Je suis en train de lire « Penser le risque. Apprendre à vivre dans l’incertitude« .

Dans le début de son ouvrage l’auteur prend le parallèle entre la médecine et l’aviation civile. C’est un exemple que j’ai déjà rencontré et dont j’aimerai partager les conclusions.

Pourquoi cet exemple ?

Car la prévention des erreurs dans les deux « disciplines » suit deux logiques diamétralement opposées.

Chacun sait que le transport aérien est le moyen de transport le plus sûr qui existe malgré la survenue chaque année d’accidents dont nous parlent les médias. Cependant chacun sait aussi que les « trains qui arrivent à l’heure » n’intéressent pas les médias.

La sûreté du transport aérien ne s’est pas réalisée du jour au lendemain mais par l’application de mesures de prévention.

  1. La première mesure est que chaque pilote rend compte des ennuis qu’il a pu rencontrer durant un vol mais aussi des erreurs et des fautes qu’il a pu commettre lui même.Il le fait peut être avec difficulté car ce n’est jamais bon pour son ego et son amour propre; mais il le fait car il sait que c’est bon pour la sécurité. Mais la raison essentielle qui fait que les pilotes rapportent les erreurs qu’ils ont commis, c’est qu’ils ne sont jamais sanctionnés pour les erreurs commises. Rapporter ses erreurs fait parti des règles du métier. Ainsi chaque erreur est analysée, étudiée, et des solutions sont proposées pour éviter qu’un autre pilote fasse la même erreur.
  2. Dans les professions médicales c’est tout le contraire : chaque erreur, faute est durement sanctionnée. Ainsi les professionnels ne sont pas incités à en parler mais au contraire à les cacher voire à les nier quand elles sont découvertes. Agir ainsi ne permet pas l’amélioration des pratiques. Le résultat est que les morts par erreurs ou fautes médicales ne baissent pas au contraire.
  3. Une autre différence entre les professions médicales et les pilotes de lignes est qu’un pilote a tout intérêt à l’amélioration des risques de vol car si ses passagers meurent, lui aussi. Quel risque personnel prend un médecin quand il prescrit un traitement inapproprié ou pratique un geste dangereux et inadéquat sur patient?

Les risques médicaux devraient donc bénéficier de la même approche que les risques aériens.

Qui d’entre vous a déjà entendu un dirigeant proposer une telle mesure? Et pourtant nous avons la preuve qu’elle marche. Les chiffres des risques du transport aérien sont là pour en témoigner.

Quand on sait que des médicaments sans effet mais dangereux continuent d’être prescrits et remboursés, on mesure le « gouffre » qui sépare ces deux approches.

Et que l’on ne vienne pas me dire que la sécurité est la préoccupation de nos dirigeants.

 

 

 

6 commentaires

  1. Je partage entièrement votre sentiment face à ce drame. Le fait qu’il n’existe dans notre pays qu’une seule revue médicale indépendante illustre cruellement l’importance et l’efficacité du lobbying et la particulière naïveté des médecins à son égard.

    L’enseignement à partir des erreurs est loin d’être systématique.Dans ma jeunesse le chef de service à qui je venais de révéler une erreur m’a dit textuellement « n’avouez jamais! » et je crains que cette attitude ne soit pas partout passée de mode.

    A ma connaissance,la comparaison avec l’aéronautique a conduit à la réalisation systématique de la check-list pré-anesthésique. Ce fait est relaté entre autre dans « les décisions absurdes » de Christian Morel. Il précise que la sécurité aéronautiques a augmenté quand le recueil des erreurs a été rendu possiblement anonyme, quand la règle de l’absence de sanction a été systématisée, et quand certaines règles hiérarchiques ont disparu.

    • Merci pour votre témoignage.

      Notre système de santé dysfonctionne de plus en plus gravement.
      Cela commence à se voir par exemple quand une épidémie de grippe, sans doute un peu plus « agressive » cette année mais c’est ainsi régulièrement, met à mal tout notre système hospitalier.

      Mais nos décideurs sont aveugles est sourds et surtout ils sont responsables de ce qui arrivent.
      Or il est n’est pas concevable qu’un responsable d’un problème soit le même qui le résolve.
      Donc dans ce cas, que fait-on ?
      On désigne des boucs émissaires qui dans le cas de l’hôpital sont les médecins généralistes libéraux.

  2. Encore une fois l’anesthésie-reanimation a une longueur d’avance sur le reste de la profession médicale puisquelle a compris depuis des années que s’appuyer sur l’exemple de l’aviation (simulation, Retex, entretien des connaissances en cas de situation rare…) était bénéfique en terme de sécurité (il y a qu’à voir la diminution du risque anesthésique en 30 ans).
    Les autres (notamment les chirurgiens) nous regardent de hauts mais un jour on viendra leur demander des comptes…

    • Je suis ravi d’apprendre que des confrères s’inspirent de méthodes qui ont fait leurs preuves.
      « Chapeau ».
      Dommage que cela ne soit pas généralisé à toutes les spécialités.

  3. Bonjour,

    Interessante comparaison il me semble effectivement que les pilotes ont bcp de temps d’avance sur les médecins. Il y a par exemple des études sur le temps de sommeil et les heures de repos obligatoires (chez les routiers aussi je crois).
    Auriez vous des articles scientifiques ? (je fait ma thèse dessus)

    • Désolé, je n’ai pas personnellement de bibliographie spécifique.

      Cependant dans le livre qui m’a inspiré « PENSER LE RISQUE , Apprendre à vivre dans l’incertitude » de Gerd GIGERENZER vous trouverez toutes les références nécessaires.

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