Il a beaucoup été écrit sur la « problématique » actuelle du Lévothyrox.

Je ne reviendrai donc pas sur ce qu’un certain nombre de mes confrères ont écrit, car sur ce sujet, et d’un point de vue « scientifique », je n’ai rien à rajouter de pertinent.

Je voudrais juste revenir sur ce qu’a dit la ministre de la santé dans son point de presse du 6 septembre 2017, sur le sujet.

Ce qui a été dit par la ministre, ce jour là, nous est rapporté par le journal Le Monde (un autre éclairage dans le journal Libération). Il n’y a pas eu de production d’un écrit de la ministre à ce sujet, pas de communiqué de presse.

C’est sur ce que Mme le professeur Agnes BUZYN, ministre de la santé a dit, que je souhaiterai apporter mon éclairage.

 

« Ce sont des effets notables, mais qui ne mettent pas en danger la vie des patients »

Les effets indésirables de la nouvelle formule du Lévothyrox, ne pouvant être niés, ils sont donc admis par madame la ministre.

Mais, il y a tout de suite un mais, il n’y a pas eu de morts.

Cette information a été confirmée par le directeur de l’ ANSM : « Aucun cas grave n’a à ce jour été signalé », a assuré Dominique Martin, directeur général de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM)

Il faut donc comprendre que madame la ministre ( et les autorités sanitaires avec elle) ne s’intéresse aux médicaments que quand ils provoquent des morts. Quand ils provoquent des effets secondaires, même potentiellement très pénalisant pour les patients, cela n’intéresse pas madame la ministre.

« La « grande majorité » des personnes traitées avec le Levothyrox « n’a pas d’effets secondaires » et trouve « un bénéfice » avec cette nouvelle formule, « beaucoup plus stable que la précédente », a insisté la ministre, qui a exclu de revenir en arrière. Le laboratoire Merck a également indiqué à l’Agence France-Presse mercredi qu’il excluait de revenir à l’ancienne formule. »

Que le Lévothyrox soit un médicament efficace, personne ne le conteste. Que ce médicament, comme dans de nombreux cas, n’entraîne que peu d’effets indésirables, c’est aussi une évidence ( c’est ce qui se passe pour la majorité des médicaments). Mais est-ce une raison pour balayer d’un revers de main, la souffrance de ceux, même minoritaire ( on parle quand même de milliers de patients), qui eux ont déclaré souffrir d’effets secondaires?

Est-ce une raison suffisante pour affirmer que rien ne sera fait, ou du moins que l’on ne reviendra pas en arrière?

C’est, rappelez vous,  une attitude assez proche qui est responsable du scandale du Médiator même si le Médiator n’a rien à voir avec le Lévothyrox. Le Médiator ne servait à rien et était dangereux alors que le Lévothyrox est indispensable.

En effet, pendant des années, les autorités sanitaires ont maintenu le Médiator sur le marché, arguant du fait qu’il était utile et surtout sans danger.

 

« Nous avons largement entendu les souffrances des patients »

Il suffit donc d’entendre la souffrance des patients et « basta », circuler, il n’y a plus rien à voir.

 

« c’est une crise liée à un défaut d’information et à un défaut d’accompagnement, qu’il faut entendre ».

Non, madame la ministre, ce n’est pas une crise lié à un défaut d’information, c’est une crise lié à la survenue d’effets secondaires après la prise d’un médicament.

« Mme Buzyn a donc annoncé le lancement prochain d’une mission « pour mieux informer les patients sur les médicaments et apaiser le débat ». Car il y a, selon elle, « un sentiment permanent de complotisme dès lors que l’on parle du médicament », alimenté par des réseaux sociaux. »

Non madame la ministre, ce n’est pas un complot,  non il ne s’agit pas d’informer mais d’agir pour apporter des solutions quand des patients sont victimes d’effets secondaires de médicaments.

Ce n’est pas un problème d’information mais un problème de pharmacovigilance. Il faut fournir aux médecins de terrain et aux patients , non pas de l’information, mais des solutions pour faire face à la survenue d’effets secondaires suite à la prise d’un médicament.

D’ailleurs il semble bien que vous l’ayez compris mais bizarrement vous ne l’exprimez pas :

« la ministre a annoncé « réfléchir aux moyens d’une ouverture du marché français à d’autres formules alternatives de la lévothyroxine ». »

 

Je pose donc trois questions :

Quand nos autorités françaises admettront-elles que tout médicament (ou vaccin) peut provoquer des effets secondaires et pas seulement quand un « buzz » se produit?

Quand ces effets secondaires médicamenteux seront-ils pris en compte par les autorités sanitaires françaises et pas seulement si ces effets secondaires provoquent des décès?

Quand, enfin, les patients pourront-ils trouver dans les autorités sanitaires des responsables à la hauteur de leurs missions : la sécurité sanitaire des médicaments et son corollaire, la santé des citoyens français?

 

PS : Il semble que Jean-Jacques BOURDIN, le journaliste a une analyse qui se rapproche de la mienne : « on se fout totalement des effets secondaires… »

 

4 commentaires

  1. Je suis très surpris par les commentaires que je lis sur différents blogs.
    Ces commentaires rapportent ce que vivent les patients sous Lévothyrox.
    L’intensité de la souffrance où comme ici des variations de dosages assez surprenantes, m’interpelle.
    Cela semble vraiment « tout nouveau ».
    Personnellement en tant que médecin, je n’ai jamais rencontré de telles manifestations. Mais mon expérience n’invalide pas ce que je lis.

    Je constate donc,je m’interroge sans avoir la moindre réponse.

    J’espère que nous en auront dans l’avenir.

  2. Dosage TSH demandé fin mai par mon cardiologue (?) 12,07 Dosage effectué il y a deux jours , demandé par mon nouveau médecin traitant 0,07
    Jusqu’à il y a 15 jours , je ne savais pas que mes malaises et effets secondaires était dus à ce  » nouveau » lévothyrox , j’ignorai d’ailleurs que c’était un nouveau médicament , qu’on me faisait ingurgiter , comme j’ai eu droit au poison de Servier , le médiator !
    Dire que c’est un manque d’explication …c’est vraiment prendre les malades pour des cons
    En conclusion , je le leur ferai bien avaler leur poison de force
    déjà j’avais eu droit à un générique qui a été retiré de la circulation et qui m »avait déréglé mon dosage ;ça va durer combien de temps les essais de pilules génériques ou autre de ce médicament pour les malades de la thyroïde ? Combien de mois allons nous servir de cobayes à des gros labos qui ne voient en nous que la question  » fric  » et à des politiques complices de ces maguouilles criminelles ?

  3. Marie de Metz Noblat

    Merci, je découvre aujourd’hui votre post d’il y a 10 jours et ne peut qu’applaudir à votre analyse… j’ai déposé un dossier d’effets secondaires le 1er août, bien avant le tapage médiatique après avoir changé de médecin traitant qui considérait qu’il était normal vu mon âge (55 ans) que je ne récupère plus comme avant. A sa décharge, mon taux de TSH (vérifié par mon nouveau médecin traitant) avait à peine augmenté en juin 2017 vs novembre 2016…Et nous n’avons toujours pas la réponse : pourquoi avoir accepté une nouvelle formule qui avait été retirée du marché 3 ans avant par un autre laboratoire ?

  4. Digard Dominique

    Merci pour cet article qui met en évidence la fin de non recevoir , qui devient une habitude , de Mme la ministre de la santé devant les divers problemes legitimes soulevés par les malades..ou les médecins..

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *