Je voudrais rebondir aujourd’hui sur une problématique qui semble « enflammer les passions » : comment aborder le problème du surpoids et de l’obésité avec les patients?

J’ai lu avec intérêt le billet du Pr BURTEY.
Je n’ai pas commenté son billet car j’ai un peu le sentiment que c’est un billet : « Voilà ce que je pense et je vous « emmerde » ». En effet, à la différence de ses billets habituels, il n’a pas répondu aux commentateurs. Mais peut-être le fera-t-il?

Un blog est là pour exprimer ce que l’on pense, que cela plaise ou non, mais cela peut se faire sur un ton « apaisé ». Je trouve « bizarre » la tonalité de son billet. J’ai l’expression que l’auteur est irrité sur le fait que l’on puisse contester sa façon de « penser »? Est-ce aussi l’effet « professeur agrégé » qui supporte mal que l’on conteste ses dires? C’est en tout cas, mon sentiment, ce que j’ai ressenti en lisant ce billet.
Tout le monde peut s’exprimer sur tout, mais je trouve que « notre néphrologue préféré » devient nettement moins pertinent quand il s’éloigne de sa spécialité. Je l’ai déjà remarqué à de nombreuses reprises par le passé. J’ai fait le constat qu’il est excellent quand il nous parle de néphrologie, de physiologie, mais nettement moins bon quand il écrit sur d’autres sujets que sa spécialité. Mais c’est aussi le lot de chacun d’entre nous et c’est ce que nous pouvons tous constater chaque jour.

Cependant, son billet a le mérite d’ouvrir le débat et en cela il est utile et intéressant.

Il y a une phrase  dans son billet qui m’a interpellé :
« L’obèse n’est pas une victime, c’est un sujet agissant capable de modifier ses comportements alimentaires. »

Un autre confrère a également réagit à ce billet sur son blog.
J’ai laissé un commentaire qui est l’ossature de ce billet.

 

 

Je rejoins le constat que perdre du poids durablement est quasiment impossible.

Le constat que les méthodes pour maigrir ont des résultats « nuls » sur le moyen et long terme, est un fait incontestable.
Cependant, pour m’être investi sur le sujet depuis des années, je peux témoigner que les patients, si ils ne sont peut-être pas « victimes » au sens où ils ne feraient que « subir » sans action personnelle, sont malgré tout, le plus souvent impuissants à obtenir le poids « idéal » qu’ils souhaitent ou que leur médecin « réclame ».

Parler de leur poids à la consultation médicale comme il semble « nécessaire » pour certains;  est souvent « contre-productif ». Pourtant, il est incontestable que le poids est un facteur de nombreuses maladies chroniques dont le cancer.

 

 

Pourquoi je pense qu’il ne faut-il pas aborder « brutalement » le problème de poids avec un patient ?
Premièrement, parce qu’il sait qu’il est en surpoids. Cela se voit et il n’ est pas « aveugle ». Qui peut méconnaître son surpoids et son obésité? Ce n’est pas quelque chose que l’on peut ignorer comme son taux de cholestérol.
Donc le rappeler est souvent culpabilisant.

C’est d’autant plus culpabilisant que la majorité des patients a essayé de maigrir et n’a pas réussi à le faire. S’ils ont réussi, ils ont, le plus souvent, repris le poids perdu comme chaque médecin peut, soit le constater, soit en être informé.
Deuxièmement, leur parler de leur poids cela revient à leur parler de leur échec, les culpabiliser d’avoir échoué à perdre de ce poids si délétère pour leur santé et cela d’autant plus qu’ils vivent souvent leur reprise de poids avec honte.

Alors comment faire?
Car oui, le poids est un problème de santé qui en amènera d’autres souvent plus grave.

Les inciter à aller consulter une diététicienne, un coach ou même se tourner vers la chirurgie bariatrique comme je le vois écrit de plus en plus souvent ?

Cette dernière solution est, dans la très grande majorité des cas, illusoire. C’est une solution pourtant présentée comme quasi « miraculeuse ». Mais la plupart de ceux qui la proposent, passent sous silence, ou ignorent,  les effets à moyen long terme de cette solution, effets souvent dramatiques. Car comment penser que traiter uniquement les conséquences sans s’attaquer aux causes, peut in fine résoudre le problème? C’est bien ce que l’on fait, pourtant,  avec la chirurgie bariatrique. On mutile souvent gravement et de façon définitive des patients sans avoir le recul nécessaire sur la technique et ses conséquences en particulier psychologiques. Car oui,  cette technique a sans doute un intérêt. Mais comme souvent, comme pour beaucoup de thérapeutiques, cette technique est utile pour un nombre restreint de patient. Et comme souvent, une thérapeutique qui est « une solution » pour quelques patients, on la propose et incite un maximum de patients à y avoir recours.

Ici non plus la chirurgie bariatrique n’est pas LA solution, alors que faire ?

 

 

Peut-être faire le constat que le poids n’est pas seulement la conséquence d’un problème d’alimentation ou de sédentarité. Qu’il y a beaucoup d’autres causes même si elles sont aujourd’hui ignorées.

Il faut sans doute ne pas renvoyer à chaque fois le patient vers les diététiciennes et autres nutritionnistes focalisés sur l’alimentation.
L’alimentation est un facteur important de la prise de poids, c’est indéniable mais ce n’est pas le seul et unique comme cela  semble être la conviction de nombre de professionnels de santé.

 

 

Ainsi, par exemple,  de plus en plus de publications font un lien entre le « sucre » et une possible addiction.
Le sucre et certains aliments se comporteraient comme des « drogues ».
D’ailleurs,  chacun d’entre nous peut porter témoignage que « manger » n’est pas fait uniquement pour se nourrir. Nous mangeons parfois pour d’autres raisons.

Donc pourquoi nous nous « focalisons » ainsi sur l’alimentation quand nous évoquons le problème du poids avec nos patients?

 

 

J’ai bien lu que dans le billet de ce confrère il parle d’activité physique, de son importance, mais là aussi les patients savent bien qu’il faut bouger. C’est donc un message qui « enfonce des portes ouvertes » . C’est typiquement le discours « y-a qu’à, faut qu’on… ».

Donc, OUI le poids est un problème de santé, OUI les médecins doivent le prendre en charge, NON il ne faut pas avoir un discours « simpliste » sous prétexte que nous sommes confrontés à un sujet complexe.

Ce sujet nous renvoie d’ailleurs à nos problématiques de médecin : l’injonction à agir, à prescrire, à faire, et son corollaire : notre impuissance à tout traiter, notre impuissance à apporter à chaque fois « LA solution » .

Cette problématique du poids et de l’obésité  remet en question notre « toute puissance médicale » dans laquelle beaucoup de médecins se complaisent.

Remettre en question cette « toute puissance » médicale est pour beaucoup de médecins inacceptable. Il est tellement plus « confortable » de pointer du doigt la responsabilité du patient que d’admettre notre impuissance à « soigner ».

 

 

Donc pour terminer, arrêtons de faire de l’alimentation mais aussi de l’activité physique les seuls facteurs de la prise de poids et de l’obésité.
Arrêtons de renvoyer ainsi chaque patient obèse et en surpoids, à chaque fois, à sa « responsabilité ».
Si ce problème ne trouve pas de solutions c’est qu’il est complexe et que les solutions sont en dehors du champ de la simplicité.  Arrêtons donc de « proposer » uniquement des solutions simples qui ne marchent pas et qui laissent le patient seul face à sa « détresse »,  face à son poids.

Qui plus est, le médecin envoie souvent aux patients des messages type injonction paradoxale : perdre du poids mais sans lui proposer aucune autre solution en dehors de celles qu’il connaît déjà, et qu’il a essayé, dans la plupart des cas, sans succès.

 

 

Enfin, n’est-il pas possible d’échanger sereinement sans se renvoyer le constat d’une possible « maltraitance »? Car dans ce domaine pourquoi vouloir nier à tout prix le ressenti et l’expression de la souffrance des patients ? Agir ainsi, n’est-ce pas une des caractéristiques de la « toute puissance médicale » et de l’ego souvent surdimensionné d’un certain nombre de médecins? Nous sommes tous perfectibles, même les médecins, et admettre que l’on peut se tromper dans son discours, dans sa façon de conduire une consultation, dans ses idées et croyances, est simplement « être humain ».

 

 

Pour terminer sur une note « positive », que faire alors?
Je pense qu’il faut écouter les patients, les faire exprimer leur souffrance. Les accompagner. Explorer tout le champ des possibles.
Trouver le juste équilibre : ni victimisation ni culpabilisation.
Pas simple en effet.

PS : mise à jour du 12/03/2017, la réaction de mon « confrère » néphrologue à mon billet :

Nourrissons le troll.

8 commentaires

  1. Je me demande pourquoi le poids des personnes a pris autant d’importance aujourd’hui, au point de devenir l’un des principaux baromètres lors des consultations médicales. Je comprends que le poids des personnes puisse avoir une incidence sur leur santé, mais il y a toujours eu des gens plus ou moins gros et qui ont besoin d’être un peu en surpoids pour se sentir bien. Est-ce que contraindre et culpabiliser les patients en surpoids pour qu’ils aient un IMC dit normal n’a pas des conséquences encore plus néfastes pour leur santé à long terme? Car personne n’est égal devant la nourriture, certaines personnes doivent s’affamer pour perdre quelques kilos alors que pour d’autres la minceur est naturelle. L’IMC n’est-il pas un dictat de plus encouragé par la médecine? Par ailleurs si je peux me permettre, et pardon si je froisse certains, je constate que les médecins encouragent les patients qui sont même que légèrement en surpoids à maigrir, alors que pour les patients dont l’IMC est un peu trop bas, ils ne sont que très rarement encouragés par les médecins à prendre quelques kilos. « C’est votre nature d’être un peu maigre » et le discours médical sous-jacent c’est que c’est bien ou du moins que c’est mieux. Oui c’est vrai pour ma part je mange ce que je veux sans grossir et oui c’est une chance, mais je ne suis pas en bonne santé pour autant. L’IMC n’occupe t’elle pas une place trop prépondérante lors des consultations médicales pour éviter de parler d’autres sujets?

    • L’IMC est un très mauvais indice.
      Un certain nombre d’études dont peu de médecins se font l’écho, montrent qu’un léger surpoids est favorable à la santé.

      Pourquoi le poids a-t-il pris tant d’importance?
      Je pense que c’est parce que le respect de la « norme » est aujourd’hui devenu une dictature.
      Car en fixant des normes, cela permet de classifier beaucoup de gens « hors norme » et ainsi de vouloir à tout prix les faire rentrer dans la norme.
      Pourquoi les faire rentrer dans la norme?
      Car cela est financièrement favorable.
      En effet, cela permet de faire rentrer des gens bien portant dans la catégorie des gens malades ou potentiellement malades à qui l’on proposera un traitement qui vous le savez n’est jamais gratuit.
      Ainsi, l’on a vu en 30 ans les normes de l’hypertension artérielle baissé au point que vers 50 ans la majorité des personnes sont susceptibles de devenir hypertendues, les normes de cholestérol sont passées en 30 ans de 2g à 1g/l de sang.Il en est de même pour le poids.
      Faire de personnes en bonne santé des malades est particulièrement intéressant car les personnes en bonnes santé sont beaucoup plus nombreuses que les malades véritables.
      N’êtes vous pas surprises de toutes ces injonctions à pratiquer des dépistages en tout genre.
      Or aujourd’hui, à part le dépistage du cancer du col de l’utérus par frottis tous les 3 ans, aucun autre dépistage n’a fait la preuve de son intérêt pour la santé de ceux qui s’y soumettent.

  2. Bonjour,

    Tout d’abord, je tenais à vous remercier pour faire partie des exceptions qui osent dire et dénoncer ce qui pose problème dans la médecine actuelle tout en ouvrant la porte sur de nombreuses possibilités pour évoluer dans le bon sens (vaccins notamment).

    Je me permets de réagir à cet article car je suis moi-même diététicienne. Je suis d’accord avec tout ce que vous avancez ici. Dans la grande majorité des cas, les gens savent ce qu’il faudrait qu’ils mangent (+ de fruits et légumes, – de produits transformés) et fassent (+ d’activité physique et/ou sportive). Nous sommes mitraillés de slogans publicitaires prônant une hygiène de vie saine ; ne pouvant s’y soustraire, les gens savent les réflexes à adopter.

    Ce qu’il faut savoir comme vous le dites, c’est que la prise en charge de l’obésité se doit d’être pluridisciplinaire car il n’y a rarement qu’un facteur déclenchant et la solution ne consiste pas qu’en un changement du comportement alimentaire. En effet, cela reviendrait à considérer que la partie émergée de l’iceberg que ce soit en ayant une approche seulement diététique ou seulement chirurgicale (sachant en plus que la chirurgie bariatrique est une réussite sur le long terme dans seulement 30% des cas).

    Voilà pourquoi je rejoins pleinement votre avis et m’applique dans mes consultations à rechercher avec chacun de mes patients tous les facteurs ayant un impact sur leur surpoids / obésité. C’est avec cette approche holistique que les patients avancent efficacement dans leur cheminement vers un poids – non idéal mais – avec lequel ils se sentent bien et en accord. Finalement, nous parlons alimentation que vers la fin du suivi.

    Bonne continuation à vous,

  3. un certain nombre d’étude montre quand même que contrairement à ce que vous pensez les gens ignorent parfois qu’ils sont en surpoids. Une étude en afrique du sud que j’avais lu mais ne retrouve pas montrait en effet que les personnes interrogées avaient tendance à se considérer comme de poids normal voire pour certaines trop maigres alors qu’elles étaient déjà obèse ou en surpoids.
    J’ai retrouvée cette étude cependant qui va dans le même sens :
    http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1499404614000979
    Après ça n’est moi non plus pas mon domaine

    • Je ne conteste pas ce que vous écrivez.

      Mais généraliser la méconnaissance de son surpoids ou de son obésité avec des exemples d’ethnies très éloignées de celles que nous côtoyons en France métropolitaine, ne discrédite pas mon affirmation que la très grande majorité des personnes en surpoids ou obèse, le savent.
      Le leur rappeler à chaque consultation médicale ne fait souvent que les blesser.

  4. Si je puis me permettre, en tant que « spécialiste » de l’obésité je ne suis pas d’accord. Je vois beaucoup de patient avec des obésités modérées, sévères voire pire et pour une partie non négligeable d’entre eux, non ils n’ont pas conscience qu’il faut manger « équilibré », qu’il faut avoir une activité physique régulière et pire pour certains, suivi depuis des années par des confrères, n’ont jamais eu conscience qu’ils avaient un problème médical qui pouvait avoir des conséquences graves.
    Il faut s’adapter à chacun et c’est comme ça partout en médecine mais se voiler la face ou ne rien dire par peur de choquer a aussi ses conséquences.

    • Bonjour

      Je ne partage pas votre avis.
      Je pense que la plupart savent les « problématiques » du surpoids et de l’obésité.
      Qu’ils soient perdus dans la « jungle » des affirmations en nutrition, c’est une réalité.
      Mais de là à tout ignorer sur le problème, j’ai du mal à adhérer à cette idée.

      Cependant, je ne contesterai pas le « fruit de votre expérience ».

  5. Merci beaucoup

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