanger dans de telles conditions.

 

Dans le second, il est question des thérapeutiques à mettre en œuvre dans une pathologie encore récente qu’est le NASH ou la cirrhose du foie non alcoolique. Dans ce billet j’indique ma surprise sur la façon de traiter le sujet. J’explique que cette « maladie » est une maladie de civilisation et qu’à ce titre, l’interrogation et l’action doit porter sur l’hygiène de vie, la façon de se nourrir et non les traitements qui existent ou existeront dans l’avenir, ainsi que le recours à tous les professionnels de santé possibles jusqu’aux chirurgiens. L’essentiel est de prévenir et non de guérir.

Vous pouvez retrouver ce que j’ai écrit dans mon billet : « Nous n’avons pas les même valeurs !!! ».

Voilà la réponse en commentaire de mon billet, de l’auteur de l’article analysé,  :

« On me signale qu’une nouvelle fois j’ai les honneurs de votre blog sans toutefois y être cité nommément ! La première fois c’était après que vous aviez mis sur mon blog un lien qui était un hoax.
Je m’abstiendrai de juger de votre style. Mais je voudrais vous faire juste remarquer votre malhonnêteté quant aux médicaments et au laboratoire français.

J’ai signalé sans en nommer aucun les 173 produits pour montrer la folie de ce marché.
Dans l’heure des dizaines de posts sur le forum Boursorama me reprochaient de ne pas avoir cité Genfit, des messages de boursicoteurs charognards.
J’ai donc fait une actualisation du billet.
Vous êtes assez malhonnête pour en faire une défense de Genfit alors que je cite aussi Intercept son concurrent.

Je ne sais pas quelles sont vos valeurs mais le courage et l’honnêteté intellectuelle semblent ne pas en faire partie. »

Répond-il à mon analyse ? Non. Juste une attaque personnelle.

 

Qu’est-ce que cela démontre ?

Que la violence prend le pas sur les échanges et cela dans toutes les parties de notre société.

Il ne faut sans doute pas généraliser mais force est de constater qu’il est de plus en plus difficile de porter une parole critique car derrière tout cela il y a « la norme » de la pensée. La « dictature de la pensée dominante » ou son expression;  réagit violemment sans apporter, le plus souvent, d’éléments de discussion ?

Car dans ces deux exemples, quel a été mon tord pour ces deux contradicteurs?

J’explique que je n’adhérais pas à leur façon d’aborder ces deux sujets de médecine et développait une argumentation.

Cela justifie-t-il la façon dont ils m’ont critiqué?

 

Je trouve regrettable cette façon de se comporter.

 

C’est pourtant aujourd’hui la majorité des comportements. Les lieux d’échanges « non violents » sont minoritaires. Il en existe encore mais ils tendent à disparaître.

Ces deux confrères sont des « autorités médicales ». L’un est  professeur agrégé de médecine, l’autre journaliste ayant une tribune à la télévision nationale. Leur position respective justifie-elle une telle expression?

 

Je trouve inquiétant ce type de comportement. Il met un « frein » à toute expression d’une parole critique. Combien de personnes oseront exprimer leurs différences par crainte d’être « stigmatisés » ainsi?

 

Je revendique le droit à la « différence », à penser différemment, à exprimer ma façon de voir les choses. Je n’accepte pas ce type de réaction, ni à mes propos, ni à ceux des autres.

Ce droit à exprimer « sa différence » par rapport à la norme de la société, chacun d’entre nous devrait pouvoir en bénéficier. Or comme je viens de le démontrer, il semble qu’au prétexte d’une position « dominante », ce droit soit contesté. Je trouve ce comportement dommageable .

 

 

 

Je voudrais rebondir aujourd’hui sur une problématique qui semble « enflammer les passions » : comment aborder le problème du surpoids et de l’obésité avec les patients?

J’ai lu avec intérêt le billet du Pr BURTEY.
Je n’ai pas commenté son billet car j’ai un peu le sentiment que c’est un billet : « Voilà ce que je pense et je vous « emmerde » ». En effet, à la différence de ses billets habituels, il n’a pas répondu aux commentateurs. Mais peut-être le fera-t-il?

Un blog est là pour exprimer ce que l’on pense, que cela plaise ou non, mais cela peut se faire sur un ton « apaisé ». Je trouve « bizarre » la tonalité de son billet. J’ai l’expression que l’auteur est irrité sur le fait que l’on puisse contester sa façon de « penser »? Est-ce aussi l’effet « professeur agrégé » qui supporte mal que l’on conteste ses dires? C’est en tout cas, mon sentiment, ce que j’ai ressenti en lisant ce billet.
Tout le monde peut s’exprimer sur tout, mais je trouve que « notre néphrologue préféré » devient nettement moins pertinent quand il s’éloigne de sa spécialité. Je l’ai déjà remarqué à de nombreuses reprises par le passé. J’ai fait le constat qu’il est excellent quand il nous parle de néphrologie, de physiologie, mais nettement moins bon quand il écrit sur d’autres sujets que sa spécialité. Mais c’est aussi le lot de chacun d’entre nous et c’est ce que nous pouvons tous constater chaque jour.

Cependant, son billet a le mérite d’ouvrir le débat et en cela il est utile et intéressant.

Il y a une phrase  dans son billet qui m’a interpellé :
« L’obèse n’est pas une victime, c’est un sujet agissant capable de modifier ses comportements alimentaires. »

Un autre confrère a également réagit à ce billet sur son blog.
J’ai laissé un commentaire qui est l’ossature de ce billet.

 

 

Je rejoins le constat que perdre du poids durablement est quasiment impossible.

Le constat que les méthodes pour maigrir ont des résultats « nuls » sur le moyen et long terme, est un fait incontestable.
Cependant, pour m’être investi sur le sujet depuis des années, je peux témoigner que les patients, si ils ne sont peut-être pas « victimes » au sens où ils ne feraient que « subir » sans action personnelle, sont malgré tout, le plus souvent impuissants à obtenir le poids « idéal » qu’ils souhaitent ou que leur médecin « réclame ».

Parler de leur poids à la consultation médicale comme il semble « nécessaire » pour certains;  est souvent « contre-productif ». Pourtant, il est incontestable que le poids est un facteur de nombreuses maladies chroniques dont le cancer.

 

 

Pourquoi je pense qu’il ne faut-il pas aborder « brutalement » le problème de poids avec un patient ?
Premièrement, parce qu’il sait qu’il est en surpoids. Cela se voit et il n’ est pas « aveugle ». Qui peut méconnaître son surpoids et son obésité? Ce n’est pas quelque chose que l’on peut ignorer comme son taux de cholestérol.
Donc le rappeler est souvent culpabilisant.

C’est d’autant plus culpabilisant que la majorité des patients a essayé de maigrir et n’a pas réussi à le faire. S’ils ont réussi, ils ont, le plus souvent, repris le poids perdu comme chaque médecin peut, soit le constater, soit en être informé.
Deuxièmement, leur parler de leur poids cela revient à leur parler de leur échec, les culpabiliser d’avoir échoué à perdre de ce poids si délétère pour leur santé et cela d’autant plus qu’ils vivent souvent leur reprise de poids avec honte.

Alors comment faire?
Car oui, le poids est un problème de santé qui en amènera d’autres souvent plus grave.

Les inciter à aller consulter une diététicienne, un coach ou même se tourner vers la chirurgie bariatrique comme je le vois écrit de plus en plus souvent ?

Cette dernière solution est, dans la très grande majorité des cas, illusoire. C’est une solution pourtant présentée comme quasi « miraculeuse ». Mais la plupart de ceux qui la proposent, passent sous silence, ou ignorent,  les effets à moyen long terme de cette solution, effets souvent dramatiques. Car comment penser que traiter uniquement les conséquences sans s’attaquer aux causes, peut in fine résoudre le problème? C’est bien ce que l’on fait, pourtant,  avec la chirurgie bariatrique. On mutile souvent gravement et de façon définitive des patients sans avoir le recul nécessaire sur la technique et ses conséquences en particulier psychologiques. Car oui,  cette technique a sans doute un intérêt. Mais comme souvent, comme pour beaucoup de thérapeutiques, cette technique est utile pour un nombre restreint de patient. Et comme souvent, une thérapeutique qui est « une solution » pour quelques patients, on la propose et incite un maximum de patients à y avoir recours.

Ici non plus la chirurgie bariatrique n’est pas LA solution, alors que faire ?

 

 

Peut-être faire le constat que le poids n’est pas seulement la conséquence d’un problème d’alimentation ou de sédentarité. Qu’il y a beaucoup d’autres causes même si elles sont aujourd’hui ignorées.

Il faut sans doute ne pas renvoyer à chaque fois le patient vers les diététiciennes et autres nutritionnistes focalisés sur l’alimentation.
L’alimentation est un facteur important de la prise de poids, c’est indéniable mais ce n’est pas le seul et unique comme cela  semble être la conviction de nombre de professionnels de santé.

 

 

Ainsi, par exemple,  de plus en plus de publications font un lien entre le « sucre » et une possible addiction.
Le sucre et certains aliments se comporteraient comme des « drogues ».
D’ailleurs,  chacun d’entre nous peut porter témoignage que « manger » n’est pas fait uniquement pour se nourrir. Nous mangeons parfois pour d’autres raisons.

Donc pourquoi nous nous « focalisons » ainsi sur l’alimentation quand nous évoquons le problème du poids avec nos patients?

 

 

J’ai bien lu que dans le billet de ce confrère il parle d’activité physique, de son importance, mais là aussi les patients savent bien qu’il faut bouger. C’est donc un message qui « enfonce des portes ouvertes » . C’est typiquement le discours « y-a qu’à, faut qu’on… ».

Donc, OUI le poids est un problème de santé, OUI les médecins doivent le prendre en charge, NON il ne faut pas avoir un discours « simpliste » sous prétexte que nous sommes confrontés à un sujet complexe.

Ce sujet nous renvoie d’ailleurs à nos problématiques de médecin : l’injonction à agir, à prescrire, à faire, et son corollaire : notre impuissance à tout traiter, notre impuissance à apporter à chaque fois « LA solution » .

Cette problématique du poids et de l’obésité  remet en question notre « toute puissance médicale » dans laquelle beaucoup de médecins se complaisent.

Remettre en question cette « toute puissance » médicale est pour beaucoup de médecins inacceptable. Il est tellement plus « confortable » de pointer du doigt la responsabilité du patient que d’admettre notre impuissance à « soigner ».

 

 

Donc pour terminer, arrêtons de faire de l’alimentation mais aussi de l’activité physique les seuls facteurs de la prise de poids et de l’obésité.
Arrêtons de renvoyer ainsi chaque patient obèse et en surpoids, à chaque fois, à sa « responsabilité ».
Si ce problème ne trouve pas de solutions c’est qu’il est complexe et que les solutions sont en dehors du champ de la simplicité.  Arrêtons donc de « proposer » uniquement des solutions simples qui ne marchent pas et qui laissent le patient seul face à sa « détresse »,  face à son poids.

Qui plus est, le médecin envoie souvent aux patients des messages type injonction paradoxale : perdre du poids mais sans lui proposer aucune autre solution en dehors de celles qu’il connaît déjà, et qu’il a essayé, dans la plupart des cas, sans succès.

 

 

Enfin, n’est-il pas possible d’échanger sereinement sans se renvoyer le constat d’une possible « maltraitance »? Car dans ce domaine pourquoi vouloir nier à tout prix le ressenti et l’expression de la souffrance des patients ? Agir ainsi, n’est-ce pas une des caractéristiques de la « toute puissance médicale » et de l’ego souvent surdimensionné d’un certain nombre de médecins? Nous sommes tous perfectibles, même les médecins, et admettre que l’on peut se tromper dans son discours, dans sa façon de conduire une consultation, dans ses idées et croyances, est simplement « être humain ».

 

 

Pour terminer sur une note « positive », que faire alors?
Je pense qu’il faut écouter les patients, les faire exprimer leur souffrance. Les accompagner. Explorer tout le champ des possibles.
Trouver le juste équilibre : ni victimisation ni culpabilisation.
Pas simple en effet.

PS : mise à jour du 12/03/2017, la réaction de mon « confrère » néphrologue à mon billet :

Nourrissons le troll.

Suite et fin

Prendre systématiquement le parti du plus faible est une règle qui permet pratiquement de ne jamais rien regretter. Encore faut-il ne pas se tromper dans le diagnostic permettant de savoir qui est le plus faible.

Et tout cela n’est valable que si vraiment vous ne pouvez pas vous faire plaisir autrement. Si, en d’autres termes, vous êtes foncièrement masochiste. Sans quoi, la fuite est encore préférable et tout aussi efficace, à condition qu’elle soit dans l’imaginaire. Aucun passeport n’est exigé.

Avant la quantité d’énergie absorbée et libérée par une structure vivante et le mode de distribution de la plus-value, ce qu’il est important de connaître c’est la forme, la fonction, le rôle de cette structure vivante. C’est la connaissance de cette information qui est fondamentale à acquérir, c’est la conscience d’être dans un ensemble, la participation à la finalité de cet ensemble par l’action individuelle, la possibilité pour un individu d’influencer la trajectoire du monde.

Mais aujourd’hui où le temps social s’est accéléré d’une façon considérable, nous construisons avec le temps de la matière grâce à une anticipation qui relève d’un temps individuel, pour une société qui change à toute allure, plus vite que les individus qui la composent.

Nos désirs du futur ne sont que la pâle image poétisée de notre connaissance du présent.

Mais cela veut dire aussi que toute action fondée sur l’utopie a plus de chance de se révéler efficace que la reproduction balistique des comportements anciens.

La poursuite d’un but qui n’est jamais le même et qui n’est jamais atteint est sans doute le seul remède à l’habituation, à l’indifférence et à la satiété. C’est le propre de la condition humaine et c’est l’éloge de la fuite, non en arrière mais en avant, que je suis en train de faire. C’est l’éloge de l’imaginaire, d’un imaginaire jamais actualisé et jamais satisfaisant. C’est la Révolution permanente, mais sans but objectif, ayant compris des mécanismes et sachant utiliser des moyens sans cesse perfectionnés et plus efficaces. Sachant utiliser des lois structurales sans jamais accepter une structure fermée, un but à atteindre .

Je ne referais rien puisque ce ne serait plus moi qui ferais, mais un autre, façonné par un autre milieu. Si c’était à refaire en repartant de l’enfance avec l’acquis et l’expérience de mon âge? Est-ce plus imaginable?

Si c’était à refaire? Cela sous-entend que nous pourrions faire autre chose que ce que nous avons fait. Qu’il nous reste une possibilité de choix.

Nous n’avons jamais le choix. Nous agissons toujours sous la pression de la nécessité, mais celle-ci sait bien se cacher. Elle se cache dans l’ombre de notre ignorance. Notre ignorance de l’inconscient qui nous guide, celle de nos pulsions et de notre apprentissage social.

Nous savons que nous ne pouvons imaginer qu’à partir du matériel mémorisé, de l’expérience acquise. Nous ne pouvons imaginer rien d’autre que ce que nous savons déjà. La structure neuve est faite d’éléments anciens, mais elle nous permet la découverte d’éléments nouveaux que nous ne connaissions pas, et dans l’ignorance de ces éléments nous ne pouvons imaginer qu’à courte distance, à portée de la main.

Il ignorait systématiquement une des règles fondamentales de la combinatoire linguistique : la prise en charge de l’inconscient.

Ce n’est pas l’Utopie qui est dangereuse, car elle est indispensable à l’évolution. C’est le dogmatisme, que certains utilisent pour maintenir leur pouvoir, leurs prérogatives et leur dominance.

Il n’y a pas de société idéale, parce qu’il n’y a pas d’hommes idéaux ou de femmes idéales pour la faire. Si une femme croit trouver dans un homme l’homme idéal, on peut dire qu’elle manque à la fois d’expérience et d’imagination, celle-ci dépendant d’ailleurs de celle-là. Pour une femme, l’homme idéal, pour un homme, la femme idéale, ne peuvent être par définition qu’une construction imaginaire, limitée à leurs connaissances, enfermée dans leur « culture ». Plus celles-ci s’accroissent, plus l’homme idéal ou la femme idéale deviennent difficiles à rencontrer.

La fleur de désir ne peut être cultivée que sur l’humus de l’inconscient, qui s’enrichit chaque jour des restes fécondants des amours mortes et de celles, imaginées, qui ne naîtront jamais.

L’Homme ne peut, par la méthode scientifique, décoder le message véhiculé par les processus vivants et par lui-même, si tant est qu’un message existe. Il peut, par un dur travail, en analyser la syntaxe, mais il ne peut en comprendre la sémantique, ni même s’assurer du fait que cet ensemble ordonné a un sens, c’est-à-dire qu’il existe une conscience émettrice à son origine, un message qui prendrait les processus vivants comme véhicule et une conscience réceptrice capable d’utiliser l’information transmise. La seule certitude à ce sujet est du domaine de la foi.

Je serais tenté de dire que l’Angoisse fut à l’origine de la Foi.

Nous avons déjà eu l’occasion de dire que pour nous l’angoisse naissait de l’impossibilité d’agir. Une des causes fondamentales de cette impossibilité d’agir est sans doute le déficit informationnel, l’ignorance des conséquences d’une action en réponse à un événement nouveau ou incompréhensible dans le langage de la causalité linéaire avec lequel l’Homme a grandi. La Foi fournit un règlement de manœuvre, une notice explicative, un mode d’emploi. Elle est donc capable de guérir l’angoisse. Mais elle est aussi susceptible d’en faire naître une autre, si elle s’accompagne d’une notion de punition au cas où le règlement de manœuvre n’aurait pas été observé. Elle fait naître l’angoisse du Péché, puni non ici-bas mais dans l’autre monde. La Foi se transforme donc rapidement en religion qui s’inscrit sur des tables de la Loi. Les dogmes sont aussi appréciés que l’angoisse est fréquente.

Un tel mythe ne peut être qu’entretenu par les dominants qui y trouvent leur compte, puisqu’il tempère la révolte des dominés. D’où la collusion, l’entraide fréquente entre hiérarchie religieuse et hiérarchie politique, chacune demandant à l’autre de l’aider à conserver sa structure.

Le tragique de la destinée humaine ne vient-il pas de ce que l’Homme comprend qu’il en connaît assez pour savoir qu’il ne connaît rien de sa destinée, et qu’il n’en connaîtra jamais suffisamment pour savoir s’il y a autre chose à connaître.

Ils ( les Hommes) étaient condamnés à vivre dans le conscient, le langage conscient, le langage logique, sans savoir que celui-ci était supporté par les structures anciennes qui l’avaient précédé.

Mais l’angoisse était née de l’impossibilité d’agir. Tant que mes jambes me permettent de fuir, tant que mes bras me permettent de combattre, tant que l’expérience que j’ai du monde me permet de savoir ce que je peux craindre ou désirer, nulle crainte : je puis agir. Mais lorsque le monde des hommes me contraint à observer ses lois, lorsque mon désir brise son front contre le monde des interdits, lorsque mes mains et mes jambes se trouvent emprisonnées dans les fers implacables des préjugés et des cultures, alors je frissonne, je gémis et je pleure. Espace, je t’ai perdu et je rentre en moi-même. Je m’enferme au faite de mon clocher où, la tête dans les nuages, je fabrique l’art, la science et la folie.

Ici se terminent les citations de l’ouvrage de Henri LABORIT : « Éloge de la fuite »

Je vous conseille vivement de le lire intégralement. Ces quelques citations sont celles qui a la lecture de ce livre m’ont marquées. Je suis sûr qu’en le relisant j’en noterai d’autres.

Suite

La vraie famille de l’Homme, ce sont ses idées, et la matière et l’énergie qui leur servent de support et les transportent, ce sont les systèmes nerveux de tous les hommes qui à travers les âges se trouveront « informés » par elles. Alors, notre chair peut bien mourir, l information demeure, véhiculée par la chair de ceux qui l’ont accueillie et la transmettent en l’enrichissant, de génération en génération.

Si le plaisir est lié à l’accomplissement de l’acte gratifiant, si le bien-être résulte de l’assouvissement de celui-ci, assouvissement provoquant un état stable, bien que passager car il disparaîtra avec la réapparition du besoin, pulsionnel ou acquis par apprentissage, il me semble que le bonheur est lui aussi un état stable mais moins passager, car il enferme entre ses bras la succession répétée du désir, du plaisir et du bien-être. Être heureux, c’est à la fois être capable de désirer, capable d’éprouver du plaisir à la satisfaction du désir et du bien-être lorsqu’il est satisfait, en attendant le retour du désir pour recommencer. On ne peut être heureux si l’on ne désire rien. Le bonheur est ignoré de celui qui désire sans assouvir son désir, sans connaître le plaisir qu’il y a à l’assouvissement, ni le bien-être ressenti lorsqu’il est assouvi.

On peut dire que la suppression d’une récompense attendue est équivalente à une punition et que sa conséquence est une inhibition du comportement.

Dans toutes les espèces animales et chez l’homme, la récompense ne s’obtient que par l’action. Le bonheur ne vous tombe qu’exceptionnellement tout préparé dans les bras.

Il est ainsi possible de trouver le bonheur dans le conformisme, puisque celui-ci évite la punition sociale et crée les besoins acquis qu’il saura justement satisfaire.

Les automatismes créés dès l’enfance dans son système nerveux n’ayant qu’un seul but, le faire entrer au plus vite dans un processus de production, se trouveront sans objet à l’âge de la retraite, c’est pourquoi celle-ci est rarement le début de l’apprentissage du bonheur, mais le plus souvent celui de l’apprentissage du désespoir.

L’imaginaire s’apparente ainsi à une contrée d’exil où l’on trouve refuge lorsqu’il est impossible de trouver le bonheur parce que l’action gratifiante en réponse aux pulsions ne peut être satisfaite dans le conformisme socio-culturel.

C’est lui qui crée le désir d’un monde qui n’est pas de ce monde. Y pénétrer, c’est « choisir la meilleure part, celle qui ne sera point enlevée ». Celle où les compétitions hiérarchiques pour l’obtention de la dominance disparaissent, c’est le jardin intérieur que l’on modèle à sa convenance et dans lequel on peut inviter des amis sans leur demander, à l’entrée, de parchemin, de titres ou de passeport. C’est l’Éden, le paradis perdu, où les lys des champs ne filent, ni ne tissent.

Finalement, on peut se demander si le problème du bonheur n’est pas un faux problème. L’absence de souffrance ne suffit pas à l’assurer. D’autre part, la découverte du désir ne conduit au bonheur que si ce désir est réalisé. Mais lorsqu’il l’est, le désir disparaît et le bonheur avec lui. Il ne reste donc qu’une perpétuelle construction imaginaire capable d’allumer le désir et le bonheur consiste peut-être à savoir s’en contenter.

Ne pouvant plus imaginer, l’homme moderne compare.

Puisqu’il tient tant au cœur de l’individu de montrer sa différence, de montrer qu’il est un être unique, ce qui est vrai, dans une société globale, ne peut-on lui dire que c’est dans l’expression de ce que sa pensée peut avoir de différent de celle des autres, et de semblable aussi, dans l’expression de ses constructions imaginaires en définitive qu’il pourra trouver le bonheur?

A partir de lui, de son groupe familial, professionnel, de l’entreprise à l’industrie, lui faire atteindre l’organisation, thermodynamique et informationnelle, des ensembles nationaux jusqu’à l’ensemble humain sur la planète. Lui apprendre le rôle de l’information structurante et celui de la grande coulée énergétique qui parcourt la biosphère. Lui rendre enfin le goût de son activité cosmique, de son rôle dans l’évolution de l’espèce. Lui faire comprendre le frein qu’y apporte le vieil individualisme des groupes, des corporatismes, des nationalismes. Lui faire deviner l’amorce d’établissement des dominances et s’élever contre la violence réactionnaire de l’ordre établi pour lequel la seule violence est toujours celle qui refuse de lui obéir. Lui faire prendre conscience des mécanismes qui gouvernent notre animalité, le danger des discours altruistes, paternalistes, lui faire retrouver le désir d’inventer lui-même une vie autre et d’en discuter avec ses contemporains.

N’ayant jamais appris aux hommes qu’il peut exister d’autres activités que celles de produire et de consommer, lorsqu’ils arrivent à l’âge de la retraite il ne leur reste plus rien, ni motivation hiérarchique ou d’accroissement du bien-être matériel, ni satisfaction narcissique.

Comme rien ne peut l’intéresser plus intensément que lui-même, quand il s’apercevra que l’introspection lui a caché l’essentiel et déformé le reste, que les choses se contentent d’être et que c’est nous, pour notre intérêt personnel ou celui du groupe auquel nous appartenons, qui leur attribuons une « valeur », sa vie quotidienne sera transfigurée.

Il se sentira non plus isolé, mais réuni à travers le temps et l’espace, semblable aux autres mais différent, unique et multiple à la fois, conforme et particulier, passager et éternel, propriétaire de tout sans rien posséder et, cherchant sa propre joie, il en donnera aux autres. Mais surtout, débarrassé du fatras encombrant des valeurs éternelles, jeune et nu comme au premier âge, et riche cependant de l’acquis des générations passées, chaque homme pourra peut-être alors apporter au monde sa créativité.

Je souhaite une culture faisant l’école buissonnière, le nez barbouillé de confiture, les cheveux en broussaille, sans pli de pantalon et cherchant à travers les taillis de l’imaginaire le sentier du désir.

Il est amusant de constater que les pouvoirs tentent de nous persuader de la nécessité de tirer des bordées successives entre l’inflation et le chômage pour atteindre le but souhaité du bien-être dans l’expansion continue. Or, utiliser le profit pour maintenir les échelles hiérarchiques de dominance, c’est permettre, grâce à la publicité, une débauche insensée de produits inutiles, c’est l’incitation à dilapider pour leur production le capital-matériel et énergétique de la planète, sans souci du sort de ceux qui ne possèdent pas l’information technique et les multiples moyens du faire-savoir.

Mais, en définitive, le seul critère capable de nous permettre d’établir cette hiérarchie, c’est la défense de la veuve et de l’orphelin. Don Quichotte avait raison. Sa position est la seule défendable. Toute autorité imposée par la force est à combattre. Mais la force, la violence, ne sont pas toujours du côté où l’on croit les voir. La violence institutionnalisée, celle. qui prétend s’appuyer sur la volonté du plus grand nombre, plus grand nombre devenu gâteux non sous l’action de la marijuana, mais sous l’intoxication des mass media et des automatismes culturels traînant leur sabre sur le sol poussiéreux de l’Histoire, la violence des justes et des bien-pensants, ceux-là même qui envoyèrent le Christ en croix, toujours solidement accrochés à leur temple, leurs décorations et leurs marchandises, la violence qui s’ignore ou se croit justifiée, est fondamentalement contraire à l’évolution de l’espèce.

A suivre

Suite

Le besoin d’être admiré, aimé, apprécié, qui envahit chacun de nous, pousse l’artiste au non-conformisme.

L’éducation de la créativité exige d’abord de dire qu’il n’existe pas de certitudes, ou du moins que celles-ci sont toujours temporaires, efficaces pour un instant donné de l’évolution, mais qu’elles sont toujours à redécouvrir dans le seul but de les abandonner, aussitôt que leur valeur opérationnelle a pu être démontrée.

Il est vrai que la notion de relativité des jugements conduit à l’angoisse. Il est plus simple d’avoir à sa disposition un règlement de manœuvre, un mode d’emploi, pour agir. Nos sociétés qui prônent si souvent, en paroles du moins, la responsabilité, s’efforcent de n’en laisser aucune à l’individu, de peur qu’il n’agisse de façon non conforme à la structure hiérarchique de dominance.

On apprend à l’enfant à « servir », autrement dit on lui apprend la servitude à l’égard des structures hiérarchiques de dominance. On lui fait croire qu’il agit pour le bien commun, alors que la communauté est hiérarchiquement institutionnalisée, qu’elle le récompense de tout effort accompli dans le sens de cette servitude à l’institution. Cette servitude devient alors gratification. L’individu reste persuadé de son dévouement, de son altruisme, cependant qu’il n’a jamais agi que pour sa propre satisfaction, mais satisfaction déformée par l’apprentissage de la socio- culture.

Je suis effrayé par les automatismes qu’il est possible de créer à son insu dans le système nerveux d’un enfant. Il lui faudra dans sa vie d’adulte une chance exceptionnelle pour s’évader de cette prison, s’il y parvient jamais…

Et si ses jugements par la suite lui font rejeter parfois avec violence ces automatismes, c’est bien souvent parce qu’un autre discours logique répond mieux à ses pulsions et fournit un cadre plus favorable à sa gratification. Ses jugements resteront, bien qu’antagonistes de ceux qui lui ont été inculqués primitivement, la conséquence directe de ceux-ci. Ce seront encore des jugements de valeur.

Alors que le sol vierge de l’enfance pourrait donner naissance à ces paysages diversifiés où faune et flore s’harmonisent spontanément dans un système écologique d’ajustements réciproques, l’adulte se préoccupe essentiellement de sa mise en « culture », en « monoculture », en sillons tout tracés, où jamais le blé ne se mélange à la rhubarbe, le colza à la betterave, mais où les tracteurs et les bétonneuses de l’idéologie dominante ou de son contraire vont figer à jamais l’espace intérieur.

Comment se regarder soi-même avec une certaine tendresse, si les autres ne vous apprécient qu’à travers le prisme déformant de votre ascension sociale, lorsque cette ascension n’a pas dépassé les premières marches?

Mais s’ils pensent que le bonheur est une affaire personnelle, que l’équilibre biologique s’obtient par rapport à soi-même et non par rapport à la structure socio-économique du moment et du lieu, ce seront sans doute, pour l’ensemble social, de mauvais éducateurs, mais peut-être seront-ils de bons parents pour leurs enfants, si ceux-ci ne sont pas happés plus tard par le conformisme qu’ils peuvent alors peut- être leur reprocher de ne pas leur avoir appris.

En résumé, l’absence de division du travail, la finalité identique de l’individu et du groupe, donnaient à l’homme primitif une conception de l’autre que nous avons aujourd’hui beaucoup de peine à imaginer.

Nous ne sommes donc rien sans les autres, et pourtant les autres sont les ennemis, les envahisseurs de notre territoire gratifiant, les compétiteurs dans l’appropriation des objets et des êtres.

Notion difficile à admettre que l’absence de liberté humaine, car elle aboutit à l’écroulement de tout un monde de jugements de valeur sans lequel la majorité des individus se sentent désemparés.

Or, ce que nous appelons liberté, c’est la possibilité de réaliser les actes qui nous gratifient, de réaliser notre projet, sans nous heurter au projet de l’autre. Mais l’acte gratifiant n’est pas libre. Il est même entièrement déterminé. Pour agir, il faut être motivé et nous savons que cette motivation, le plus souvent inconsciente, résulte soit d’une pulsion endogène, soit d’un automatisme acquis et ne cherche que la satisfaction, le maintien de l’équilibre biologique, de la structure organique.

La sensation fallacieuse de liberté s’explique du fait que ce qui conditionne notre action est généralement du domaine de l’inconscient, et que par contre le discours logique est, lui, du domaine du conscient. C’est ce discours qui nous permet de croire au libre choix. Mais comment un choix pourrait-il être libre alors que nous sommes inconscients des motifs de notre choix, et comment pourrions-nous croire à l’existence de l’inconscient puisque celui-ci est par définition inconscient? Comment prendre conscience de pulsions primitives transformées et contrôlées par des automatismes socio-culturels lorsque ceux-ci, purs jugements de valeur d’une société donnée à une certaine époque, sont élevés au rang d’éthique, de principes fondamentaux, de lois universelles, alors que ce ne sont que les règlements de manœuvres utilisés par une structure sociale de dominance pour se perpétuer, se survivre?

Comment être libre quand une grille explicative implacable nous interdit de concevoir le monde d’une façon différente de celle imposée par les automatismes socio-culturels qu’elle commande? Quand le prétendu choix de l’un ou de l’autre résulte de nos pulsions instinctives, de notre recherche du plaisir par la dominance et de nos automatismes socio-culturels déterminés par notre niche environnementale ?

En réalité, ce que l’on peut appeler « liberté », si vraiment nous tenons à conserver ce terme, c’est l’indépendance très relative que l’homme peut acquérir en découvrant, partiellement et progressivement, les lois du déterminisme universel. Il est alors capable, mais seulement alors, d’imaginer un moyen d’utiliser ces lois au mieux de sa survie, ce qui le fait pénétrer dans un autre déterminisme, d’un autre niveau d’organisation qu’il ignorait encore.

Mais si l’on devine que chacun de nous depuis sa conception a été placé sur des rails dont il ne peut sortir qu’en « déraillant », comment peut-on lui en vouloir de son comportement ?

Notez aussi que si les autres sont intolérants envers nous, c’est qu’ils nous croient libres et responsables des opinions contraires aux leurs que nous exprimons. C’est flatteur, non ?

Mais ce qui serait essentiel, c’est que du fait du nombre croissant des hommes, le message puisse s’enrichir constamment de l’apport original de tous. Or, cela ne sera possible que le jour où nous aurons trouvé le moyen de ne pas paralyser dès l’enfance le fonctionnement des zones associatives.

Le seul héritage qui compte n’est pas l’héritage familial de biens matériels ou de traditions et de valeurs changeantes et discutables, mais l’héritage humain de la connaissance.

Chaque homme de demain devra être capable d’enrichir le domaine de la connaissance humaine de son apport unique et t irremplaçable. C’est ainsi que la mort parait pouvoir être réellement vaincue.

La seule façon que nous ayons de survivre, de ne pas mourir, c’est à l’évidence de nous incruster dans les autres et, pour les autres, la seule façon de survivre c’est de s’incruster en nous.

 

A suivre

Je viens de relire les notes que j’avais prises suite, il y a maintenant quelques années, à la lecture du livre d’Henri LABORIT.

Ce livre peut être considéré aujourd’hui comme ancien (1976) mais sa lecture est toujours actuelle car il analyse nos fonctionnements intimes et nos rapports avec la société.

J’ai décidé de publier des citations de ce livre car les relire « me parle » et aussi me sont utiles aujourd’hui. Et si ce qu’à écrit Henri LABORIT m’est utile, peut être que cela pourra être utile à d’autres.

Donc voici le premier volet (il y en aura 4) de citations de Henri LABORIT :

 

Éloge de la fuite

Quand il ne peut plus lutter contre le vent et la mer pour poursuivre sa route, il y a deux allures que peut encore prendre un voilier : la cape (le foc bordé à contre et la barre dessous) le soumet à la dérive du vent et de la mer, et la fuite devant la tempête en épaulant la lame sur l’arrière, avec un minimum de toile. La fuite reste souvent, loin des côtes, la seule façon de sauver le bateau et son équipage. Elle permet aussi de découvrir des rivages inconnus qui surgiront à l’horizon des calmes retrouvés. Rivages inconnus qu’ignoreront toujours ceux qui ont la chance apparente de pouvoir suivre la route des cargos et des tankers, la route sans imprévu imposée par les compagnies de transport maritime. Vous connaissez sans doute un voilier nommé «Désir »

Il y a plusieurs façons de fuir. Certains utilisent les drogues dites « psychotogènes ». D’autres la psychose. D’autres le suicide. D’autres la navigation en solitaire. Il y a peut-être une autre façon encore fuir dans un monde qui n’est pas de ce monde, le monde de l’imaginaire. Dans ce monde on risque peu d’être poursuivi. On peut s’y tailler un vaste territoire gratifiant, que certains diront narcissique. Peu importe, car dans le monde où règne le principe de réalité, la soumission et la révolte, la dominance et le conservatisme auront perdu pour le fuyard leur caractère anxiogène et ne seront plus considérés que comme un jeu auquel on peut, sans crainte, participer de façon à se faire accepter par les autres comme « normal ».

Le mot d’amour se trouve là pour motiver la soumission, pour transfigurer le principe du plaisir, l’assouvissement de la dominance.

Il semble donc exister trois niveaux d’organisation de l’action. Le premier, le plus primitif, à la suite d’une stimulation interne et/ou externe, organise l’action de façon automatique, incapable d’adaptation. Le second organise l’action en prenant en compte l’expérience antérieure, grâce à la mémoire que l’on conserve de la qualité, agréable ou désagréable, utile ou nuisible, de la sensation qui en est résultée. L’entrée en jeu de l’expérience mémorisée camoufle le plus souvent la pulsion primitive et enrichit la motivation de tout l’acquis dû à l’apprentissage. Le troisième niveau est celui du désir. Il est lié à la construction imaginaire anticipatrice du résultat de l’action et de la stratégie à mettre en œuvre pour assurer l’action gratifiante ou celle qui évitera le stimulus nociceptif. Le premier niveau fait appel à un processus uniquement présent, le second ajoute à l’action présente l’expérience du passé, le troisième répond au présent, grâce à l’expérience passée par anticipation du résultat futur.

Le seul amour qui soit vraiment humain, c’est un amour imaginaire, c’est celui après lequel on court sa vie durant, qui trouve généralement son origine dans l’être aimé, mais qui n’en aura bientôt plus ni la taille, ni la forme palpable, ni la voix, pour devenir une véritable création, une image sans réalité. Alors, il ne faut surtout pas essayer de faire coïncider cette image avec l’être qui lui a donné naissance, qui lui n’est qu’un pauvre homme ou qu’une pauvre femme, qui a fort à faire avec son inconscient. C’est avec cet amour-là qu’il faut se gratifier, avec ce que l’on croit être et ce qui n’est pas, avec le désir et non avec la connaissance. Il faut se fermer les yeux, fuir le réel. Recréer le monde des dieux, de la poésie et de l’art, et ne jamais utiliser la clef du placard où Barbe- Bleue enfermait les cadavres de ses femmes. Car dans la prairie qui verdoie, et sur la route qui poudroie, on ne verra jamais rien venir.

Le plaisir sexuel et l’imaginaire amoureux sont deux choses différentes qui n’ont pas de raison a priori de dépendre l’une de l’autre.

C’est pourquoi il ne peut pas y avoir d’amour heureux, si l’on veut à toute force identifier l’œuvre et le modèle.

Les dominants ont toujours utilise l’imaginaire des dominés à leur profit. Cela est d’autant plus facile que la faculté de création imaginaire que possède l’espèce humaine est la seule à lui permettre la fuite gratifiante d’une objectivité douloureuse.

Or, à l’échelon socioculturel il est profitable; pour la structure hiérarchique, de favoriser l’amour de l’artiste citoyen pour sa création imaginaire, la patrie, qui lui fait oublier la triste réalité du modèle social, artisan de son aliénation.

Mais combien d’hommes ne laissent pas de trace écrite et qu’il serait enrichissant de connaître?

Si l’autre vous cherche, ce n’est pas souvent pour vous trouver, mais pour se trouver lui-même, et ce que vous cherchez chez l’autre c’est encore vous.

J’ai compris aussi ce que bien d’autres avaient découvert avant moi, que l’on naît, que l’on vit, et que l’on meurt seul au monde, enfermé dans sa structure biologique qui n’a qu’une seule raison d’être, celle de se conserver. Mais j’ai découvert aussi que, chose étrange, la mémoire et l’apprentissage faisaient pénétrer les autres dans cette structure, et qu’au niveau de l’organisation du moi, elle n’était plus qu’eux. J’ai compris enfin que la source profonde de l’angoisse existentielle, occultée par la vie quotidienne et les relations interindividuelles dans une société de production, c’était cette solitude de notre structure biologique enfermant en elle-même l’ensemble, anonyme le plus souvent, des expériences que nous avons retenues des autres. Angoisse de ne pas comprendre ce que nous sommes et ce qu’ils sont, prisonniers enchaînés au même monde de l’incohérence et de la mort.

Pour nous, la cause primordiale de l’angoisse c’est donc l’impossibilité de réaliser l’action gratifiante, en précisant qu’échapper à une souffrance par la fuite ou par la lutte est une façon aussi de se gratifier, donc d’échapper à l’angoisse.

Quelles peuvent être les raisons qui nous empêchent d’agir? La plus fréquente, c’est le conflit qui S’établit dans nos voies nerveuses entre les pulsions et l’apprentissage de la punition qui peut résulter de leur, satisfaction.

Une autre source d’angoisse est celle qui résulte du déficit informationnel, de l’ignorance où nous sommes des conséquences pour nous d’une action, ou de ce que nous réserve le lendemain. Cette ignorance aboutit elle aussi à l’impossibilité d’agir de façon efficace.

Enfin, chez l’homme, l’imaginaire peut, à partir de notre expérience mémorisée, construire des scénarios tragiques qui ne se produiront peut-être jamais mais dont nous redoutons la venue possible. Il est évidemment difficile d’agir dans ce cas à l’avance pour se protéger d’un événement improbable, bien que redouté. Autre source d’angoisse par inhibition de l’action.

Et tout cela ne peut trouver une solution dans l’action, l’action protectrice, prospective, gratifiante.

La culture est considérée d’ailleurs comme l’expression de l’homme dans ses activités artistiques et littéraires. Il s’agit, dans le langage courant, d’activités n’ayant qu’un rapport éloigné avec le principe de réalité, avec l’objectivité, d’activités ayant pris leurs distances d’avec l’objet et dans lesquelles l’affectivité et l’imaginaire peuvent s’exprimer soi-disant librement. Sinon, elles deviennent activités scientifiques ou techniques.

 

A suivre

 

 

Le Conseil de l’Ordre des Médecins « a encore frappé »

Deux condamnations qui interpellent.

Du moins, moi je m’interroge sur cette juridiction que je qualifie « d’exception »car le silence est par ailleurs assourdissant sur cette problématique.

Dans la première, nous apprenons que le Pr EVEN a été radié de l’Ordre des Médecins.

A 84 ans, ne plus pouvoir exercer, car telle est la sanction, il s’en moque.

Cependant, quel est le motif de la radiation ?

Il  « a manqué à ses obligations de moralité et à son devoir de confraternité et  a gravement déconsidéré la profession médicale »

Il est donc radié de l’Ordre des Médecins pour des propos tenus dans un livre où il dénonçait la corruption de la médecine française.

Il est donc intolérable pour le Conseil de l’Ordre des Médecins d’exprimer et de dénoncer des comportements qui sont potentiellement graves pour les patients. Cette corruption est connue, dénoncée et délétère pour la santé des patients.

Cette condamnation est symbolique : condamner un médecin de 84 ans à ne plus exercer, cela ne vous parait pas surprenant?

Car cette condamnation est le symbole de la volonté de « museler » les médecins qui voudraient dénoncer le système. Tous les médecins l’auront analysé ainsi. Le « message » sera passé et « reçu 5/5 ».

Et vous l’avez vous perçu ainsi?

 

La deuxième condamnation est elle aussi très surprenante et interpelle sur le motif ordinal de sanction.

Il s’agit de la condamnation d’un médecin, là aussi lourde condamnation car il n’a plus droit d’exercer son métier pendant quelques mois. Le motif est pour « charlatanisme » ou pour le dire autrement, d’avoir employé pour soigner des « méthodes non conventionnelles » et cela dans le cadre de la maladie de Lyme.

Première remarque : La maladie de Lyme est une maladie où les incertitudes sont plus nombreuses que les certitudes.

Deuxième remarque: depuis quand le Conseil de l’Ordre des Médecins est une instance scientifique médicale?

Troisième remarque : l’utilisation de « méthodes non conventionnelles » sont légions en médecine, cela va de thérapeutiques non « prouvées » scientifiquement, jusqu’à l’utilisation de médicaments pour des indications non conforme. C’est ce que l’on appelle dans le jargon, une utilisation hors AMM ( Autorisation de Mise sur le Marché).

Pourquoi ici, dans ce cas, sanctionner un médecin? Pourquoi lui? Pourquoi sur cette thématique?

Cela montre à quel point le Conseil de l’Ordre des Médecins agit de façon plus que partiale. Et je ne vous parle pas du silence de cette juridiction dans bien des domaines « scientifique » où elle devrait alors  intervenir.

Avez-vous entendu le Conseil de l’Ordre des médecins s’élever contre les prescriptions d’ UVESTEROL ?

Même après la mort d’un bébé suite à une prescription médicale, qu’à fait le Conseil de l’Ordre?

Rien.

Rappelez vous aussi, que de nombreux médecins ont tenté , par l’intermédiaire de plaintes au Conseil de l’Ordre de museler Irène FRACHON qui dénonçait les pratiques mortelles de ses confrères dans le cadre du MEDIATOR.

 

 

Pour terminer, message sur twitter d’un confrère citant un article du site Egora (lecture réservée aux abonnés médecins) :

Soyons clair : je ne défends en rien ce médecin que j’estime être un délinquant social.

Quand j’écris que le Conseil de l’Ordre des Médecins est une justice d’exception, pensez vous que j’exagère?

Quelle a été la sanction de ce même conseil dans l’affaire du Dr CAHUZAC? 3 mois d’interdiction mais pas de radiation. Quelle mansuétude pour des faits bien plus graves. Quelle disproportion dans les sanctions, pourquoi?

Ce dernier exemple montre que le Conseil d’Etat semble penser comme moi : justice injuste, d’exception.

Tous ces faits montrent combien l’affirmation que le Conseil de L’Ordre des Médecins est une « honte pour la démocratie » comme l’écrivait François MITTERRAND, n’est pas excessive.

Qui le dénonce ? Personne.

 

 

Cette question m’est venue à l’esprit en découvrant , le rapport de la concertation citoyenne sur la vaccination.

Le comité « indépendant » présidé par le Pr Alain FISCHER, dans son rapport final, propose d’étendre l’obligation vaccinale.

Tout d’abord, évacuons la déclaration des liens d’intérêt, car là n’est pas mon propos. Juste pour son président, la consultation du site transparence santé trouve ceci: capture-du-2016-12-03-10-59-40Que signifie étendre l’obligation vaccinale?

Il s’agit d’imposer à tout un chacun des vaccinations. Plus »

Il existe dans les médias, des interrogations sur pas mal d’institutions, des enquêtes, des réflexions, mais il n’existe pas grand monde pour s’interroger sur le rôle et le fonctionnement du Conseil de l’Ordre des médecins. Il est vrai que cette institution ne concerne pas tout un chacun. Je voudrais malgré tout partager mes réflexions.

Ainsi, je voudrais mettre en parallèle 3 événements de l’actualité récente et essayer de réfléchir de façon transversale  pour essayer de répondre à la question que je pose dans le titre.

Tout d’abord, le dictionnaire Larousse dans sa définition de la justice fait apparaître la notion d’équité. Le Conseil de l’Ordre des médecins possède une chambre disciplinaire qui juge et sanctionne. Cet organisme ne juge ni ne sanctionne que les médecins. Chacun pourrait donc croire que cette « justice » ne s’applique que pour tout ce qui a trait à l’exercice de la médecine. C’est en effet, ce qui serait « logique ». Plus »