Comme tous ceux qui se préoccupe de l’indépendance en médecine en général et de la qualité des publications médicales en particulier, je suis avec beaucoup d’intérêt la crise qui secoue la collaboration Cochrane.

En effet depuis de nombreuses années, les publications de cette fondation sont reconnues dans le milieu médical comme des bases solides et fiables de la médecine par les preuves (EBM).

Mais depuis le début 2018, une crise majeure secoue cette collaboration.

Cette crise est importante car c’est l’esprit critique et l’indépendance des publications de cette collaboration qui est en jeu.

 

Mon confrère, le Docteurdu16 a écrit un billet détaillé sur le sujet.

Il semble que les journaux médicaux français n’en aient pas parlé.

Quand aux médias nationaux, seul le journal Le MONDE semble en avoir parlé dans deux articles, ici et ici.

 

 

Pour être informé il faut donc se tourner vers la presse anglosaxonne. Comme souvent d’ailleurs.

Un article très récent, publié dans le BMJ (British Medical Journal) a attiré mon intention car il fait une synthèse de la situation.

Il apparait que ce qui caractérise la nouvelle direction de Cochrane peut se résumer à ce que le président et le coprésident ont écrit :

« Board co-chair Martin Burton insists that the majority of Cochrane supported the decision to expel Gøtzsche. “The anti-group has been very vocal, but this is a community of 13 000 people and way over 90% of those people want to move on with the job in hand,” he says.
This sentiment is echoed by Mark Wilson. “The empty drum sounds loudest,” he tells The BMJ. “If we were seeing that vast numbers of people were leaving Cochrane then you could quite rightly say our strategy is failing. That’s not the case. The community has grown hugely.”

Qui peut se traduire par :

« Martin Burton, co-président du conseil d’administration, insiste sur le fait que la majorité de Cochrane a appuyé la décision d’expulser Gøtzsche.

« L’anti-groupe a été très actif, mais il s’agit d’une communauté de 13 000 personnes et bien plus de 90% de ces personnes souhaitent passer à autre chose », dit-il.

Ce sentiment est repris par Mark Wilson.

«La batterie vide a le son le plus fort», a-t-il déclaré au BMJ.

«Si nous voyions un grand nombre de personnes quitter Cochrane, vous pourriez donc affirmer à juste titre que notre stratégie est un échec. Ce n’est pas le cas. La communauté a énormément grandi. »

 

Cela n’est pas si simple, bien au contraire.

Je vous engage donc à lire l’article intégral.

J’ai traduit en français pour le lire, avec l’aide que m’a fourni internet.

Je me suis dit que ce « travail » pouvait intéressé mes lecteurs qui comme moi ont des difficultés avec la lecture en « version originale ».

Vous pouvez donc télécharger l’article traduit en cliquant ici.

 

 

Peter C. Gøtzsche vient d’annoncer son intention de créer un institut scientifique indépendant.

J’ai aussi traduit son texte  que vous pouvez trouver ici.

 

 

 

Tout cette « histoire » est très importante.

C’est l’indépendance de la science médicale qui est en jeu. Rien de moins!

5 commentaires

  1. Merci pour la traduction.
    J’avais lu le billet de Doc du 16, l’évolution de cette « affaire » est glaçante.

    • Je suis d’accord avec vous que cette histoire est grave.
      Le pire est que peu de personne en parle.
      En effet, Cochrane était une des dernières structures indépendantes de l’industrie pharmaceutique.
      Elle n’est plus.
      Peter C. Gøtzsche essaie bien de fonder une nouvelle fondation pour « reprendre le flambeau ».
      Mais quels seront ses moyens?
      Sûrement rien de comparable à l’ancienne Cochrane.

      Cela veut dire, qu’aujourd’hui le peu qui restait d’indépendance vis à vis des industriels, et il n’en restait plus beaucoup, vient de disparaître.
      Mais qui s’en soucie?

      • Ce n’est pas uniquement une question d’indépendance vis à vis des industriels. C’est aussi et surtout une question d’indépendance parmi toutes les croyances qui foisonnent en médecine.

        Même si on peut trouver que Gotzsche a eu des défauts et a pris des positions qu’on peut considérer excessives, il n’en demeure pas moins que cette crise est extrêmement grave.

        Parmi les échanges de lettres qui ont mené à cette crise, je vous encourage surtout à lire le détail du contenu de la correspondance entre Gotzsche et E. Fuller Torrey. Obscure ou lumineux, selon ce que vous comprenez vraiment au sujet de cet affrontement idéologique.

        • Bonsoir

          Je suis complètement d’accord avec vous sur le problème des croyances qui foisonnent en médecine.
          Il y a d’un coté ce que certains nomment les fakemeds et pour lesquels ils luttent parfois violemment.
          Mais il y a aussi la croyance dans le fait que les études cliniques disent « la réalité ».
          Or parmi ces médecins antifakemeds qui pour la plupart n’entretiennent pas de liens avec l’industrie pharmaceutique, nombreux sont ceux à ne pas voir que dans, ce que l’on peut appeler souvent leur « scientisme » il y a beaucoup de croyances.
          Ainsi dans les traitements prescrits tous les jours, il est particulièrement intéressant de connaître le nombre de patients à traiter pour avoir 1 effet, ce qu’en anglais l’on nomme le NNT:
          http://www.thennt.com/
          Or la très grande majorité des traitements prescrits chaque jour, les NNT sont très élevés, de l’ordre de plus de 100.
          Ce qui signifie qu’à peine 1% des patients à qui on les prescrit, en tire un bénéfice.
          Les médecins prescripteurs surévaluent grandement l’efficacité de nombre de leurs prescription et cela du fait d’une croyance en ceux-ci.

          • « Il y a d’un coté ce que certains nomment les fakemeds et pour lesquels ils luttent parfois violemment. »

            Je fais partie de ceux qui critiquent à 100% les fakemeds. Mais pour rendre ma position explicite: qu’un patient souhaite bouffer de l’homéopathie, quitte à mettre sa santé en « danger », moi, en tant que non-médecin, je m’en balance un peu le coquillart. Mais que les croyances investissent tout un milieu universitaire et s’oppose brutalement au discours scientifique, je pense par exemple à la psychanalyse, et bien là, le problème me paraît beaucoup plus lourd de conséquences pour la société. Point de vue de rationaliste fondamentaliste.

            « Mais il y a aussi la croyance dans le fait que les études cliniques disent « la réalité ». »

            C’est un peu plus compliqué que cela. N’importe quel rationaliste sait bien que la carte n’est pas le territoire. Il n’y a pas de croyance si on prend le recul de se dire qu’une étude n’est qu’un aperçu de la réalité. Ca devient beaucoup plus problématique si on en arrive à rejeter toute une étude « parce qu’on en a envie ». Le jugement clinique du praticien est important, mais doit s’appuyer, ou plutôt ne pas rejeter, la science. Et in fine, il s’agit plus de questions relatives à l’organisation générale et globale du soin. D’où les protocoles. Qu’un praticien isolé dévie pour de bonnes raisons cliniques ne me pose aucun problème. Que tous les praticiens dévient, là j’ai un gros problème plus que personnel avec eux.

            « Or parmi ces médecins antifakemeds qui pour la plupart n’entretiennent pas de liens avec l’industrie pharmaceutique, nombreux sont ceux à ne pas voir que dans, ce que l’on peut appeler souvent leur « scientisme » il y a beaucoup de croyances. »

            C’est plus compliqué. Premièrement, il y a le biais téléologique médical, qui est commun à a peu près tous les médecins. Je pourrais détailler… mais c’est un biais « scientiste » qu’on retrouve y compris chez les médecins qui ont des croyances. Le « scientisme » n’est pas exactement une idéologie. Il est consécutif à ce que 1. la médecine est une science appliquée, et donc est naturellement munie d’une idéologie déformante liée au soin; et 2. le « scientisme » est une posture qui promeut inconsciemment une certaine vision de la nature des données scientifiques sur une maladie donnée.

            En somme, le scientisme, c’est la posture antirationnelle qui consiste à nier que malgré tout, la médecine, le soin, la maladie ainsi que la recherche médicale est en soi une construction sociale qui a ses biais. Et non, je ne suis pas pour autant l’affreux relativiste épistémologique dénoncé par les scientifiques… Bien au contraire.

            NNT: « Ce qui signifie qu’à peine 1% des patients à qui on les prescrit, en tire un bénéfice. Les médecins prescripteurs surévaluent grandement l’efficacité de nombre de leurs prescription et cela du fait d’une croyance en ceux-ci. »

            Complètement d’accord. Mais ce que vous relevez s’explique par deux faits plus profonds:

            1. Les médecins, quoiqu’ils en disent, ne sont malheureusement pas des scientifiques. Ils ont des connaissances appliquées de nature scientifique. Pas exactement pareil.

            2. La mise en perspective des résultats bruts de la science, la façon dont on les hiérarchise, relève de la démarche rationnelle, et non plus scientifique au sens strict.

            Pour le dire en un mot: il ne sert à rien de se prétendre scientifique si on pratique l’irrationalité. C’est une évidence tautologique. Mais elle mettra un certain temps à rentrer dans la tête des médecins.

            Quoiqu’il en soit, l’apport de la démarche proprement scientifique, malgré toutes ses imperfections, est fondamentalement nécessaire si on souhaite dépasser le stade de la médecine-à-papa-où-je-fais-comme-je-veux-et-le-patient-est-ma-chose-même-si-je-raconte-ce-qui-me-passe-par-la-tête. Cette dernière doit définitivement disparaître. Elle a fait trop de mal.

            On en n’est qu’à un stade de l’évolution de la pratique de la médecine. Pour l’instant on introduit la véritable démarche scientifique. On pensera à la rationalité en médecine dans 20 ans, quand on aura constaté que les patients fuient les médecins pour se réfugier chez le premier gourou du coin à force de prendre leur médecin pour un barbare.

            C’est ce que j’appelle la marche du progrès. Je crois malgré tout, malgré tout, au progrès.

Répondre à F68.10 Annuler la réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.