Je suis triste à propos de la mort de ce nourrisson de 10 jours suite à l’ingestion de gouttes d’Uvéstérol.

Je suis triste en pensant à ses deux parents qui sont dans la douleur et la souffrance peu de temps après la joie de la naissance. Mes pensées les accompagnent dans cette épreuve redoutable.

 

Je suis en colère car ce bébé n’aurait jamais du mourir.

Il est mort parce que ses parents ont fait confiance au médecin ou à la sage-femme qui ont prescrit ce médicament.

Je suis en colère car ces professionnels de santé n’auraient jamais dû prescrire à ce bébé de l’Uvestérol.

Le danger et les risques étaient connus depuis plus de 10 ans. Il y avait une surveillance renforcée de ce médicament car les signaux de pharmacovigilance étaient sans contestation.

De plus, il y a d’autres spécialités pour la même indication qui n’ont jamais montré le moindre problème. Pourquoi alors continuer à prescrire Uvéstérol jusqu’à ce drame ?

Ces signaux d’effets secondaires rares mais graves ont amené la revue médicale indépendante Prescrire à demander le retrait de ce médicament depuis plus de 5 ans.

Lecteur de Prescrire, je le savais et avait mis en garde il y a 3 ans ma fille avant la naissance de ma petite fille. Heureusement car c’est de l’ Uvestrérol qu’elle avait eu à la sortie de la maternité et donc qu’elle n’a pas pris.

Pourquoi tant de médecins et prescripteurs ont-ils continué à prescrire ce médicament potentiellement dangereux ?

Quand je lis sur tweeter

qu’un pédiatre à la radio, défend ce médicament, je suis atterré et en colère. Quel mépris pour la douleur de ce couple et de sa famille. Dans quel monde vit ce « confrère » ? Ses liens d’intérêts avec les laboratoires sont tellement forts qu’il ose parler ainsi à la radio nationale sans se rendre compte à quel point sa position est indigne et scandaleuse.

Le danger était connu depuis longtemps, si tant est que les professionnels de santé s’informent et cela de façon indépendante. Mais qui se soucie de l’information indépendante? Qui se soucie de la corruption de la santé?

 

Qu’ont fait les autorités responsables de la sécurité des médicaments et de la protection des personnes ?

Rien.

Ce décès aurait pu être évité si l’ ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament) avait suivi les recommandations de Prescrire.

Mais force est de constater qu’ils ont plus agi en coopération avec le laboratoire fabricant pour maintenir coûte que coûte ce médicament à la vente et à la prescription qu’agir pour éviter ce décès.

Car ce décès était évitable, il n’est pas une fatalité. Dire le contraire, l’écrire c’est tenter de cacher les manquements et incompétences ce cette agence qui n’assure pas la sécurité des médicaments comme son nom semble le faire croire.

Les affaires de ce type se sont multipliées ces derniers mois et à chaque fois, chacun peut constater à quel point l’ ANSM fait preuve d’incompétence. (voir encore ici)

Or cette agence avait été créée après l’affaire du Médiator, en clamant haut et fort que cela ne se reproduirait plus. Or c’est le contraire que nous constatons.

Comment cela est-ce possible ?

Une révélation de l’article du Figaro peut nous éclairer. Il est dit que la réunion de crise provoquée par cette nouvelle affaire a plus tenté de savoir comment la presse avait été mise au courant de cette affaire que de prendre en main les dysfonctionnements dont cette affaire n’est qu’un énième rebondissement.

La direction de l’ANSM cherche plus à découvrir qui est le lanceur d’alerte qui a prévenu la presse que de s’interroger sur les manquements graves de cette agence, manquements identiques à l’agence qui l’a précédé : AFSSAPS et dont elle ne devait pas reproduire les même manquements.

Or si le nom de l’agence a changé en 2011, le fonctionnement et donc les conséquences mortelles sont les même.

 

Pour terminer, je constate qu’ici nous n’entendons pas le Conseil de l’Ordre des médecins.

Mais n’est-ce pas un médecin qui fort probablement a prescrit ce médicament ou s’il ne l’a pas fait, a cautionné cette prescription ?

Le Conseil de l’Ordre des Médecins, n’a-t-il rien à dire, lui qui a été si prompt à sanctionner le Pr EVEN qui a dénoncé la corruption du milieu médical? Car ne soyons pas naïf, cette sanction contre le Pr EVEN est un message fort contre les éventuels médecins, lanceurs d’alerte.

Or à la lumière des informations fournies cette corruption n’est pas complètement étrangère à ce drame, même si peu en parle. (cf le tweet reproduit plus haut)

Nous n’entendons pas le Conseil de l’Ordre des Médecins, pourtant prompt à s’indigner du livre du Dr Martin WINCKER   au nom de la « sacro-sainte » confiance que les patients portent à leur médecin.

Or les parents de cet enfant, n’ont-ils pas fait confiance à l’institution médicale ? Cette confiance n’a-t-elle pas été trahie ?

C’est bien beau de vouloir défendre l’institution médicale mais il semble que cela se fasse au détriment de la santé des patients.

Le Conseil de l’Ordre des médecins n’a-t-il pas lui aussi sa part de responsabilité dans ce drame et dans beaucoup d’autres qui ne font pas la Une des journaux ?

 

Aujourd’hui je suis triste et très en colère.

Quand peut-on espérer que la santé des français passera avant la santé financière des firmes pharmaceutiques?

Peut-on espérer qu’un jour  les autorités sanitaires et les médecins « suiveurs » prendront en compte la santé des patients avant leurs intérêts propres?

Les morts continueront-ils à s’accumuler sans réactions autres que de la communication.

 

Je suis très triste et très en colère.

PS : un petit tour sur tweeter où mon article semble avoir ouvert un certain débat, l’ argument que les médecins ne savaient pas revient ( idem lors de l’affaire du Médiator!!!). Il est clair que la médecine est un exercice difficile. Mais quand on ne fait pas l’effort de lire la « presse indépendante » et où l’on se contente des arguments des laboratoires; je trouve triste d’avancer l’argument, je ne sais pas. Il n’y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre.

Par ailleurs, comme à chaque fois que l’on fait référence à la revue Prescrire, il y a l’argument que cette revue ne fait pas la loi. Certes, mais ceux qui la font, les « fameuses » agences, ne font pas leur boulot et la mort de ce bébé en est un criant exemple.

2 commentaires

  1. Trois questions sur le même sujet me taraudent :
    – l’administration de n’importe quelle substance au moyen d’une pipette majore-t-elle le risque de fausse route par rapport à l’administration des 3 gouttes du produit de référence d’antan ? C’est vrai qu’il faut savoir compter jusqu’à trois, ne pas être aveugle et ne pas être parkinsonien.
    – la précipitation pour agir/réagir à un drame humain, aussi effroyable soit-il, est-elle compatible avec une vision documentée de ce dont il s’agit ? Il est bien à craindre que non.
    – Est-on certain qu’il y a une relation de cause à effet entre la prise médicamenteuse, avec ou sans fausse route, et l’arrêt cardiaque de ce malheureux bébé ? La mort subite du nourrisson, toujours aussi incompréhensible, peut survenir à tout moment.

    • Votre questionnement est intéressant.

      Cela fait plus de 10 ans que l’Uvestérol est « pointé » du doigt pour aboutir à la mort d’un bébé alors que la pharmacovigilance a remonté par le passé de nombreux effets secondaires grave.
      Vous omettez ces faits, pour nier la « documentation » et y voir une précipitation. Cela est curieux.
      Cela est d’autant plus curieux que les documents que j’ai mis en lien expliquent que cette mort aurait tout aussi bien pu être ignorée car nous savons que les effets secondaires sont sous déclarés et que la pharmacovigilance est un domaine qui tente à disparaître d’autant plus vite qu’elle est confiée aux firmes qui produisent les produits.
      Donc parler de précipitation et de vision non documentée me parait faire partie de l’aveuglement coupable inhérent à la pratique de la médecine aujourd’hui qui ne voit que les bénéfices et nie les effets secondaires.

      Votre interrogation sur la relation de cause à effet et sur la mort subite du nourrisson me font penser à ce que les industriels qu’ils soient du médicament, de l’agroalimentaire ou du tabac utilisent depuis pas mal d’années : l’instillation du doute.
      Vous savez comme moi, qu’il est quasiment impossible d’affirmer avec certitude la relation de cause à effet.
      Pourquoi alors réclamer ici une certitude là où pour un bénéfice, il n’en est jamais réclamé, loin s’en faut ?
      Pourquoi lorsqu’un médicaments est attaqué, il est réclamé des certitudes pour le retirer du marché alors que pour qu’il puisse être commercialisé, on retrouve de plus en plus la notion de « non infériorité.

      L’on ne peut avoir la plupart de temps que des « signaux forts ».
      Si vous aviez lu le premier lien cité vous auriez lu que les parents ont appliqué toutes les règles d’administration du médicament.
      De plus, vous n’êtes pas sans savoir que ces effets secondaires ne concernent que l’Uvestérol et non les autres médicaments du même type ce que vous semblez oublier sur votre blog.
      Cela ne sont-ils pas des « signaux forts » ?
      Par ailleurs, l’Uvestérol ne semble pas en vente dans d’autres pays , en tout cas pas en Angleterre, pourquoi?

      Enfin, vous parlez de mort subite du nourrisson.
      A-t-on jamais vu, une mort subite survenant lors de la tétée? Il me semble qu’elle survient lors du sommeil.
      Pourquoi alors l’évoquez vous si ce n’est pour instituer le doute?

      Se questionner est une bonne choses, mais il faut aussi se poser de bonnes questions et je trouve pour ma part que vos questions sont surprenantes et interrogent.

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