La ministre de la santé vient d’annoncer le déremboursement des médicaments sensés lutter contre la maladie d’Alzheimer.

Enfin !

Il aura fallu de très nombreuses années pour arriver à un tel dénouement. Mais n’oublions pas ce qui s’est passé.

Il a fallu dans cette histoire, la pression du Formindep pour abroger la recommandation de l’ HAS de 2008. Mais la nouvelle mouture de 2011 n’apportait pas ce qui était attendu :

« La recommandation sur le diagnostic et la prise en charge de la maladie d’Alzheimer est une très large reprise de celle de 2008 élaborée sous influences industrielles. La tentative de la HAS en 2011 d’améliorer à la marge l’indépendance de l’expertise, et le non-respect des critères de rigueur d’élaboration des Recommandations n’ont pas permis l’amélioration de la recommandation qui n’est au final qu’un ravalement de façade d’un bâtiment de plus en plus insalubre, aux charpentes vermoulues par les intérêts industriels.

Avec cette nouvelle imposture, la HAS a réussi le tour de force de maintenir sur une recommandation au service des intérêts des firmes en la faisant signer par des experts présentés sans liens d’intérêts majeurs avec ces firmes. Déclinaison du « ghostwriting » appliqué à des documents officiels ? Instrumentalisation de l’indépendance et mauvais coup en tout cas porté de nouveau à l’intérêt de la santé des patients. »

Donc dès 2011, il était pourtant une évidence pour tous ceux qui se sont penchés sur ce « problème » que les médicaments prescrits dans la maladie d’Alzheimer étaient inutiles et dangereux.

Il aura fallu près de 7 années pour qu’une ministre de la santé prenne la décision que tous les acteurs indépendants appelaient de leurs vœux.

7 ans !

Combien d’argent dépensé en pure perte du moins pour le budget de la santé, pendant toutes ces années?

Mais certains trouvent encore aujourd’hui, cela indigne et font entendre leurs voix.

 

 

Pour ma part, je considère que cette décision arrive bien tard. Je ne conteste pas qu’il s’agisse d’une bonne décision mais pourquoi tant de temps pour enfin la mettre en place?

Déjà l’affaire Médiator avait montré combien les autorités avaient tardé à retirer du marché le médicament qu’était le Médiator.

A cette époque, les autorités nous avaient affirmé que l’affaire Médiator faisait partie du passé et que dorénavant les choses changeraient, que plus jamais un médicament inutile et dangereux ne pourraient continuer à être commercialisé. Nous étions en 2009.

Aujourd’hui en 2018, l’affaire des médicaments contre la maladies d’Alzheimer nous montre que rien n’a changé puisque que près de 10 ans après le Médiator et plus de 7 ans après que nous sachions que les médicaments contre la maladie d’Alzheimer sont inutiles et dangereux, ils sont enfin déremboursés mais non retirés du marché.

 

 

Passé ce préambule, la réponse à la question est que la médecine est devenue aujourd’hui un moyen de gagner de l’argent, beaucoup d’argent même. L’intérêt du patient n’est jamais au centre des décisions. Et que l’on ne vienne pas me dire le contraire avec cette actualité. En effet si cela avait le cas, c’est dès 2011 que les médicaments contre la maladie d’Alzheimer auraient dus être déremboursés et retirés du marché; pas en 2018. Il n’est certes pas trop tard pour bien faire, mais que l’on ne me dise pas que c’est l’intérêt du patient et les études scientifiques qui ont motivé nos autorités. Un tel retard montre qu’il n’en est rien.

Car si l’intérêt des patients et les études scientifiques indépendantes guidaient les décisions des autorités, le dépistage du cancer du sein par mammographie serait depuis longtemps abandonné en France comme c’est le cas dans de nombreux pays, or il n’en est rien.

Pourquoi alors tant de retard et tant de décisions non prises ?

Parce que l’argent et l’intérêt des lobbys font la loi. Mais qui le dit?

Parce que la dérégulation du marché du médicament permet tous les excès.

 

 

Le problème c’est « la bride laissée libre » aux intérêts financiers pharmaceutiques dont cette histoire des médicaments anti-alzheimer en est la triste preuve et que la décision récente de la ministre de la santé ne change rien à l’affaire.

Comment ne pas s’indigner que quasiment personne dans le société médicale française ne se lève contre de tels scandales.

Tout simplement car ce qui préoccupe aujourd’hui un certain nombre de médecins et de médias français , c’est l’homéopathie et les médecines alternatives et non les réels problèmes de la prise en charge de la santé et la corruption de la médecine .

Mais quel aveuglement !

 

 

8 commentaires

  1. Personne ne semble soulever un lièvre pour le moins embarrassant pour notre orgueil médical. Sauf ignorance de ma part de vieil observateur nous ne savons toujours rien sur l’étiologie de la maladie superbement décrite cliniquement par Aloïs Alzheimer !
    Traiter correctement une maladie dont on ne sait encore rien, cela ne choque personne ?
    Si les marchands de molécules vendent su facilement leurs produits, c’est bien parce qu’ils disposent de complicités du côté des médecins se présentant comme des experts.
    Silencieux, en le demeurant ( pour des motifs le plus souvent glauques), nous participons à ce genre d’escroquerie.
    Distribuer des fessées ne change rien à l’affaire : la médecine est encore très, très, très ignorante.

    • Vous avez raison, l’ignorance en médecine est bien supérieure aux connaissances.
      Pourtant c’est le contraire que l’on veut faire croire.
      Bien évidemment l’on ne connaît pas les causes de la maladie d’Alzheimer, mais l’on ne connaît pas plus les causes véritables, physiologiques du diabète. Si c’était le cas, l’on aurait à notre disposition des médicaments pour traiter les causes et non les conséquences comme l’hyperglycémie.
      Mais cela est vrai pour toutes les maladies chroniques.
      Il n’y a que peu de maladies dont on connaît les causes et que celles-ci sont traitées.

      Je suis complètement d’accord avec vous qu’aujourd’hui une grande partie de la médecine est une « escroquerie »et croire que cette escroquerie est circonscrite aux médecines alternatives et à l’homéopathie est un aveuglement total et grave.

      Mais le médecin tire sa toute puissance de sa prescription.
      Avouer que même médecin nous n’avons pas le pouvoir de guérir, c’est remettre en question notre toute puissance.
      Qui a l’humilité de le faire?
      Un très petit nombre.

  2. Il y a aussi une difficulté lorsque l’on est médecin intervenant sur un patient au sein d’une équipe (je travaille en CHU), c’est que l’on dépend des autres…
    J’ai beau réfléchir à mes prescriptions, tenter d’éviter les molécules que j’estime injustifiées, éviter les associations douteuses, je sais très bien que mes collègues qui vont passer derrière moi feront exactement ce que j’ai tenté d’éviter…
    Les interactions médicamenteuses ne sont qu’exceptionnellement prises en compte.
    La iatrogénie à l’hôpital est je trouve très peu évaluée par les médecins alors qu’elle est omniprésente.
    On a encore eu un choc anaphylactique gravissime suite à une prescription de gélofusine donc l’indication était plus que discutable…
    La politique globale, c’est le plus c’est le mieux.
    J’essaie d’alerter mes jeunes internes ou le personnel paramédical: le moins c’est le mieux; n’intervenir que quand cela est vraiment nécessaire, rien n’est anodin…

    Il est vrai que nos pratiques ne reposent pas toujours sur de l’EBM. C’est très dur d’exercer la médecine aujourd’hui.

    • Ce n’est pas uniquement à l’hôpital que l’on dépend des autres, c’est dans tout le système de santé.
      Quand, comme moi qui a été médecin généraliste libéral, je voulais essayer de soigner en appliquant le primum non nocere cher à Hippocrate, j’avais soit un confrère pour me téléphoner pour m’insulter et me menacer car j’avais supprimé, en accord avec le patient, un médicament qu’il avait lui prescrit; ou c’est le patient lui-même qui s’était vu tenir un discours opposé au mien par un autre confrère. Comment alors pour lui, savoir qui a le discours le plus pertinent et cela d’autant plus que le discours le plus respectueux et le moins délétère est le discours minoritaire?

      C’est la raison de mon coup de gueule : je ne supporte plus l’exercice actuel de la médecine.

  3. « Passé ce préambule, la réponse à la question est que la médecine est devenue aujourd’hui un moyen de gagner de l’argent, beaucoup d’argent même. L’intérêt du patient n’est jamais au centre des décisions. »

    C’est plus le monde du médicament en particulier et les collusions avec les compagnies pharmaceutiques qui est visé à mon avis, que « la médecine » en général. Même si dans le non médicamenteux on trouve des dérives (mammo / frottis / PSA et autres actes inutiles, mais au moins on ne vous force pas à avaler / vous faire injecter des trucs quoi).

    Un certain blogueur peu apprécié de la blogosphère médicale (vous savez, l’ancien expert judiciaire sur le dossier hépatite B…) dénonce depuis longtemps la dérive vers le préventif, ce qui induit une surmédicalisation et toujours plus de business, mais cette fois appliqué… aux bien portants !

    J’ai lu je ne sais plus où qu’aux USA ils réfléchissent à faire doser le cholestérol aux bébés ! Comme ça on pourra les mettre sous statine dès 18 ou 24 mois ?

    • Je suis d’accord avec vous mais qui prescrit les médicaments si ce ne sont pas les médecins?
      Qui prescrit les bilan biologiques, le PSA, la mammographie de dépistage, ce sont bien les médecins non?
      Ils participent donc très largement et sont les piliers de ce système. Et comme l’a écrit un de mes confrères dont j’ai mis un lien, 38% de ce que font les médecins n’ont pas la preuve que cela a une réelle utilité.
      Bien évidemment un certain nombre d’entre eux ne retirent pas de bénéfices substantiels, surtout à 25 euros la consultation, mais « ils suivent » prescrivent le médicament prescrit par le « grand » professeur, ou recommandé par les sociétés savantes ou le marketing pharmaceutique, sans s’interroger véritablement sur l’intérêt réel des médicaments qu’ils prescrivent ou s’interroger sur la validité des études présentés. Car prescrire fait partie de l’acte médical qui s’il ne se produit pas, l’acte médical n’existe pas, surtout en France.
      Dans tout ce qui est fait, pratiqué dans l’exercice de la médecine, combien de prescriptions sont vraiment utiles? Combien sont faites parce que « c’est comme cela que cela doit être fait »?
      Qui plus est, les patients réclament, le médicament, le bilan, la radio même si cela est inutile; car le système est ainsi et il se développe pour le plus grand profit d’un certain nombres d’acteurs, pas seulement l’industrie pharmaceutique.

      • Je suis d’accord avec vous.

        Mon message initial ne visait pas à dédouaner une partie du corps médical (c’est bien pour ça que le blogueur évoqué par mes soins plus haut parle de « mafia médico pharmaceutique », parce que sans médecin pour prescrire, la mafia pharmaceutique ne pourrait survivre).

        Mais ce sont plus les autorités qui sont dans mon viseur (vous savez, celles qui sont totalement corrompues et bourrées de conflits d’intérêts), car c’est tout le système qui est à revoir, de la formation initiale (le début) à la prescription (le dernier acte à la charge du toubib).

        Pourquoi est-ce que les médecins suivent ? Parce qu’ils ont été formés à ça ? Parce qu’ils ont des protocoles à suivre ? Parce que celui qui ne « suit » pas la doxa et qui ne va pas dans le sens du vent devient un paria ? (il suffit de voir comment on tombe sur les tronches de ceux qui ont osé soulevé de simples doutes à propos des obligations vaccinales).

        On ne peut nier que la propagande n’est pas qu’à destination des patients, les médecins eux mêmes la subissent et en deviennent en même temps les relais (les généralistes restent le premier point de contact des patients avec la sphère médicale).

        En tant que patient, et nous sommes nombreux à être ou à connaître des proches laissés en déshérence par la médecine moderne, ou pire, à être victime d’une forme de iatrogénie quelconque, je ne peux que regretter que les médecins qui s’opposent à ce système malsain soient :

        – condamnés à rester au silence – en tous cas tant qu’ils exercent – voir les cas Joyeux/Montagnier
        – ou alors condamnés à subir la cabale (le cas de Romain Gherardi traîné dans la boue pour avoir osé soulevé le tapis qui recouvrait les détritus est assez consternant).

        Mon avis en tant que patient averti, c’est que le monde médical d’aujourd’hui semble bien pourri : études falsifiées (sans parler de l’impossibilité de publier quand le contenu ne sied pas à la doxa et aux intérêts bien compris des labos), ghostwriting partout, conflits d’intérêts à tous les étages, recommandations préventives débiles, AMM pour tout et surtout n’importe quoi…

        J’ai lu un truc sur le blog de Marc Girard que je n’ai pas pu vérifier (mais cela vaudrait le coup de le faire) : pour protéger les labos, dans le cas de certains pathologies, des molécules pourtant efficaces et relativement bien tolérées mais plus sous brevet donc génériquables (avec donc un excellent retour d’expérience via le temps passé) sont régulièrement retirées du marché pour favoriser les nouveaux traitements sous brevet (donc bien plus chers et sans aucun retour d’expérience terrain, puisque nouveaux). Je crois que le retrait du DTP historique (sous le prétexte d’une alerte de pharmacovigilance complètement bidon après des décennies d’utilisation massive du produit sur des millions de personnes) rentre dans ce cadre.

        Si tout cela est vrai, on ne peut que trouver cette situation choquante.

        • Oui c’est tout le système qui dysfonctionne et qui doit être changé si l’on veut que les choses s’améliorent.
          Mais comme changer tout le système cela s’appelle une révolution, cela a peu de chance de se produire, et pourtant !
          Donc aucune réforme, quelle qu’elle soit n’est en capacité de changer le système.
          Il va donc perdurer.
          Quelle réaction devant cet état de fait?
          La confiance qui petit à petit disparaît et la recherche de solution en dehors du « système ».
          La perte de confiance d’un nombre de plus en plus important de citoyens vis à vis du système de santé est pour moi le signe évident du dysfonctionnement du système et le signe que celui-ci devrait subir une « révolution ».
          Mais ceux qui ont le pouvoir, pourtant conscient de cette perte de confiance des citoyens, ne voient pas ou ne veulent pas voir qu’ils sont eux-même les responsables.
          Or jamais personne responsable d’un problème n’a été en capacité de le résoudre qu’il a lui même créé.

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