Je viens de relire les notes que j’avais prises suite, il y a maintenant quelques années, à la lecture du livre d’Henri LABORIT.

Ce livre peut être considéré aujourd’hui comme ancien (1976) mais sa lecture est toujours actuelle car il analyse nos fonctionnements intimes et nos rapports avec la société.

J’ai décidé de publier des citations de ce livre car les relire « me parle » et aussi me sont utiles aujourd’hui. Et si ce qu’à écrit Henri LABORIT m’est utile, peut être que cela pourra être utile à d’autres.

Donc voici le premier volet (il y en aura 4) de citations de Henri LABORIT :

 

Éloge de la fuite

Quand il ne peut plus lutter contre le vent et la mer pour poursuivre sa route, il y a deux allures que peut encore prendre un voilier : la cape (le foc bordé à contre et la barre dessous) le soumet à la dérive du vent et de la mer, et la fuite devant la tempête en épaulant la lame sur l’arrière, avec un minimum de toile. La fuite reste souvent, loin des côtes, la seule façon de sauver le bateau et son équipage. Elle permet aussi de découvrir des rivages inconnus qui surgiront à l’horizon des calmes retrouvés. Rivages inconnus qu’ignoreront toujours ceux qui ont la chance apparente de pouvoir suivre la route des cargos et des tankers, la route sans imprévu imposée par les compagnies de transport maritime. Vous connaissez sans doute un voilier nommé «Désir »

Il y a plusieurs façons de fuir. Certains utilisent les drogues dites « psychotogènes ». D’autres la psychose. D’autres le suicide. D’autres la navigation en solitaire. Il y a peut-être une autre façon encore fuir dans un monde qui n’est pas de ce monde, le monde de l’imaginaire. Dans ce monde on risque peu d’être poursuivi. On peut s’y tailler un vaste territoire gratifiant, que certains diront narcissique. Peu importe, car dans le monde où règne le principe de réalité, la soumission et la révolte, la dominance et le conservatisme auront perdu pour le fuyard leur caractère anxiogène et ne seront plus considérés que comme un jeu auquel on peut, sans crainte, participer de façon à se faire accepter par les autres comme « normal ».

Le mot d’amour se trouve là pour motiver la soumission, pour transfigurer le principe du plaisir, l’assouvissement de la dominance.

Il semble donc exister trois niveaux d’organisation de l’action. Le premier, le plus primitif, à la suite d’une stimulation interne et/ou externe, organise l’action de façon automatique, incapable d’adaptation. Le second organise l’action en prenant en compte l’expérience antérieure, grâce à la mémoire que l’on conserve de la qualité, agréable ou désagréable, utile ou nuisible, de la sensation qui en est résultée. L’entrée en jeu de l’expérience mémorisée camoufle le plus souvent la pulsion primitive et enrichit la motivation de tout l’acquis dû à l’apprentissage. Le troisième niveau est celui du désir. Il est lié à la construction imaginaire anticipatrice du résultat de l’action et de la stratégie à mettre en œuvre pour assurer l’action gratifiante ou celle qui évitera le stimulus nociceptif. Le premier niveau fait appel à un processus uniquement présent, le second ajoute à l’action présente l’expérience du passé, le troisième répond au présent, grâce à l’expérience passée par anticipation du résultat futur.

Le seul amour qui soit vraiment humain, c’est un amour imaginaire, c’est celui après lequel on court sa vie durant, qui trouve généralement son origine dans l’être aimé, mais qui n’en aura bientôt plus ni la taille, ni la forme palpable, ni la voix, pour devenir une véritable création, une image sans réalité. Alors, il ne faut surtout pas essayer de faire coïncider cette image avec l’être qui lui a donné naissance, qui lui n’est qu’un pauvre homme ou qu’une pauvre femme, qui a fort à faire avec son inconscient. C’est avec cet amour-là qu’il faut se gratifier, avec ce que l’on croit être et ce qui n’est pas, avec le désir et non avec la connaissance. Il faut se fermer les yeux, fuir le réel. Recréer le monde des dieux, de la poésie et de l’art, et ne jamais utiliser la clef du placard où Barbe- Bleue enfermait les cadavres de ses femmes. Car dans la prairie qui verdoie, et sur la route qui poudroie, on ne verra jamais rien venir.

Le plaisir sexuel et l’imaginaire amoureux sont deux choses différentes qui n’ont pas de raison a priori de dépendre l’une de l’autre.

C’est pourquoi il ne peut pas y avoir d’amour heureux, si l’on veut à toute force identifier l’œuvre et le modèle.

Les dominants ont toujours utilise l’imaginaire des dominés à leur profit. Cela est d’autant plus facile que la faculté de création imaginaire que possède l’espèce humaine est la seule à lui permettre la fuite gratifiante d’une objectivité douloureuse.

Or, à l’échelon socioculturel il est profitable; pour la structure hiérarchique, de favoriser l’amour de l’artiste citoyen pour sa création imaginaire, la patrie, qui lui fait oublier la triste réalité du modèle social, artisan de son aliénation.

Mais combien d’hommes ne laissent pas de trace écrite et qu’il serait enrichissant de connaître?

Si l’autre vous cherche, ce n’est pas souvent pour vous trouver, mais pour se trouver lui-même, et ce que vous cherchez chez l’autre c’est encore vous.

J’ai compris aussi ce que bien d’autres avaient découvert avant moi, que l’on naît, que l’on vit, et que l’on meurt seul au monde, enfermé dans sa structure biologique qui n’a qu’une seule raison d’être, celle de se conserver. Mais j’ai découvert aussi que, chose étrange, la mémoire et l’apprentissage faisaient pénétrer les autres dans cette structure, et qu’au niveau de l’organisation du moi, elle n’était plus qu’eux. J’ai compris enfin que la source profonde de l’angoisse existentielle, occultée par la vie quotidienne et les relations interindividuelles dans une société de production, c’était cette solitude de notre structure biologique enfermant en elle-même l’ensemble, anonyme le plus souvent, des expériences que nous avons retenues des autres. Angoisse de ne pas comprendre ce que nous sommes et ce qu’ils sont, prisonniers enchaînés au même monde de l’incohérence et de la mort.

Pour nous, la cause primordiale de l’angoisse c’est donc l’impossibilité de réaliser l’action gratifiante, en précisant qu’échapper à une souffrance par la fuite ou par la lutte est une façon aussi de se gratifier, donc d’échapper à l’angoisse.

Quelles peuvent être les raisons qui nous empêchent d’agir? La plus fréquente, c’est le conflit qui S’établit dans nos voies nerveuses entre les pulsions et l’apprentissage de la punition qui peut résulter de leur, satisfaction.

Une autre source d’angoisse est celle qui résulte du déficit informationnel, de l’ignorance où nous sommes des conséquences pour nous d’une action, ou de ce que nous réserve le lendemain. Cette ignorance aboutit elle aussi à l’impossibilité d’agir de façon efficace.

Enfin, chez l’homme, l’imaginaire peut, à partir de notre expérience mémorisée, construire des scénarios tragiques qui ne se produiront peut-être jamais mais dont nous redoutons la venue possible. Il est évidemment difficile d’agir dans ce cas à l’avance pour se protéger d’un événement improbable, bien que redouté. Autre source d’angoisse par inhibition de l’action.

Et tout cela ne peut trouver une solution dans l’action, l’action protectrice, prospective, gratifiante.

La culture est considérée d’ailleurs comme l’expression de l’homme dans ses activités artistiques et littéraires. Il s’agit, dans le langage courant, d’activités n’ayant qu’un rapport éloigné avec le principe de réalité, avec l’objectivité, d’activités ayant pris leurs distances d’avec l’objet et dans lesquelles l’affectivité et l’imaginaire peuvent s’exprimer soi-disant librement. Sinon, elles deviennent activités scientifiques ou techniques.

 

A suivre

 

 

3 commentaires

  1. Bien aimé aussi ce livre.
    Les dernières relectures me l ont fait voir un peu différemment : plus idéologique et moins scientifique.

  2. Hello,
    Tu as écrit « Le plaisir sexuel et l’imaginaire amoureux sont deux choses différentes qui n’ont pas de raison a priori de dépendre l’une de l’autre. »
    A mon avis ils sont parfaitement complémentaires et le truc magique c’est que mon imaginaire peut déclancher les réactions hormono-physiologiques (érection, tachycardie, etc…) aussi bien boire mieux
    que le réel.

    • Tout ce qui est écrit sont des citations d’Henri LABORIT.
      Je n’ai fait aucun commentaire, rien que citer ce qu’à écrit Henri LABORIT dans son livre.

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