Peter GOTZSCHE nous explique ensuite différents éléments à prendre en compte pour une analyse indépendante.

Le premier est la mortalité spécifique du cancer étudié.

« Lorsqu’une personne a reçu un diagnostic de cancer, il y a un risque que le diagnostic soit également considéré comme la cause du décès si cette personne meurt dans un état de dénutrition.

Mais la cause du décès pourrait être un autre cancer ou une maladie cardiaque non reconnue. L’inverse peut aussi se produire. »

Cette mortalité spécifique n’est donc pas un bon indicateur de la réalité des choses. Donc une baisse de mortalité spécifique peut être remise en question.

 

Un autre critère qui est souvent mis en avant pour justifier la pertinence et le bénéfice d’une intervention médicale comme les dépistages, est la survie à 5 ans.

« …le biais dans ce cas (NDLR : la survie à 5 ans) conduit presque toujours à des surestimations des résultats du dépistage et du traitement du cancer.

Le biais peut facilement être si important que les interventions n’ayant aucun effet paraissent être très efficaces. »

Peter GOTZSCHE explique avec l’exemple du dépistage du cancer du sein, pourquoi cette survie à 5 ans, très largement utilisée pour convaincre, est un mauvais indicateur.

Une phrase résume cette explication :

« Les patients ne vivent pas plus longtemps ; ils vivent plus longtemps avec le fait de savoir qu’ils ont un cancer parce que l’horloge a commencé plus tôt. »

 

Il explique ensuite que comparer la mortalité spécifique avec la survie à 5 ans est encore un mauvais procédé, même s’il est régulièrement utilisé. Chacun pourra maintenant le comprendre, utiliser deux mauvais indicateurs amène rarement à une compréhension optimale!

Que faudrait-il faire alors?

« La meilleure chose que nous puissions faire pour savoir si un traitement contre le cancer a un quelconque avantage est de faire un essai randomisé. Si nous faisons un essai randomisé, il n’y a aucun problème à utiliser la survie à 5 ans parce que tout le monde a un cancer au départ, et la randomisation assure que les deux groupes sont comparables pour les facteurs pronostiques. »

 

Il nous décrit ensuite longuement son cheminement de pensée à partir d’une étude (méta-analyse) de 2004 qui étudie 250000 patients atteints de cancer et traités par chimiothérapie.

« Je savais que la chimiothérapie augmentait la survie et je pensais qu’il s’agissait d’un effet important, et je l’ai même recommandée à un patient inquiet des dommages graves. C’était avant que j’écrive ce livre. Quand j’ai regardé les preuves, j’ai été choqué. »

Ce long passage nous apprends :

« L’American Cancer Society a un jour, annoncé que la détection précoce du cancer du sein permettait de guérir « près de cent pour cent des cas ». Or ceci est faux : « C’était une erreur importante », puisque le dépistage par mammographie ne mène pas à la guérison. » L’étude des partenaires en particulier industriels (mais pas que) éclaire la raison d’un tel mensonge.

 

Peter GOTZSCHE continue son étude par une méta-analyse de Cochrane portant sur l’étude des effets de la chimiothérapie dans le traitement du cancer du sein, avancé ou non.

« Il n’y a pas de données suffisamment probantes pour déterminer un effet sur la survie globale ou la durée de la progression de la maladie. »

 

Il étudie ensuite une nouvelle méta-analyse de 2005 . Il s’agit d’une grande méta-analyse qui ici s’intéresse au cancer du sein au stade précoce et à son traitement. C’est une étude publiée dans le LANCET, grand journal médical et qui s’étend sur 31 pages ! De plus elle est faite par des scientifiques indépendants.

Son véritable « parcours du combattant » dans l’analyse de cette étude est particulièrement intéressant.

Il écrit :

« Pourquoi n’y avait-il pas de données sur le seul résultat non biaisé – la mortalité totale – dans le rapport de 31 pages de l’article du Lancet  ?

Et pourquoi ces données étaient-elles si bien cachées que seules des personnes aussi têtues que moi pouvaient le faire les trouver ? »

Sa réponse :

« …le milieu universitaire peut être tout aussi partial que l’industrie pharmaceutique et tout aussi « habile » à cacher les faits les plus importants. »

Et d’un point de vue pratique :

« Si cette femme atteinte d’un cancer du sein me le demandait aujourd’hui, je lui dirais que je ne recommanderais pas la polychimothérapie, et probablement pas non plus un médicament chimiothérapeutique individuel, en tenant compte de la méta-analyse du traitement des différents cancers mentionnés ci-dessus. »

« Par conséquent, la façon la plus facile d’aller de l’avant sera de demander à votre médecin si l’effet précis est comparé à l’absence de traitement.

Le médecin devrait être en mesure de répondre. »

 

A suivre

 

 

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