Twitter dont je possède un compte depuis maintenant plusieurs années est un réseau social capable du meilleur comme du pire.

Je voudrais aujourd’hui parler du meilleur.

Il me permet de suivre nombres de mes confrères qui mettent en ligne pour une majorité d’entre eux ( une minorité peut-être) des articles, de textes (avec les liens) qu’ils ont aimés et qu’ils veulent partager.

C’est aussi dans ce but que j’ai ouvert un compte sur Twitter.

L’un de mes confrères ( il se reconnaîtra sans doute, et je l’en remercie pour ce « signalement ») a partagé un article d’un confrère généraliste dont le titre est : « L’evidence based medicine (ebm) et la légitimité du pouvoir de guérir« .

Je voudrais vous parler de cet article aujourd’hui en espérant que nombre d’entre vous le liront. Cet article est d’une rare intelligence et apporte une réponse à notre actualité médicale. Il apporte une réflexion sur la pratique de la médecine aujourd’hui en opposition avec ceux qui veulent limiter la réflexion sur le sujet.

Sans faire un résumé, je voudrais juste citer quelques phrases de cet article certes de 2011 mais d’une actualité « criante ».

 

 

« Ainsi, depuis ce temps, la médecine occidentale scientifique considère que la guérison ne prouve rien. »

Cette phrase très forte, devrait être rappelée et méditée par nombre de mes confrères mais aussi par beaucoup de commentateurs, journalistes etc.

Dans bien des cas, c’est le fait de prendre une causalité pour une cause qui génère beaucoup d’erreurs d’appréciation. Nombre de personnes confondent les deux et affirment une cause là où il n’existe au mieux qu’une causalité. Nos journaux sont pleins de ces articles qui confondent causes et causalités et font dire à certains qu’il s’agit de « stats à la con ».

« Un médecin qui essaye un traitement et qui guérit ses malades est porté à croire que la guérison est due à son traitement. Souvent des médecins se vantent d’avoir guéri tous leurs malades par un remède qu’ils ont employé. Mais la première chose qu’il faudrait leur demander, ce serait s’ils ont essayé de ne rien faire, c’est-à-dire de ne pas traiter d’autres malades ; car, autrement, comment savoir si c’est le remède ou la nature qui a guéri ? » (1)

 

 

« Diminuer la glycémie ou la cholestérolémie n’est pas un objectif de médecin mais de biochimiste. »

Combien de médecins ont en tête cette affirmation?

Combien de médecins fondent leur pratique sur le respect des normes biologiques édictées par des « sociétés savantes », oubliant que c’est un humain qu’ils soignent et non des critères biologiques?

 

 

« 1. La médecine et sa thérapeutique peuvent tout d’abord faire plus de mal que de bien. C’est ce qu’on appelle la iatrogenèse.

2. Ce n’est pas la médecine qui est principalement responsable du déclin des maladies, même des maladies infectieuses. »

Ces affirmations d’une criante vérité, sont contestés tous les jours dans la très grande majorité des publications ou par des affirmations péremptoires des autorités sanitaires et à la suite de celles-ci par nombre de médecins.

Or ces réalités vont même jusqu’à être niées par les tenants de la toute puissance médicale et pharmaceutique dont on sait les intérêts financiers.

Mais aujourd’hui, des mensonges mainte fois répétés deviennent des vérités et cela contre la réalité des faits. Ainsi par exemple l’éradication de la variole à moins à voir avec la vaccination qu’avec les progrès de l’hygiène, or c’est le contraire qui est affirmée comme par exemple par notre ministre de la santé lors de la décision de rendre obligatoire dès janvier 2018, 11 vaccins. Le rapport de 1980 de l’OMS sur le sujet est pourtant clair, il y est écrit : « « Les campagnes d’éradication reposant entièrement ou essentiellement sur la vaccination de masse furent couronnées de succès dans quelques pays mais échouèrent dans la plupart des cas. […] ». Mais qui s’en soucie?

 

 

« Ainsi, avec l’ECR (l’Essai Clinique Randomisé) contre placebo en double-insu, une thérapeutique se définit par sa supériorité à un placebo et non pas par rapport à l’absence de traitement.
Cette définition de la thérapeutique expose à deux risques majeurs :

• Le premier est de discréditer toute thérapeutique qui ne peut pas être évaluée en double-insu, comme des thérapeutiques complexes, les psychothérapies, les régimes, l’activité physique ou certaines médecines dites alternatives…

• Le deuxième risque est celui de discréditer l’effet placebo. En effet, avec l’ECR (l’Essai Clinique Randomisé) en double-insu contre placebo, l’EBM n’accepte au final que les traitements dont l’efficacité spécifique est prouvée et dénigre alors les facteurs que l’on nomme par opposition « non spécifiques », comme la relation médecin-malade ou les composantes symboliques d’un remède. Or, ces facteurs « non spécifiques » peuvent tout à fait guérir. »

 

 

« Pourquoi se priver au nom de la science d’un traitement pour la seule raison
qu’il optimise ce qu’on appelle l’effet placebo ? »

C’est ce que tous ces médecins, les 124 signataires de la tribune contre les Fakemeds mais aussi tous leurs soutiens, ne comprennent pas. Ils seraient utiles que tous lisent cet article. Mais pas sûr que cela change grand chose, tant les croyances que ce soient en médecine ou ailleurs sont fortes.

 

 

« Dans une médecine étroitement scientifique, une EBM que je qualifierais de « restrictive », il ne faut prescrire que des thérapeutiques dont l’efficacité est prouvée par l’essai clinique randomisé en double-insu contre placebo. Dans une médecine soignante, le but est de soulager du mieux possible et donc d’optimiser au mieux cet effet placebo ! »

L’auteur exprime dans des mots simples ce qui me gène dans ce « combat » de confrères : refuser d’admettre que des patients soient soulagés par l’homéopathie, et alors même que cette thérapeutique n’a pas de preuves « scientifiques » de son efficacité. Qui plus est, quand on sait que dans nombres de cas, la médecine « par les preuves » n’a pas de réponses médicamenteuses à apporter à ces patients et quand elle en a, la balance bénéfice/risques est souvent défavorable.

 

 

 

« En effet, l’optimisation de « l’effet placebo » ne peut être légitime que si la thérapeutique n’est pas dangereuse pour les malades. Il s’agit de connaître son rapport bénéfice/risque. Théoriquement, si son risque tend vers zéro, le rapport bénéfice/risque tend vers l’infini, ce qui permet de l’utiliser en pratique, même si son efficacité « spécifique » est minime, voire nulle, car ce qui importe au final pour les patients, c’est bien l’efficacité « globale ».

Cette phrase est capitale et ignorée par la majorité des confrères : le risque de la prise d’homéopathie tend vers zéro.

Et vouloir le nier en argumentant avec un possible retard au diagnostic et donc d’un possible retard à la prise d’un médicament « efficace » donc capital, est spécieux.

D’ailleurs à ce propos j’aimerai bien que ces médecins me fournissent une preuve scientifique de l’existence de ce retard qu’ils mettent en avant partout!

 

 

L’auteur conclut par cette phrase :

« Face à la maladie et la souffrance, en médecine soignante, toutes les thérapeutiques définies ainsi sont légitimes.
La médecine ne peut se fonder uniquement sur les preuves du niveau exigé par l’EBM, car elle s’amputerait alors elle-même de thérapeutiques potentiellement utiles. Ce n’est pas la recherche de la preuve qui légitime la thérapeutique, mais bien l’Homme malade qui l’appelle à son secours…
 »

 

 

Merci à Rémy Boussageon, Médecin généraliste, Docteur en médecine et en philosophie pour ce texte. Il est pour moi, un rayon de soleil dans la noirceur du ciel de l’exercice actuel de la médecine.

Ce texte devrait être étudié chaque année de la formation des médecins en France pour qu’il imprègne l’esprit des futurs médecins.

Il devrait aussi être le « livre de chevet » de tout médecin en exercice.

 

 

 

 

 

1- Cl. BERNARD, Introduction à l’étude de la médecine expérimentale (1865), Paris,
Flammarion, 1984, p. 272-273.

9 commentaires

  1. Il me semble à la fois que, comme vous dites, peu importe le flacon (alternatif ou pas) pourvu qu’on ait l’ivresse (amélioration de l’état pathologique) et que de nombreuses alternatives médicales répondent aussi à des pathologies « alternatives », soit des états divers qui, en réalité, ne sont des pathologies que dans une société surmédicalisée. En cela aussi, elles sont utiles.

  2. Je voudrais juste si vous le permettez attirer votre attention sur un point. Concernant les méthodes naturelles anti douleur elles sont bien sûr indispensables pour une bonne prise en charge médicale afin de remettre l’humain au centre des actes médicaux, mais attention toutefois à ne pas considérer que comme la douleur est naturelle il faut inciter les praticiens à supprimer les médicaments contre la douleur. Ce serait pire encore de diminuer davantage les traitements anti douleur et d’imposer les méthodes naturelles, car elles ont aussi leurs limites d’efficacité et au final cela irait dans le mauvais sens. Pour en revenir à l’obstétrique, la péridurale permet quand même de soulager au moins un peu les souffrances de l’accouchement et il ne faudrait pas stigmatiser les femmes qui souhaitent y avoir recours. Les méthodes naturelles peuvent aider mais en complément du reste car donner naissance fait endurer des souffrances extrêmes qu’il ne faut pas minimiser et ce serait pire encore de penser que sous prétexte que c’est naturel on refuse la péridurale aux femmes (il y a déjà tellement de femmes qui se la voient refuser par des praticiens). Ne tombons pas dans le travers inverse en imposant les méthodes naturelles et en traitant la douleur que comme une angoisse. Nous sommes des êtres complexes et c’est bien une approche pluridisciplinaire qui améliorera la prise en charge dans tous les domaines de la médecine.

  3. Merci pour cet article très pertinent. Enfin un petit rayon de soleil pour éclairer ta vie professionnelle!
    Pratiquer la médecine en respectant méticuleusement l’EBM relève du défi pour ne pas dire de l’utopie!…
    Est-ce absolument souhaitable dans tous les cas??

    En pratique, j’ai aujourd’hui parfaitement admis que le soin était un acte complexe qui ne pouvait se limiter à l’emploi de molécules ou de techniques ayant fait leurs preuves dans des essais randomisés.
    Si tant est que l’on respecte le dit-principe, je cite:
    « l’optimisation de « l’effet placebo » ne peut être légitime que si la thérapeutique n’est pas dangereuse pour les malades. »

    Je poursuis actuellement ma formation hypnose dans le traitement de la douleur aigue et les résultats sont spectaculaires en salle de réveil. Ces techniques n’ont pourtant pas été validées par de grands essais cliniques mais au bloc opératoire, tout le monde voit que ça fonctionne.
    Certains soignants y sont réfractaires pas tant parce qu’ils n’y croient pas (au sens de ne pas pouvoir l’expliquer) que par manque de motivation. Pratiquer l’hypnose nécessite de considérer la personne pour ce qu’elle est, de prendre du temps avec elle. Un shoot de morphine est nettement plus expéditif et pour certains, malheureusement plus valorisant… Ou une benzodiazépine pour calmer une crise d’angoisse quand des techniques alternatives de type dissociatif pourraient suffire et même faire mieux de mon point de vue.

    Par ailleurs, je ne note plus le nombre de fois où l’on co-prescrit des molécules ayant des interactions connues (exemple ondansétron – tramadol); dès qu’un patient présente un épisode de nausée ou vomissement il a droit à son Zophren (après avoir eu son tramadol en salle d’intervention). Personne ne s’interroge sur la nécessité de faire le zophren d’emblée (et / ou le tramadol pour des chirurgies parfois non douloureuses!) et j’admet que je suis moi-même loin d’être infaillible sur ce point…

    Le problème est qu’il faut accepter que tout symptôme ne soit pas nécessairement traité par un médicament (qui très fréquemment a un effet secondaire notable dont on se passerait bien, surtout le patient), que l’on ne soit pas toujours en mesure de tout expliquer.

    Après, il est vrai que l’on aimerait comprendre les techniques dites alternatives, savoir si elles fonctionnent pour ce qu’elles sont intrinsèquement ou pas…
    Et oui, je me contredis un peu, non?!
    Savoir que l’acupuncture donnait des résultats qu’elle soit utilisée dans les règles de l’art ou pas me chiffonne d’une certaine façon! On se dit: mais alors, la technique en elle-même n’a vraiment aucun support scientifique? Je pourrai planter des aiguilles dans le corps d’un patient et avoir les mêmes résultats si tant que j’y crois et que le patient y adhère aussi?
    Pour autant, la formation à l’acupuncture est bel et bien technique! Celle de l’homéopathie aussi!

    Troublant… et agaçant!

    • Oui quand on veut bien prendre du recul sur son exercice, c’est troublant et agaçant.
      Car c’est la preuve que l’humain est d’une complexité qu’aujourd’hui encore nous sommes loin de comprendre.

      Mais il est tellement simple et surtout confortable de ne pas voir cette complexité en se raccrochant à une vision scientiste de la médecine, une vision de la médecine qui prend le patient(e) pour un simple objet.

      La société poursuit sa route vers toujours plus d’inhumanité, le problème des migrants en est l’exemple actuel le plus criant.
      La médecine comme composante de la société n’échappe pas à cette déshumanisation.
      Comment comprendre autrement le désarroi et la souffrance des patients face aux médecins et aux soignants; la souffrance qui va jusqu’au suicide de nombre de soignants, la crise des hôpitaux etc?
      Une déshumanisation toujours plus grande où nos dirigeants ne font rien pour y mettre un terme, bien au contraire.

      Une médecine inhumaine, cela parait un oxymore et pourtant, c’est aujourd’hui une réalité.

  4. J’ai lu avec consternation les premiers résultats de l’enquête sur les violences gynécologiques et obstétricales. Combien de temps allons-nous encore devoir supporter cela de la part du corps médical et paramédical? Les femmes ne méritent t’elles pas que l’on respecte leur choix et leur parole? Bien sûr qu’il y a de bonnes équipes mais ce qui est effrayant c’est que les soignants sont capables du meilleur comme du pire, et le pire peut être autant pratiqué autant par le personnel médical que paramédical. Et je rajouterai que le mépris vis à vis des femmes n’est pas qu’une affaire d’hommes, les femmes sont aussi maltraitantes que les hommes. Et le problème perdure de génération en génération, car les femmes passent sous silence les actes de maltraitances voire de cruauté lors de la naissance car elles sont épuisées après leur accouchement, veulent profiter de leur bébé et du moment de joie que représente l’arrivée d’un enfant. Et le drame c’est que les équipes du coup se permettent de faire tout ce qu’elles veulent car elles savent qu’au final il y a peu de risques de plaintes. Tout cela est révoltant et bien triste, pour celles qui ont subies, subissent et subiront.

    • Le point commun de tout ces comportements est la déshumanisation de la médecine.
      Les patients, les patientes ne sont plus considérés comme des humains mais comme des objets.
      C’est toute la société qui se déshumanise mais en médecine c’est bien plus grave car justement la médecine a pour « but » la prise en charge de l’humain, l’humain qui souffre.

      Or que cela soit dans les violences faites aux femmes dans le cadre de consultations gynécologiques, la femme n’est qu’un « objet » de la technicité du gynécologue. Il y a une perte de la conscience de la prise en compte d’un humain.
      Mais dans la médecine aujourd’hui de plus en plus technique, c’est aussi le cas : le patient(e) est un « objet » sur lequel s’exerce la technique médicale.
      Le médecin généraliste disparaît victime de la déshumanisation de la médecine.
      Elle est la seule spécialité sans acte technique ( ou presque), la seule spécialité où l’humanité a plus de place que la « technique » ( la psychiatrie est aussi dans cette optique).

      Pourquoi tant d’agressivité vis à vis des médecines « alternatives » au point que certains demandent leur interdiction?
      Parce que le fonctionnement de l’humain a de nombreux mystères que la « technique » des études cliniques ne peuvent pas mettre en évidence.
      Revendiquer le fait de soigner avec des « preuves », qui pourrait être contre?
      Oui, mais pas en niant l’humanité de tout un chacun ce qui est la tendance forte de la médecine actuelle et dont la tribune des 124 n’est qu’un « avatar ».
      Comme le rapporte MT, l’hypnose comporte plus de mystère dans son fonctionnements que de preuves.
      Mais comme elle le souligne cet outil thérapeutique n’est pas utilisable par tous les soignants, car il faut être motivé pour l’utiliser.
      Pour utiliser une molécule chimique, il n’est point besoin d’être « motivé ».

      Et c’est bien l’intérêt de cet article, montrer la complexité du soin, montrer que se cantonner à l’utilisation de molécules chimiques qui auraient fait la preuve de leur intérêt, c’est passer à coté d’un pan entier de la médecine et du soin, passer à coté, tout simplement de l’humanité de l’exercice de la médecine.
      Et c’est- en cela que cet article est particulièrement important à mes yeux.

  5. Merci pour ce post, je lirai l’article complet dès que possible.

    Dans un genre assez proche avez vous lu  »the role of medicine » de Thomas MC keown ? C’est un excellent ouvrage sur la place de la médecine au xx ème siècle, il abordait déjà beaucoup de sujets malheureusement encore d’actualité.

    • Quelle rapidité 😉

      Je lis très mal l’anglais.
      Les articles j’y arrive avec effort, mais de là à me lancer dans des ouvrages en anglais, je n’ai pas le courage.
      Mais j’en ai entendu parlé, je crois par Docteurdu16.

      • Oui, le bon docteur du 16 en avait parlé il y a longtemps, notamment sur le sujet vaccinal car l’auteur en parle d’une manière plutôt objective, il n’est ni un anti vaccinaliste forcené, ni un gourou de la vaccination.

        L’auteur met clairement en avant les mesures de lutte contre la malnutrition et le développement de l’hygiène comme étant les facteurs de loin les plus importants dans l’éradication de la mortalité des maladies.

        Un bouquin passionnant, mais effectivement dommage qu’il ne soit disponible qu’en anglais

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