Je m’interroge aujourd’hui sur l’acceptation d’une opinion qui soit différente.

Chacun d’entre vous a pu faire l’expérience de la difficulté d’échanger.

Difficulté d’échanger avec quelqu’un qui a une opinion différente. Cette difficulté, elle se rencontre dans tous les domaines mais plus particulièrement dans certains où les passions sont exacerbées. Nous sommes actuellement dans une période d’élection, et il n’y a qu’à ouvrir son journal ou s’informer sur internet pour lire les comportements violents uniquement générés par des divergences d’opinions. De plus, certains instrumentalisent cette violence pour leur seul bénéfice.

 

En médecine, qui est un domaine « scientifique », la violence devrait donc être absente. Et pourtant il n’y a qu’à aborder certains sujets pour qu’aussitôt la violence, en générale verbale mais aussi écrite se manifeste.

Ainsi ce week-end, je discutais avec une jeune consœur qui me disait sa difficulté à échanger sur le sujet de la vaccination. L’irrationnel dès que l’on aborde la vaccination atteint des « sommets » au point que nous sommes quelques médecins à avoir qualifié les personnes qui défendent sans réserve la vaccination,  d’église de vaccinologie.

 

Cependant, il semble bien que tous les sujets médicaux sont touchés par la violence dans les échanges. Cela tient alors plus à la personnalité des individus et des médecins qu’au sujet lui-même. Ainsi, un certain nombre de mes confrères ne supportent pas que l’on puisse émettre le moindre commentaire critique à l’encontre de ce qu’ils ont dit ou écrit.

J’en ai fait l’expérience dans deux billets récents avec deux personnes différentes.

Dans le premier cas, il était question de surpoids et d’obésité et je contestais l’affirmation selon laquelle les patients en surpoids et obèses n’avaient qu’à se prendre en charge. J’expliquais que le problème de l’obésité était un problème complexe qui ne se résumait pas à pointer du doigt l’hygiène de vie de ces patients et leur manque d’implication.

Vous pouvez retrouver ce que j’ai écrit dans mon billet : « Problème de poids, mais encore ? »

Voilà ce qu’écrit en partie en réponse, ce confrère dans un billet intitulé « Nourrisson le troll »

« J’espère avoir bien nourri le troll et l’avoir fait un peu grossir. J’adore qu’on m’attaque sur mon titre que je mets rarement en avant, je suis professeur des universités, manifestement pour cette personne, une forme d’incarnation du mal absolu. Je n’en tire pas une gloire, je n’en ai pas honte.  J’adore quand on veux à tout prix me faire rentrer dans une boite. Soit néphrologue et pour le reste laisse parler ceux qui savent, du  moins qui s’autoproclament expert de tout et n’importe quoi. Le début de la note est un espèce de mélange de flagornerie hypocrite et de détestation assez amusant à lire.Le plus drôle est que sous la note obésité et rein, les donneurs de leçon ne sont pas venus commenter. »

Je ne conteste pas avoir exprimé un jugement de valeur issu de mon expérience face à mes confrères professeurs des universités, mais globalement, cet auteur interprète mes propos dans un sens qui n’est absolument pas le mien.

Vous imaginez facilement qu’il est alors difficile d’échanger dans de telles conditions.

 

Dans le second, il est question des thérapeutiques à mettre en œuvre dans une pathologie encore récente qu’est le NASH ou la cirrhose du foie non alcoolique. Dans ce billet j’indique ma surprise sur la façon de traiter le sujet. J’explique que cette « maladie » est une maladie de civilisation et qu’à ce titre, l’interrogation et l’action doit porter sur l’hygiène de vie, la façon de se nourrir et non les traitements qui existent ou existeront dans l’avenir, ainsi que le recours à tous les professionnels de santé possibles jusqu’aux chirurgiens. L’essentiel est de prévenir et non de guérir.

Vous pouvez retrouver ce que j’ai écrit dans mon billet : « Nous n’avons pas les même valeurs !!! ».

Voilà la réponse en commentaire de mon billet, de l’auteur de l’article analysé,  :

« On me signale qu’une nouvelle fois j’ai les honneurs de votre blog sans toutefois y être cité nommément ! La première fois c’était après que vous aviez mis sur mon blog un lien qui était un hoax.
Je m’abstiendrai de juger de votre style. Mais je voudrais vous faire juste remarquer votre malhonnêteté quant aux médicaments et au laboratoire français.

J’ai signalé sans en nommer aucun les 173 produits pour montrer la folie de ce marché.
Dans l’heure des dizaines de posts sur le forum Boursorama me reprochaient de ne pas avoir cité Genfit, des messages de boursicoteurs charognards.
J’ai donc fait une actualisation du billet.
Vous êtes assez malhonnête pour en faire une défense de Genfit alors que je cite aussi Intercept son concurrent.

Je ne sais pas quelles sont vos valeurs mais le courage et l’honnêteté intellectuelle semblent ne pas en faire partie. »

Répond-il à mon analyse ? Non. Juste une attaque personnelle.

 

Qu’est-ce que cela démontre ?

Que la violence prend le pas sur les échanges et cela dans toutes les parties de notre société.

Il ne faut sans doute pas généraliser mais force est de constater qu’il est de plus en plus difficile de porter une parole critique car derrière tout cela il y a « la norme » de la pensée. La « dictature de la pensée dominante » ou son expression;  réagit violemment sans apporter, le plus souvent, d’éléments de discussion ?

Car dans ces deux exemples, quel a été mon tord pour ces deux contradicteurs?

J’explique que je n’adhérais pas à leur façon d’aborder ces deux sujets de médecine et développait une argumentation.

Cela justifie-t-il la façon dont ils m’ont critiqué?

 

Je trouve regrettable cette façon de se comporter.

 

C’est pourtant aujourd’hui la majorité des comportements. Les lieux d’échanges « non violents » sont minoritaires. Il en existe encore mais ils tendent à disparaître.

Ces deux confrères sont des « autorités médicales ». L’un est  professeur agrégé de médecine, l’autre journaliste ayant une tribune à la télévision nationale. Leur position respective justifie-elle une telle expression?

 

Je trouve inquiétant ce type de comportement. Il met un « frein » à toute expression d’une parole critique. Combien de personnes oseront exprimer leurs différences par crainte d’être « stigmatisés » ainsi?

 

Je revendique le droit à la « différence », à penser différemment, à exprimer ma façon de voir les choses. Je n’accepte pas ce type de réaction, ni à mes propos, ni à ceux des autres.

Ce droit à exprimer « sa différence » par rapport à la norme de la société, chacun d’entre nous devrait pouvoir en bénéficier. Or comme je viens de le démontrer, il semble qu’au prétexte d’une position « dominante », ce droit soit contesté. Je trouve ce comportement dommageable .