Condamnés par l’Inquisition, de Eugenio Lucas Velázquez (1862), Musée du Prado.

 

Il y a quelques billets de cela, j’évoquais la « guerre » que se livrent les médecins pour la suprématie de leur façon de penser et d’exercer.

Plus récemment, je parlais d’un article d’un confrère qui mettait en avant la complexité de la médecine et combien l’arrogance dans son exercice était problématique.

 

 

 

Le conflit entre les médecins qui dénoncent la prescription homéopathique et les médecins homéopathes vient de connaître un nouveau rebondissement.

Vous pouvez lire des points de vue différents, ici, ou encore .

 

 

Que des médecins en viennent à se « battre » ainsi, par médias et Conseil de l’Ordre interposés, me désolent. En effet, cette « division » est un mauvais coup porté à l’exercice de la médecine.

Que des médecins en viennent à s’entre-déchirer n’est bénéfique pour personne.

Et les patients dans tout cela?

Quelle image de l’exercice de la médecine cela donne-t-elle?

Et cela à l’heure où le suicide de médecins ou de personnels soignants, la grève de certains personnels hospitaliers pour pouvoir tout simplement faire leur métier, et le « malaise » des urgences; font la UNE des médias.

Le problème de la prescription de l’homéopathie, de son remboursement, mais aussi de certaines autres pratiques non validées; est-ce vraiment le problème N°1 de la santé en France? Une telle agressivité, de part et d’autre est-elle justifiée?

 

 

 

Cela étant dit, je me pose plusieurs questions sur cette initiative soutenue par nombre de confrères. Questions que je ne vois jamais posées

 

 

 

1) Cette tribune, quelle image de la médecine et des médecins donne-t-elle dans l’opinion publique?

Le fait d’être médecin, autorise-t-il à prononcer de telles injonctions?

Le médecin n’est-il pas celui qui « propose » et non celui qui « ordonne »?

Le médecin ne doit-il pas respecter la vision du monde de l’autre? Doit-il être celui qui impose sa propre vision de la médecine? Et cela au mépris du fait que personne ne détient la vérité.

 

 

 

 

2) L’ambiguïté du Conseil de l’Ordre des médecins se fait jour avec la plainte ordinale des homéopathes.

Les signataires de la tribune en ont appelé au Conseil de l’Ordre des médecins pour qu’il « sanctionne » les médecins homéopathes au nom de la déontologie du soin.

Et maintenant c’est au nom de la déontologie entre les médecins que les homéopathes demandent que les signataires soient sanctionnés.

N’est-il pas temps, plutôt que de s’indigner de telles ou telles plaintes, de s’interroger sur l’ambiguïté du Conseil de l’Ordre des médecins et donc sur son l’existence ?

Combien de pays dans le monde possèdent ce type de « juridiction »? Il semble qu’il n’y en ait pas beaucoup. Pourquoi si cette institution est si « remarquable » tous les pays ne s’en sont-ils pas dotés?

Il semble que l’Ordre des Médecins ne garantissent en rien un exercice de la médecine « éthique ». Alors ne pourrait-on pas s’en passer utilement? Ce type de question me parait plus importante que de savoir qui des homéopathes ou de leurs détracteurs sont à « sanctionner ».

 

 

 

3) Y-a-il l’instauration progressive d’une « police médicale » qui impose telle façon de soigner et « interdit » telle autre?

En expliquant que l’homéopathie n’a aucune preuve d’efficacité et par ce fait doit être écartée comme manière de soigner, les signataires ne laissent-ils pas penser qu’eux ne prescrivent que des thérapeutiques évaluées.

Or il n’en est rien . Et de nombreuses publications en témoignent.

Y-a-t-il malgré tout la création de nouveaux inquisiteurs qui font la promotion de l’autodafé :

 

 

 

 

 

4) Pourquoi des médecins spécialistes de cardiologie, de neurologie, des urgentistes, ont-ils pris part à cette « croisade »?

Ils ne sont en rien confrontés dans leur pratique professionnelle à la prescription homéopathique. Ce sont essentiellement les généralistes qui le sont.

Alors, même si de nombreux généralistes portent ce combat, pourquoi n’est-il pas exclusif de cette spécialité? En d’autres terme pourquoi des spécialistes « non concernés » sont-ils aujourd’hui parmi les plus virulents?

La réponse qui est fournie à chaque fois est la même : »c’est un problème éthique. Il n’est pas éthique de soigner avec une thérapeutique qui n’a pas fait la preuve de son efficacité ».

Si l’on se positionne sur le volet éthique, il est important d’aborder tous les problèmes qui relèvent de l’éthique médicale. Les liens d’intérêt, la corruption sont des problèmes éthiques graves.

Tous ces signataires, sont-ils « à jour » de ces problèmes éthiques? Je n’ai par exemple vu nulle part la déclaration de liens d’intérêt de tous ces médecins qui s’expriment sur le sujet. Or la loi leur en fait obligation. Obéir à la loi n’est-elle pas la première règle éthique?

 

 

 

 

5) Pourquoi ces signataires vouent-ils une telle « haine » à l’effet placebo?

En effet, ce qui apparaît en filigrane dans cette attaque contre l’homéopathie et les médecines alternatives, c’est le refus de l’effet placebo.

L’effet placebo existe dès que l’on soigne.

L’ignorance quand à son fonctionnement est encore aujourd’hui complète.

Cet effet placebo est une « gène » permanente pour qui veut « prouver » qu’une molécule est efficace. C’est la raison pour laquelle l’industrie pharmaceutique ne « supporte » pas l’existence de cet effet qui la contraint donc aux pires « contorsions » pour prouver l’efficacité du moindre médicament.

Cet effet placebo est un « caillou dans la chaussure » de la toute puissance médicale.

Pourtant 30% d’effet, sans aucun principe actif, c’est quand même assez extraordinaire.

Alors pourquoi une telle campagne contre ceux qui utilisent le plus cet effet placebo?

 

 

 

 

Voilà des questions sur lesquelles j’aimerais que l’on puisse débattre et que cette « histoire » met en lumière.

Mais aujourd’hui, le débat n’est pas possible.

Il y a deux camps et si l’on n’est pas dans l’un, on se trouve dans l’autre.

Deux camps qui s’invectivent.

Pourtant la médecine est faite de nuances.

Il semble qu’aujourd’hui toute nuance est interdite. Chacun est « sommé » de choisir son camp.

Et cela est vrai dans tous les champs d’action de la médecine : prévention, vaccination, dépistage, thérapeutiques diverses.

Est-ce cela que l’on nomme le progrès?

 

Nous vivons une triste époque.

 

 

 

 

 

 

 

 

17 commentaires

  1. « Je constate que les anti homéopathie avancent constamment que « l’ homéopathie n’a toujours pas fait preuve de son efficacité »
    Peut-être ne lisent ils pas les articles publiés dans  » http://europepmc.org/search;jsessionid=97B9DF615D7965FEEE292A879B52842A?query=JOURNAL:%22Homeopathy%22&page=1 »
    On peut y trouver matière à réflexion.et à vérification.
    Par ailleurs, pour ce qui est de l’ enseignement de l’homéopathie, les Sud américains, seraient ils plus bienveillants que nous ou plus stupides ?:
    https://www.thieme-connect.de/DOI/DOI?10.1055/s-0037-1613677
    Exemple d’une étude ;
    https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/27473545
    Alors, y rien là ?

  2. J’ai bien aimé votre « tribune ». Belles réflexions, beaucoup de bienveillance.
    Je précise que je ne suis pas médecin, juste un patient qui a pu remonter la pente grâce du docteur Michel de Lorgeril et à ses livres et « billets » conseils très documentés, c’est pourquoi dans la bataille allopathes/homéopathes, je dirais qu’il faut prendre sa santé en main et ne pas tout laisser au « docteur », car comme le disait voltaire : » L’art de la médecine consiste à distraire le malade pendant que la nature se charge de le guérir ». Peut-être un peu excessif mais tellement proche de la réalité selon moi.

    • Merci pour votre commentaire.
      J’aime beaucoup comme vous, la phrase de Voltaire.
      Pour tout vous dire je ne la trouve pas si excessive que cela.

      Vous avez raison, chacun doit être responsable de sa propre santé et ne pas la confier les yeux fermés au docteur.
      Mais combien peuvent le faire?
      Combien ont la possibilité de faire respecter leurs propres valeurs et préférences face à un médecin?
      Il y en a, fort heureusement.
      Mais pas assez à mon point de vue.

      Je suis interpellé par le fait que vous soulignez ma bienveillance.
      Elle devrait être la règle de la profession et non l’exception.
      Votre remarque semble bien soulignée que la bienveillance est rare.
      Et c’est quelque chose qui me rend particulièrement triste.

  3. homeopathie n’est pas comptible avec la medecine actuelle
    kaautant aller a Lourde

  4. Bonjour, non médecin, je me pose deux trois questions.
    Ça ne marche pas mieux qu’un placebo.
    – Mais en gros est-ce que ça marche mieux que rien du tout ?
    – Est-ce que ça marche mieux qu’un tic tac prescrit ? Est-ce que ça continue de fonctionner si on dit clairement que c’est un placebo ?
    – Il n’y aurait pas moyen que ça continue de fonctionner tout en coûtant un peu moins cher ? Est-ce que ça ne peut pas fonctionner sans tout ce cinéma de comptage de micros granules en nombre improbable cinquante fois par jour ?
    J’imagine que ça doit être le sujet des quelques études sur les placebos. Si non, ça devrait valoir le coup, non ?
    Et je me pose aussi la question de ce qui a été étudié dans l’homéopathie : les granules et leur mémoire de l’eau, ou le truc d’origine où théoriquement on apporte un peu de la maladie pour soigner ?

    • Désolé mais je ne peux pas vous répondre n’étant ni homéopathe ni spécialiste de l’effet placebo.
      Mais vous trouverez sur le net, les réponses à vos questions.

  5. Bonjour,

    Comme tout est lié,

    Le controle, dénominateur commun,

    La civilisation est une culture du contrôle. Dans les civilisations, une poignée d’individus contrôle le plus grand nombre à l’aide des institutions propres aux civilisations [ce n’est pas sans rappeler ce que racontait notre cher Voltaire, « Un pays bien organisé est celui où le petit nombre fait travailler le grand nombre, est nourri par lui, et le gouverne », NdT].

    Si ces gens se trouvent au-delà des frontières de cette civilisation, alors ce contrôle prendra la forme d’armées et de missionnaires (des spécialistes religieux ou techniques). Si les populations à contrôler se trouvent dans des villes, dans l’enceinte même de la civilisation, alors le contrôle pourra prendre la forme de militarisation domestique (i.e., la police).

    Il est cependant moins coûteux et moins ouvertement violent de conditionner certains comportements à l’aide de la religion, de l’école, ou des médias, et d’autres moyens du genre, que par l’usage de force pur et simple (qui nécessite un investissement conséquent en armement, en surveillance et en travail).

    http://partage-le.com/2015/02/1084/

    ——-

    Parmi les traits culturels qui permettent d’expliquer pourquoi la culture dominante, la civilisation industrielle mondialisée, a pu faire et peut faire ce qu’elle fait actuellement — à savoir ravager le monde naturel, dévaster les habitats de toutes les espèces vivantes au point de se rendre coupable d’une destruction massive de leur diversité et de leurs populations, d’une magnitude sans précédent depuis qu’une météorite a frappé la planète il y a des millions d’années — la psychopathie figure en bonne place.

    Une description commune du psychopathe explique :

    « Les psychopathes ne ressentent rien pour les autres mais seulement pour eux. Ils ressentent bien biologiquement des émotions mais psychologiquement les troubles caractériels de leur maladie viennent troubler et altérer le ressenti de ces émotions. Ils n’ont aucun sentiment envers les autres. Toute émotion est ramenée à eux de n’importe quelle façon. Les autres ne sont que des objets qui servent à assouvir leurs envies. Ce problème d’absence d’empathie explique pourquoi ils n’ont aucune morale et donc aucune limite à faire du mal à autrui physiquement et moralement. D’où leur dangerosité. »

    http://ace.hendaye.over-blog.fr/2018/08/le-narcissisme-pathologique-de-la-civilisation.html

    Bien à vous,

  6. Bonjour
    La virulence des réactions face à l’homéopathie me fait réfléchir et je vous partage mes réflexions :
    . si notre médecine scientifique découvre une symtome = un probleme = un médicament, pourquoi est-ce que les thérapeutiques de médecine allopathique n’ont pas une efficacité de 100% ? est-ce pluri factoriel (sans doute) ? est-ce un effet nocebo incontrôlé ? (peut-être). Dans ce cas là, devant l’immense défiance du grand public face à la médecine moderne, ne devrait-on pas constater une baisse d’efficacité des médicaments (effet nocebo collectif en somme) ?
    . la virulence des réactions ne viendrait-elles pas d’un changement de paradygme, passant d’une médecine de « sachants » d’un coté donnant des « ordonnances » face maintenant à un savoir distribué, en libre accès, (mélangé avec tout un tas de connerie aussi), plaçant le thérapeute dans une situation de conseillé, d’aidant, d’accompagnant ? est-ce que la place d’une médecine paternaliste n’est pas en train de disparaitre, ce qui fait peur aux héritiers de cette médecine séculière ?
    . ne peut-on pas nous mettre d’accord sur le fait que nous ne comprenons pas tout (d’un coté où on n’y comprend clairement rien avec de l’homéopathie, à la limite de la magie, et de l’autre à grand renfort de stat et de biochimie qui n’arrive pas à des résultats à 100%) et que n’importe quel outil permettant de soulager un patient est à prendre ? j’ai conscience que c’est tendancieux et que ça peut ouvrir la voie à tout un tas de choses farfelues mais du moment que « primum non nocere », la porte n’est-elle pas ouverte ?

    • 🙂

      Le plus tendancieux est de parler des problèmes et des pseudos solutions, et d’oublier de mettre en avant , jamais, ô jamais les causes réelles qui sont créatrices de ces problèmes.

      Primum non nocere débute où?

      😉 😉

    • Bonsoir
      Je partage ton questionnement.
      Pour ce qui est des médicaments et de la médecine allopathique, il y a un gros problème pour tirer des conclusions : les connaissances.
      En effet, nombre des connaissances sur les médicaments de l’industrie pharmaceutique sont inconnues.
      Inconnues car elle n’existent pas par manque d’études sur le sujet mais également parce que ces « connaissances » sont du domaine du « secret industriel » et donc protégées de la connaissance du plus grand nombre par cette même industrie.
      Il est par exemple surprenant, que la pharmacovigilance sur les médicaments a été confié par les autorités « étatiques » à ceux qui fabriquent ces même médicaments.
      Bref, nous ignorons beaucoup de choses et l’industrie nous cache aussi énormément d’éléments qui seraient pourtant éclairants.
      On ne peut donc que se poser des questions sans espérer la moindre réponse.

      Je pense en effet, que la virulence et la violence des « 124 » et de leurs soutiens, vient du fait de se sentir dépossédé de leur toute puissance médicale par le libre accès au « savoir » par le plus grand nombre.
      Au début de mon exercice, le savoir médical se trouvait dans les bibliothèques de médecine et dans les publications spécialisées accessibles uniquement aux étudiants en médecine et aux médecins.
      Aujourd’hui, n’importe qui a accès à PubMed et peut donc lire.
      En effet, le médecin qui jusqu’à un passé récent était celui qui savait et donc celui qui pouvait imposer son savoir sans discussion, a disparu.
      Beaucoup de confrères ne le supportent pas.
      Il n’y a qu’à voir la réaction de nombres d’entre eux quand un patient « conteste » en invoquant sa lecture sur internet.

      Enfin, il est pour moi une évidence que notre ignorance est plus grande que notre connaissance.
      Mais combien de confrères pour accepter cette simple évidence?
      L’humilité me semble être une qualité que l’on retrouve peu dans le monde médical.

      Je crois qu’aujourd’hui soulager est aussi difficile que par le passé et cela malgré l’arsenal thérapeutique qui s’est considérablement renforcé.
      Aujourd’hui, beaucoup de médecins sont désarmés devant la souffrance rapportée et dont ils n’ont pas d’outils à proposer pour soulager.
      Cela permet à nombre de « thérapeutes » de tous ordres de prospérer.
      Je crois qu’en publiant cette tribune, tous ces médecins et ceux qui les soutiennent, se coupent de la souffrance qui leur échappe et c’est dommage.

      Je pense que nombre de médecins se sont tournés vers l’homéopathie, car elle apportait une réponse à la souffrance de patients que la médecine allopathique était incapable de soulager.
      Ne pas le comprendre et attaquer si violemment l’homéopathie est désolant. Mais c’est aussi ce qui a été inculqué à la faculté par nombres de professeurs agrégés très liés à l’industrie pharmaceutique. Voir ainsi un jeune médecin juste sorti de la faculté assenant des vérités en médecine alors qu’il n’a quasiment aucune expérience de l’exercice de la médecine à part ce qui lui a été enseigné, est assez caractéristique de cette démarche.

      Les médecins gagneraient beaucoup à s’intéresser à toutes ses thérapeutiques dites alternatives car ils ont par leur formation une connaissance du corps humain et des maladies que les autres n’ont pas.

      Mais aujourd’hui combien de médecins n’ont pas « la tête dans le guidon » et sont capable de recul et de réflexion?

  7. Coucou,

    Merci Docteur pomme de pin, 🙂

    Bah! Des vieux grognons égoïstes, égotiques qui feraient mieux de penser au bien être de leurs patients, avant tout!

    Bien à vous,

    PS. Vous allez vous sentir de plus en plus seul! Ce sont les autres, les hors sols qui vous le feront sentir, bien sentir. Courage Docteur pomme de pin!

    Patiente. L’effloraison est proche. Voir les agitations de toutes parts, pas que dans le milieu médical. 🙂

  8. Bonjour, j’ai trouvé votre article très intéressant. Je suis en contact régulier avec nombre de personnes (dont des médecins) dans la sphère sceptique/rationaliste, dont une large majorité soutiennent sur le principe les prises de position contre l’homéopathie. J’ai quelques réserves de mon côté non pas sur le contenu même de ces prises de position (je suis moi aussi convaincue que la façon dont l’homéopathie est promue en France est problématique), mais du fait qu’elles ne font effectivement qu’effleurer un tas d’autres aspects éthiques et scientifiques. J’ai essayé de mettre des mots sur ce sentiment, je serais vivement intéressée par votre retour sur le texte que j’ai publié (où je parle notamment des médicaments en circulation qui ne sont pas non plus toujours « validés scientifiquement », par ex) : https://manebuleuse.wordpress.com/2018/03/26/pour-une-medecine-independante-bienveillante-et-fondee-sur-des-preuves/

    Je comprends donc une partie des critiques formulées, mais cependant, je suis en désaccord, je pense, avec le point 5). Je ne vois nullement de haine ou de rejet de l’effet placebo, même chez les plus virulents des rationalistes avec qui je suis souvent en désaccord. Ou alors il s’agit de positions très très marginales, car vraiment, j’en lis beaucoup des prises de position et des débats sur le sujet. A mes yeux, si je fais la synthèse des positions dont j’ai connaissance, il s’agit bien plutôt de poser la question des conditions auxquelles on peut utiliser les effets contextuels/placebo (j’ai aussi tenté d’écrire un article dessus, mais je ne suis pas médecin donc je prends volontiers tout retour critique)… Ce n’est pas tant le caractère « placebo » de l’homéopathie qui gêne que le fait qu’on le présente comme tout autre, que son efficacité soit présentée comme étant liée aux théories de Hahnemann par exemple, à la mémoire de l’eau etc. Il y aurait en fait bien des moyens de proposer des « placebo » ou en tout cas de tirer profit des différents effets contextuels connus il me semble, et mieux encore, il semble qu’on puisse prescrire des placebo en l’expliquant au patient (mais les recherches là dessus sont en cours je crois). La chaine Youtube Scilabus a fait récemment une excellente vidéo là dessus d’ailleurs, elle pose la question du fait de mentir ou non au patient, à quel point, à quelles conditions, est ce que c’est vraiment nécessaire, bref c’est bien fichu 🙂

    Au plaisir d’échanger, bonne soirée

    • Bonsoir
      Je suis d’accord avec vous que l’effet placebo mériterait que l’on s’y intéresse bien plus que ce que l’on ne le fait aujourd’hui.
      Le problème est que l’on constate « chaque jour » la réalité de cet effet mais qu’aujourd’hui nous n’avons pas l’ombre d’une piste d’explication.
      Cet effet, bien connu et bien reconnu va à l’encontre de l’exercice de la médecine EBM.
      En effet, à coté de la « preuve » d’un bénéfice, il faut une explication physiopathologique de ce bénéfice.
      La très grande majorité des médicaments ont une explication du pourquoi ils fonctionnent.
      De mémoire, il n’y a que peu de classe médicamenteuses dont les statines qui n’ont pas d’explication de leur effets bénéfiques aujourd’hui. Pendant longtemps c’est le fait que cette classe de médicament fasse baisser de façon efficace le cholestérol considéré comme la cause des maladies cardio-vasculaire qui donnait aux statines l’explication physiologique de son effet. Mais la théorie de cholestérol ayant aujourd’hui été invalidée, les tenants de l’effet des statines parlent aujourd’hui d’effet pleiotrope, sans que cela soit convainquant au point que je fais partie de ceux qui mettent en doute la réalité du bénéfice des statines. Mais c’est une autre histoire.

      Donc pas d’explication de l’effet placebo.
      N’ayant pas d’explication, il nous est impossible de le « maîtriser ».
      Comment en effet maîtriser une « thérapeutique » quand on ne sait pas comment elle fonctionne et qui plus est, quand elle fonctionne sur un nombre considérable de « maladies » toutes différentes les unes des autres.
      Nous avons été formé à quelque chose de binaire : un problème = un médicament.
      Avec la chimie des médicaments, nous avons disposé à partir du milieu du XXème siècle de thérapeutiques efficaces.
      La médecine actuelle s’est donc construite sur les « progrès » de l’âge d’or de la médecine.
      La médecine de « diafoirus » a laissé la place à la médecine « scientifique » et performante au point que les médecins se sont crus « tout puissants ».
      Cette toute puissance de la médecine, elle est enseignée à la faculté et est soutenue de tout son poids par l’industrie pharmaceutique.

      C’est cette toute puissance et la violence des médecins quand elle est remise en cause que j’exprime dans cette expression de « haine du placebo ».
      Je vous l’accorde, il n’y a pas de haine véritable, mais plus un sentiment de gène qui à mon avis sous-entend cette tribune des « 124 »et sa violence.
      Les patients qui prennent de l’homéopathie se trouve en général très satisfait par cette thérapeutique.
      Un médecin allopathique, tout convaincu de sa toute puissance, comment peut-il accepter que l’on soigne avec un médicament qui n’a aucune preuve d’efficacité? D’ailleurs, au lieu de moquer le fait que dans les granules d’homéopathie il n’y a aucun principe actif, ne serait-il pas plus judicieux de s’interroger.
      Comment se fait-il qu’il y ait une efficacité, du moins ressentie à la prise d’un médicament qui n’en fait que de sucre?
      La réponse est : l’effet placebo.
      Oui mais l’effet placebo n’a pas besoin de granules pour agir, pourquoi alors ces granules?

      En fait, en rejetant l’homéopathie et les autres thérapeutiques non éprouvées, ces médecins signataires et leurs soutiens, ramènent le soin et la médecine à la prescription exclusive de médicaments à principe actif.
      C’est une vision réduite de la médecine qui a bien été décrite dans l’article de BOUSSAGEON.
      Cette vision réduite veut être implosée au plus grand nombre.
      Je trouve cela inacceptable et la violence qui accompagne cette vision, encore plus.
      Mais notre société est violente.
      De plus seule la violence semble pouvoir avoir des résultats.
      La non violence de notre tribune contre l’obligation vaccinale est peut-être la raison de son inefficacité.
      Il n’empêche que je ne supporte pas la violence et surtout dans ma profession.

      • Admin écrit : « La non violence de notre tribune contre l’obligation vaccinale est peut-être la raison de son inefficacité. »

        Alors là, vous me faites plaisir…

        Ce point est absolument crucial. La « Lettre ouverte aux députés contre le projet d’extension de l’obligation de vaccination des nourrissons » avait un énorme défaut, elle incluait cette phrase :

        « Nous vous demandons donc de ne pas voter cette mesure et de demander que l’obligation puisse être examinée par les parlementaires vaccin par vaccin, et en s’appuyant sur une expertise indépendante. »

        Cette même volonté de promouvoir une « expertise indépendante » (selon quels critères ???), vous la partagez avec Michel de Lorgeril. J’étais en désaccord avec ça, précisément parce que Marc Girard explique en détail la méthode employée par le système pour retourner à son profit les contestations mal ciblée…

        Je ne veux pas « négocier » l’obligation vaccinale. Je m’oppose à ceux qui légitiment (ceux qui critiques les vaccins mais qui comment toutes interventions en disant « je ne suis pas contre les vaccins ») la volonté de Buzyn de promouvoir une simagrée (la menace de la rougeole par exemple) comme un problème majeur de santé publique…

        L’obligation vaccinale est un scandale absolu essentiellement pour des raisons POLITIQUES, pas scientifique. La question posée par l’obligation vaccinale est celle de la place de l’expertise dans nos vies, c’est celle de l’abandon de nos droits fondamentaux au profit de tiers à qui l’on octroie D’IMMENSES POUVOIRS SUR NOS VIES, sans la moindre légitimité… au nom d’un dogme défini par une minorité pour créer une contrainte sur la vie sociale de millions d’individus, notamment d’enfants, à qui l’on est prêt de refuser l’admission en scolarité au motif qu’ils ne sont pas vaccinés contre des maladies anecdotiques.

        La propagande vaccinale consiste à dramatiser l’anecdotique, à ériger une catégorie de médicaments (les vaccins) comme un tout MERVEILLEUX, INDIVISIBLE et INFAILLIBLE.

        La campagne contre les « Fake Med » est téléguidée, son objectif est la même que celle des médias type AFIS, pseudo-science.org, Hoaxbuster etc. Nos médias sont de plus en plus autoritaires envers ceux qui rejettent (à tort ou à raison, ce n’est pas la question) la « science officielle », entendez celle édictée par les laboratoires qui sont désormais soumis à l’influence des financiers (les vrais professionnels du développement pharmaceutique sont les chimistes, les toxicologues et les pharmaciens, une formation de pharmacien ayant été obligatoire pendant longtemps pour posséder une firme pharmaceutique). Nos médias relaient simplement la propagande et ça s’est vu, en conséquence ces derniers veulent désormais faire passer leur développement avec violence, en méprisant l’intelligence de ses lecteurs, en utilisant toujours plus une rhétorique binaire (le vrai et le faux) en traitant de « complotiste » toutes personnes mettant simplement en doute la parole officielle. Les médias auxquels je fais allusion prétendent démanteler les « Fake news », ils s’appellent « l’info du vrai » (Canal+), les décodeurs (Le Monde), Checknews (Libération). Cette nouvelle tendance éditoriale prépare les esprits à une réduction drastique de la liberté d’expression puisqu’il est question de légiférer sur les « fakes news »…

        Avec l’obligation vaccinale, nous avons un concept précurseur de la « nouvelle société » voulue par Macron : une société dans laquelle la parole officielle est toute-puissante, où l’on octroie aux experts une parole que l’on a pas le droit de remettre en cause et qui est éventuellement soutenu par l’appui de la force publique et de la loi …

        Vous avez raison d’employer le mot « violence pour définir l’époque.

        L’obligation vaccinale est un scandale en soi, c’est une mesure POLITIQUE autorisant à sanctionner des gens qui ne sont coupables de RIEN d’autre que de ne pas faire confiance à la parole publique pour protéger ses enfants.

        Ce n’est certainement pas en parlant sans cesse de l’aluminium vaccinal comme du SEUL problème qui contrarie l’obligation vaccinale que l’on amène à la prise de conscience politique (qui existe chez les uns et les autres indépendamment de leur opinion sur LA vaccination) qui pourrait contrarier les projets de Buzyn.

  9. Fake_interne

    J’ai découvert votre blog juste aujourd’hui avec cet article, qui exprime avec beaucoup de clarté et de justesse la gêne que j’éprouve à voir ce débat récent. On doit pouvoir tracer une autre ligne, loin de ces débat contre productifs de Real vs Fake…
    Merci!

    • Merci pour ce retour, car j’ai un peu le sentiment d’être bien seul en critiquant cette tribune.
      J’ai le sentiment que la grande majorité de la profession est derrière ces « 124 » alors que dès le début, j’ai comme vous ressenti une gène importante face à la teneur de cette tribune.
      D’ailleurs nombre de retours suite à la publication de mars 2018, dont Matthieu VIDARD ont exprimé leur incompréhension devant la violence de cette tribune.
      Mais ce que je constate (biais de sélection?) est qu’il est impossible de critiquer la démarche de ces « 124 » au seul prétexte qu’en effet l’homéopathie n’a toujours pas aujourd’hui fait la preuve de son efficacité.
      S’étonner que cette tribune et l’attaque de l’homéopathie soit pour le moins problématique, ne semble n’être partagé que par peu de médecins. Raison de mon questionnement et de ce billet.

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