Je reviens sur les dernières informations sur le sujet.

Tout d’abord j’ai parcouru le site d’un pharmacien travaillant dans l’industrie pharmaceutique. Il m’a appris pas mal de choses intéressantes.

J’aborderai dans un autre billet, ce que madame la ministre de la santé nous a dit le 15 septembre. .

 

Dans un billet, ce pharmacien nous apprend que le billet de Dominique DUPAGNE est faux, du moins, il se trompe.

 » Donc non, on ne peut pas dire comme il le fait que la bioéquivalence n’est pas démontré.  Au contraire. Et cet argument tombant, tout le reste des affirmations du billet tombe avec lui. »

J’aurai aimé qu’il explicite plus en détail pourquoi, Dominique DUPAGNE a tord.

L’affaire de biodisponibilité d’un médicament, en particulier à marge étroite est quelque chose de particulièrement complexe. En effet, Dominique DUPAGNE, n’étant « que » médecin généraliste, et donc non « expert » en biodisponibilité, il s’est appuyé pour écrire son billet sur les avis d’un pharmacologue de haut niveau, le Pr Christian FUNCK BRENTANO. Et même avec cette « caution », il a du modifier son article pour tenir compte des commentaires d’un autre pharmacologue. Et malgré cela, il se serait encore trompé?

Tout cela prouve au moins, une chose, c’est que cette « histoire de biodisponibilité » est encore plus complexe que ce que l’on pourrait croire au départ car même les « experts » ne semblent pas d’accord entre eux.

 

Cette complexité maintenant évidente, ne dédouane pas pour autant le comportement des autorités sanitaires comme l’ ANSM .

 

L’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire ( ANSM)

J’ai posé dans le billet précédent la question de l’indépendance de l’ ANSM, vis à vis de l’industrie pharmaceutique. Aujourd’hui c’est la problématique de la transparence que j’évoque.

Mais avant, un petit mot sur les « incompétences » de l’ANSM. Dans un autre billet du site La coupe d’HYGIE, j’apprends qu’il existe une procédure, l’essai de SWITCH qui aurait du être demandé par l’ ANSM . Voici ce qui est écrit:

« Un essai de switch consiste à prendre des patients sous traitement. On leur fait arrêter leur traitement et on leur donne un nouveau traitement pour remplacer l’ancien. Habituellement, les essais de switch sont entrepris pour aider les médecins et les patients à passer d’un médicament à un autre. Il est assez rare de voir des essais de switch pour un changement de formulation d’un médicament. »

C’est manifestement ce qui aurait du être fait par l’ANSM d’autant plus qu’en Belgique, c’est ce qui a été fait avant la mise sur le marché d’un générique du Lévothyrox.

 

Revenons à la transparence.

Comme j’ai pu l’écrire : « un jour prochain, nos autorités accepteront-elles la transparence dans leurs décisions? »

Ou encore : « …mais force est de constater que dans ce domaine, les autorités ont là aussi été opaque. »

Car l’opacité de nos agences quand à leurs décisions, à leur fonctionnement est à nouveau mis sous les feux de l’actualité comme en son temps l’ AFSSAPS avait été pointé du doigt suite à l’affaire du Médiator. D’ailleurs cette agence a disparu et a été remplacée  par l’ ANSM pour cause d’incompétence et de mauvais fonctionnement dans le dossier du Médiator.

Mais est-ce que changer le nom de l’agence a servi à quelque chose? Il semble que non, car les « vieux logiciels » sont apparemment toujours en fonctionnement.

Sur ce sujet, le billet du pharmacien est particulièrement éclairant.

Je voudrai juste citer quelques phrases « bien senties » :

« L’ANSM ne peut plus continuer à gérer l’information patient et la communication de crise comme dans les années 90. C’est fini le Minitel ! C’est fini le fax ! Internet a débarqué et les réseaux sociaux ont accéléré l’accès à l’information. La gestion de crise est désormais une activité normale de toute Agence de Santé. Il va falloir que l’ANSM se rentre ça dans la tête.« 

« Bon, vous êtes bien assis ? 2 rapports publics d’évaluation ont été publiés sur le site de l’ANSM entre 2013 et 2017. SEULEMENT DEUX. Aucun en 2016 ni 2017. Le dernier remonte à 2015. » NDLR : l’agence britannique publie sur son site accessible au public près de 50 rapports par mois

« Je me demande si l’ANSM n’est pas un club italien de foot. Silenzio Stampa ! On ne parle pas à la presse. Et on se met au vert pour se couper du monde extérieur. « 

Je vous engage vivement à lire cet article, certes un peu long mais au combien « édifiant » ne serait-ce par sa conclusion sur les missions de l’ ANSM (dont je lui empreinte l’image, j’espère qu’il ne m’en voudra pas)

 

 

Il est donc parfaitement clair avec cette affaire que l’ ANSM n’a encore une fois, une fois de plus, « pas été à la hauteur ». Cela devient une habitude au point de se demander comme le magazine Challenges : « L’agence du médicament sert-elle encore à quelque chose? »

En effet, les mois se suivent et l’ANSM fonctionne toujours avec les mêmes manquements du passé . Rappelez vous, le mort de l’essai clinique de Rennes, l’Uvestérol D, et bien d’autres…

 

Le 15 septembre 2017, l’ ANSM publie sur son site, tout un lot de documents concernant le nouveau Lévothyrox mis sur le marché en mars 2017. Cette soudaine « transparence » aurait pour origine la « demande » de la ministre de la santé. Il fallait au moins cela car si vous avez bien lu l’article du Dr Dominique DUPAGNE, il écrivait ceci :

« Lorsque je me suis penché sur ce dossier pour ma chronique scientifique sur France-Inter, j’ai cherché sans succès les références des études de bioéquivalence du nouveau LEVOTHYROX sur le site de l’ANSM, sur celui du laboratoire Merck, et dans la lettre que j’ai reçue en mars à ce sujet comme tous mes confrères. Cette absence est en soi une anomalie, s’agissant de la source d’information principale concernant la santé de 3 millions de Français. J’ai contacté l’ANSM, et après relance, son service de presse m’a envoyé un mail pour solliciter un entretien téléphonique avant d’accéder à ma demande… »

L’ANSM ne souhaitait donc pas cette « transparence ».

 

 

J’ai, par curiosité, jeté un coup d’œil aux documents mis en ligne par l’ ANSM sur son site. 30 documents téléchargeables dont le plus volumineux, l’étude de bioéquivalence ( la fameuse étude non accessible jusqu’à présent) fait plus de 1600 pages pour 16 documents pdf.

J’ai, toujours par curiosité téléchargé l’étude intitulée : Rapport d’analyse de conformité de la nouvelle formulation du Levothyrox effectué par les laboratoires de l’ANSM (15/09/2017)  (247 ko).

Ma surprise a été de découvrir que ce rapport de conformité du nouveau Lévothyrox est daté du 12 septembre 2017. N’y-a-t-il pas eu de rapport d’analyse avant cette date? J’avoue être stupéfait par cette « découverte ». Est-ce une erreur de date? Ce rapport a-t-il été demandé en urgence devant le développement de « l’affaire Lévothyrox »? Y-avait-il un rapport plus ancien mais non diffusable? Je ne sais quoi penser.

J’ai donc téléchargé le document suivant : Bulletins d’analyse détaillés de la nouvelle formulation du Levothyrox effectué par les laboratoires de l’ANSM (15/09/2017)  (402 ko)

Nouvelle surprise, toutes les analyses sont datées du 31 août 2017.

Je suis plus que perplexe et souhaiterai avoir des explications sur ces dates.

 

PS du lundi 18 septembre.

Le Dr Dominique DUPAGNE vient de mettre en ligne un nouvel article. Ce nouvel article fait la synthèse de l’étude de bioéquivalence réclamée jusqu’à présent et qui vient d’être mise en ligne par l’ ANSM.

D’après son texte, il confirme ce que Mme la ministre a martelé depuis pas mal de temps : « il n’y a pas d’erreurs, pas de fautes… » Dont acte.

Il n’empêche que je reste dubitatif.

Comme je le disais, les règles et les normes ont été suivis. Mais est-ce suffisant pour dire que « l’affaire Lévothyrox » n’est que le résultat d’un manque de transparence et de communication?

J’ai lu certaines plaintes de patients et l’intensité de la souffrance décrite ne me semble pas en adéquation avec le discours rassurant, même celui de Dominique DUPAGNE. Je ne verse pas dans le complotisme : je ne pense pas qu’il y ait eu de la part de quiconque la volonté de nuire mais je pense comme j’ai pu l’écrire précédemment que le pouvoir n’est plus dans les mains de nos autorités mais dans celui de l’industrie. Et dans ce domaine, l’opacité et même les comportements délictueux de cette industrie ne sont plus à prouver.

 

 

 

6 commentaires

  1. Dupagne à vendu son âme au diable. ..A croire que son seul objectif est de rester sur les ondes….Il surffe sur la vague mais on se demande où est son éthique professionnel..Il en va du levothyrox comme des vaccins…La chanson de dutronc lui colle comme un gant *(moi je ne fais qu’un seul geste celui de retourner ma veste….)

  2. ça y est , le docteur Dupagne est rentré dans le rang au point que Omedoc son adversaire dans les commentaires le félicite .
    J’aimerai vraiment, moi aussi comprendre ce qui ne va pas dans ce médicament. Défectuosité d’un lot ? mélange des excipients ?
    Dans tous les cas , après 9 jours de reprise de l’ancienne formule, achetée en Allemagne je me sens réellement mieux.
    Encore un peu de fatigue , mais plus cette impression d’avoir la tête dans le brouillard, plus de maux de tête, plus de tachycardie, de vue brouillée. mes douleurs articulaires s’estompent .
    Je n’aurais certainement pas augmenter les doses de la NF comme vous le conseillait le Dr Dupagne à une patiente vus les palpitations et les pincements cardiaques qui m’ont conduit à consulter un cardiologue.
    Ce qui est sûre, sous levothyrox depuis plus de 18 ans , je n’ai jamais eu a connaitre avec l’ancienne formule et même avant d’être sous traitement , le mal aise et les douleurs occasionnées par la nouvelle formule.
    Hasard ? effet nocébo ?
    je veux bien donner le reste de ma plaquette pour que le médicament soit analysé .

  3. Bonjour

    Tout d’abord, merci pour vos articles et votre volonté manifeste de comprendre sans a priori. Essayant désespérément de trouver, avec 8 autres malades, la source de nos symptômes, nous organisons notre revue quotidienne des médias et sites médicaux en plus d’échanges intensif entre nous. Nous ne sommes pas pharmacologues mais avons notre expérience de 10 à 25 ans de traitement et une connaissance pratique des symptômes de l’hypo et de l’hyper, nos symptômes actuels n’ont aucune commune mesure avec ce que nous avons déjà vécu, il faut l’entendre! Par ailleurs et surtout 4 de nos camarades d’infortune ont eu un cancer, et le lévothyrox joue dans ce cas un rôle freinateur de la thyorïde pour empêcher la récidive. Je vous laisse imaginer leur situation actuelle!
    Le CRPV de Cochin a dit dans le 1° article ‘Anne Jouan (5 septembre) qu’ils avaient trouvé ce qui s’est passé! Personne n’a relevé!!! Nous aimerions avoir ses conclusions!
    Les expert-es discutent bcp des dosages avec force de graphiques et autres tableaux. Dans notre groupe, nous pensons 0 d’autres hypothèses car comment expliquer qu’un sur dosage par exemple affecterait indifféremment a la hausse (hyper) ou a la baisse (hypo)? Et surtout comment expliquer les effets yoyo? il y en a bcp, les thyroïdes devenues parfaitement instables ???
    A Buzyn a d’ailleurs reconnu ce 15 septembre à 8H20 sur F Inter que pour certains malades, les effets n’étaient pas liés au dosage. Jusqu’ici , aucun médias n’a relevé, pas même le journaliste qui l’interviewait!
    M Dupagne livre ce matin un article très tempéré, nous ne serions que 1%, soit seulement 30 000 malades qui n’arrivent pas a être stabilisés. Il y aura sans doute des solutions pour nous. Mais quid de ce qui s’est passé pour ceux-là dont nous sommes sans nul doute??? Quid de séquelles éventuelles? Visiblement pour lui comme pour d’autres ce n’est plus un sujet! Nous voulons savoir, d’où proviennent ces symptômes plus qu’handicapant, nous voulons aussi que toutes les personnes dans notre cas aient désormais l’information sur l’origine de leurs troubles et enfin, nous voulons que l’analyse des dysfonctionnements soit publiée et suivie de mesures concrètes pour y remédier à l’avenir.
    Merci de votre éclairage

    • M Dupagne passe à la radio, in fine, la labo a fait un EXCELLENT travail et la ministre à eu une réaction PRAGMATIQUE et D’UNE COMPÉTENCE RARE…. il passe à la radio, cela explique sa capacité brillante à déceler la compétence et l’excellent travail des pouvoirs installés.

      Dommage pour vous, vous êtes à la frange dont tout le monde se cogne.

  4. Alors je ne suis pas pharmacien, ni expert, mas je ne suis pas idiot.

    Lorsque j’entends : si l’étude remplie les critères, il y a bio-équivalence.Ouais…. La preuve que non. Ou alors bio-équivalence ne signifie pas grand chose pour le patient et le traitement. Parce que la foultitude d’effets secondaires que l’on ne peut attribuer à l’effet nocebo est bien présent et pour de nombreuses personnes. Je peux bien admettre que l’ancienne formule présentait des soucis pour d’autres patients (une autre pétition de 300 000 signature que j’ai peut être loupée ?) et que cette nouvelle formule est mieux pour ces anciens mécontents mais il apparaît qu’elle est moins bien pour une pelleté d’autre. CE qui ne ressemble pas du tout à une équivalence.

    Ah mais j’ai raté le principal : c’est bio-équivalent SELON LES CRITÈRES définies… par l’industrie et soufflées aux organismes de contrôle. Ah alors tout va bien. J’ai un pote végan et d’après lui, 200 gramme »s d’algues machin chose c’est bio équivalent (et même mieux) à un steak le truc c’est que si demain le burger d’une grosse chaîne remplace le steak par des algues, on pourra expliquer que, selon les critères nutritionnel c’est bio-équivalent, pas certain que le ressenti des consommateurs….

    Mais c’est comme pour tous les scandales sanitaires, d’abord cela se terminera par un non lieu (c’est le seul verdict possible dans le logiciel du pole santé) et on expliquera que ‘tout à été fait dans les normes ». Et PERSONNE pour s’interroger justement sur les normes.

    Parce que pour finir, à tous les sachant qui nous abreuvent de leur savoir encyclopédique à nous les quidams qui ne comprenons rien : Quelle est la probabilité de découvrir un effet secondaire grave affectant 1 personne malade sur 100 au bout de 2 mois lorsque on fait une étude sur 200 personnes non malade pendant 72 heures ?

    Ensuite, comment peut-on décider de mettre sur le marché un truc dont pendant l’essai de 72 heures si 5 personnes on arrêté d’en prendre en cours d’étude ?

  5. Bonjour,
    Je souhaite apporter quelques explications suite à votre interpellation. Comme je l’ai expliqué dans plusieurs billets, les études de bioéquivalence sous une apparente simplicité, sont en réalité redoutable pour qui n’a pas une solide formation en biostatistique. Il est donc ici nécessaire de se référencer soit à la réglementation en faisant confiance aux règles choisies par des experts en biostatistique. Soit d’avoir soit même une expertise dans ce domaine.
    J’ai apporté l’explication à l’erreur qui était faite dans le billet que vous citez en expliquant que le coefficient de variation était utilisé mal à propos. J’ai donné des sources réglementaires (FDA, EMA, Santé Canada) pour aider les plus téméraires à aller s’informer sur la pertinence et l’utilisation de ce critère (notamment pour la Cmax). Le Workshop de la FDA donnait d’ailleurs un exemple sur la lévothyroxine et ce coefficient.

    N’étant pas un expert en biostatistique, je préfère donc ne pas m’aventurer sur ce terrain et fait confiance à la réglementation. Si l’étude remplit les critères fixées, il y a bioéquivalence. Et c’est le cas ici.

    Concernant l’essai dit de Switch, je n’ai pas dit que cette procédure aurait du être faite. Dans le cas belge, la bioéquivalence n’était pas démontré. L’essai de switch a donc été fait pour permettre au laboratoire d’utiliser la nouvelle formulation malgré l’absence de bioéquivalence. Cet essai devait permettre de dire aux professionnels et aux patients comment appréhender cette nouvelle formulation qui n’était pas bioéquivalente.

    L’ANSM ayant des données montrant la bioéquivalence n’a pas demandé plus de test. On peut considérer que c’est un tort. Mais il est difficile de la blamer sur le moment. Cela donne à réfléchir a une adaptation de la législation pour le futur notamment pour ce type particulier de médicaments.

    Concernant la question des dates, je vais tenter d’apporter mon éclairage.
    La note de synthèse ne fait pas partie du dossier d’AMM. Ce document ressemble plus à une demande de la DGS (donc du Ministère) pour synthétiser la situation.

    Quand au bulletin d’analyse, il s’agit d’un échantillon d’un lot envoyé à l’ANSM et qui a été testée par elle à cette date. L’ANSM fait régulièrement des analyses de lots au cours du temps pour s’assurer que la qualité est conforme à celles inscrites dans le dossier d’AMM.

    Compte tenu de la polémique, il semble évident que l’Agence s’est résolu à tester par sécurité les nouveaux lots pour s’assurer que ces notifications n’étaient pas le fait d’un lot défectueux. Du point de vue de la qualité pharmaceutique des médicaments (controle qualité, fabrication), j’ai peu de critique envers l’Agence. Elle est très bonne dans ce domaine. Tout n’est pas à jeter.

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