Vous devez vous demander pourquoi un titre aussi énigmatique. En fait il m’est venu en lisant tout ce qui a été écrit sur certains blogs à propos du livre de Martin WINCKLER « Les brutes en blanc » .

Je tiens tout de suite à préciser que le titre n’a rien à voir avec un roman d’un écrivain célèbre et controversé.

Je ne vais pas faire dans ce billet, un nième commentaire sur ce livre. Beaucoup l’ont fait. Non, je vais développer un élément qui ne l’a été nulle part. Un élément qui a été évoqué mais pour passer rapidement dessus , ainsi je citerai la dernière phrase de ce confrère :

« Les médecins sont bien attentionnés dans leur immense majorité, leur formation ne les prépare ni à la relation avec un malade, ni à l’analyse critique des données de la science et des affirmations parfois péremptoires des leaders d’opinion. Ils sont souvent maladroits avec les patients, et souvent en souffrent. Former les médecins à l’empathie est indispensable, pour les patients, pour eux, pour la société. »

La relation avec un malade, voilà bien le sujet que je vais développer ou plus généralement, la relation avec l’autre. La relation ou plutôt la communication avec l’autre, avec les autres humains.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : nous connaissons notre propre fonctionnement ( ou du moins nous connaissons, notre façon de vivre, de penser, nos croyances, nos connaissances etc), et parce nous sommes des humains comme ceux qui nous entourent et que nous côtoyons, nous sommes convaincus que l’autre fonctionne exactement comme nous. Or c’est faux. L’autre ne fonctionne pas comme nous. Bien sûr, il respire, mange, a les même fonctions physiologiques que nous mais pour ce qui est du fonctionnement de son cerveau et surtout des interactions avec les autres, il fonctionne différemment alors que nous pensons qu’il fonctionne de la même façon.

Ce malentendu est la source et la cause de la plupart des difficultés que nous rencontrons dans notre relation avec l’autre.

Pour revenir au titre, il est un des présupposés de la PNL ( Programmation Neuro Linguistique) « il signifie que ce qu’une personne croit être le monde n’est en réalité que sa représentation personnelle du monde, et non pas la vérité ». C’est quelque chose de simple mais de compliqué à la fois et qui est ignoré de la plupart des personnes. C’est d’autant plus ignoré chez nous en France, que la PNL a été « inventée » et développée par 2 américains, et que cette « technique » n’a pas  eu de véritable débouché en France. La PNL est aussi  souvent vu avec méfiance car souvent associé à des techniques de manipulations marketings.

En tant que médecin, je me suis pendant longtemps interrogé pour comprendre pourquoi quelque chose que je pouvais « prescrire » en tant que médecin, n’était pas suivi par mes patients. Pourquoi dans certain cas, « l’observance » de mes patients était mauvaise.

C’est comme cela que, suivant le conseil d’un confrère psychiatre, qui refusant que je lui adresse une patiente m’a dit : « mais forme toi pour comprendre et tu pourras alors prendre en charge cette patiente sans avoir besoin de moi ». Et c’est ainsi que j’ai suivi une formation complète en PNL. C’est à dire formation en praticien PNL, tout d’abord, puis un peu plus tard comme maître praticien en PNL. Ces appellations peuvent vous faire penser que cela « fleure bon » le charlatanisme et le gourou. Je vous assure, il n’en est rien. C’était une formation très sérieuse basée sur l’enseignement des fondateurs : Richard Brandler et John Gringer.

Toute cette longue introduction pour expliquer combien dans ce « débat » sur le livre de Martin WINCKLER, chacun y va de sa propre interprétation ignorant qu’il exprime « sa carte » sur un « territoire » : le livre « Les brutes en blanc ».

Ce qui m’a donné envie d’écrire ce billet c’est le billet de Christian Lehmann qui lui au moins a lu le livre contrairement à beaucoup qui se sont exprimés.

Je suis suffoqué du nombre de personnes qui ont commenté ce livre, sans l’avoir lu. Qui plus est, quand je pointe ce fait; il en est pour m’affirmer que l’on peut commenter un livre sans l’avoir lu. Pour moi, c’est proprement hallucinant et cela ne l’est pas pour d’autres . Quand je vous écris que « la carte n’est pas le territoire » en voilà un bel exemple.

Pour revenir à l’article de Christian ( j’espère qu’il acceptera cette familiarité car nous avons déjà eu l’occasion d’échanger tous les deux) que j’ai trouvé très bien, vous pourrez remarquer qu’à de très nombreux moments, il emploie le « je ». En effet, quand on dit « je » on exprime ce que l’on pense, ce que l’on ressent, comment on a analysé la chose sur laquelle on s’exprime. Donc il ne devrait pas être question de nier alors ce qui est écrit, de contester quoi que se soit car c’est l’expression de la « carte » de celui qui s’exprime et non l’expression du « territoire ». Avoir une opinion différente de celle ou celui qui s’exprime n’est que l’expression de sa propre « carte » en en aucun cas du « territoire ».

Ainsi quand il écrit que Martin WINCKLER généralise la maltraitance des médecins quand il utilise l’article « LES » ,  il exprime sa lecture du livre, en aucun cas une quelconque « vérité » même si l’orthographe et la grammaire lui donne raison.

De la même façon, quand Matin WINCKLER, dans l’article qu’il publie sur son blog, insiste pour dire qu’il ne généralise pas à l’ensemble des médecins le fait maltraitance même s’il a employé de nombreuses fois, l’article « LES », il exprime sa « carte » de son livre (le territoire).

On ne peut donc contester l’expression de la « carte » de quelqu’un car c’est sa carte et non la notre.Chacun a sa carte, pour « tout et n’importe quoi ». Même quand je vous dit « penser à un chat », vous ne penserez pas au même chat que moi.

Il faut donc avoir bien à l’esprit que dans chaque discussion que nous avons avec « l’autre », chacun de nous s’exprime en fonction de sa « carte ». Si celle-ci est compatible avec la « carte » de l’autre, nous lui dirons sans doute qu’il a raison dans ce qu’il dit, si notre « carte » n’est pas compatible, nous lui dirons qu’il a tord. A aucun moment nous n’envisagerons que nous pouvons avoir raison tous les deux, dans ce dernier cas. Or c’est tout à fait possible.

J’espère que vous avez compris combien ce débat qui s’est « cristallisé » autour du livre de Martin WINCKLER n’est en fin de compte que l’expression, les croyances, la compréhension, l’analyse, en un mot la « carte » de chacun de ceux qui se sont exprimés et dit plus sur eux même que sur le livre « Les brutes en blanc ». En effet, ce livre, exprime la volonté de Martin WINCKLER, comme il l’a dit partout de prendre la défense des patients « maltraités » par des médecins ( pas de généralisation) .

Ce livre exprime la « carte » de Martin WINCKLER et sa volonté de mettre sur la « place publique » la maltraitance du milieu médical. Là dessus, il n’y a pas grand monde pour contester qu’il y a de la maltraitance vis à vis des patients.

Par ailleurs et pour terminer, j’ai compris, grâce à la formation que j’ai suivi, qu’il y a des déterminants dans la communication humaine et qu’en ignorant ces déterminants, on pouvait passer à coté de beaucoup choses.

Et en ignorant, tous ces déterminants, j’ai compris, en tant que médecin, que ma propre communication pouvait être maltraitante même en croyant le contraire.

Pour conclure je ne suis pas d’accord avec  mon confrère qui écrit : « Former les médecins à l’empathie est indispensable, pour les patients, pour eux, pour la société ». Ce n’est pas former à l’empathie qu’il faut former les médecins mais à la compréhension des déterminants de la communication car, pour moi, l’empathie ne peut pas être l’objet de formation, on la possède ou on ne la possède pas.

19 commentaires

  1. La PNL a été de nombreuses fois épinglée par la MIVILUDES. Le Guide « santé » de la MIVILUDES publié en 2012, dans son annexe 1, mentionne la PNL. Elle émet un avertissement ainsi formulé : « ces pratiques de soins ou de bien-être non réglementées et non validées scientifiquement peuvent conduire à des dérives, soit en raison de leur dangerosité propre, soit en raison de l’absence de formations réglementées et/ou validées par des praticiens qui le mettent en œuvre »

    • Je connais la position de la MIVILUDES sur la PNL.

      Mais est-ce l’outil qui est condamnable ou l’utilisation qui en est fait par certain?
      J’ai suivi une formation complète en PNL.
      Ayant connu la formation en PNL, je m’interroge sur la position de la MIVILUDES.
      N’y-a-t-il pas dans cet avis, des biais comme celui de sélection?
      En tout cas, pour ce qui me concerne, je n’y ai vu aucune forme de dérives.
      Mais je ne peux parler que de ma formation.

      Pour ce qui est de la validation scientifique, vous devez savoir comme moi que c’est un sujet difficile et beaucoup de pratiques n’ont pas les bases scientifiques requises sans pour autant être dangereuses ( exemple l’homéopathie).

      Pour compliquer le tout, la validation scientifique est parfois problématique comme en témoigne certains médicaments qui obtiennent l’ AMM et qui malgré cela sont retirés brutalement du marché car dangereux et « frauduleux ».
      Le Médiator est loin d’être unique dans son genre et d’autres médicaments sont aujourd’hui largement recommandés et prescrits sous une validation scientifique « problématique ».

      • La PNL a été testée par des organismes officiels dans le Pays où elle est née avec pragmatisme . Les « études » publiées sur elle ont été analysées.

        https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_%C3%A9tudes_li%C3%A9es_%C3%A0_la_PNL#.C3.89tudes_g.C3.A9n.C3.A9ralement_d.C3.A9favorables

        Par ailleurs, je ne suis pas convaincu par sa « théorie des trois cerveaux » pas davantage que celle de l’Asymétrie cérébrale.

        • Je ne suis pas un spécialiste de la PNL, je suis juste formé.

          Cependant, cette formation m’a apporté beaucoup dans la compréhension de la communication interhumaine.
          C’est l’analyse à partir de cette formation qui me permet d’analyser les réactions concernant le livre de MW où force est de constater qu’il y a beaucoup de réactions opposées dans l’analyse ce qui ne peut qu’interroger.
          Ainsi cela illustre le présupposé de « la carte n’est pas le territoire ».

          Mon propos n’est pas de faire la « promotion » de la PNL ou quoique se soit de ce type mais de souligner l’opposition d’analyse d’une profession sur un livre et ce qu’il apprend.
          Il est surprenant que beaucoup y voit une attaque de la profession médicale alors que le livre dénonce certains comportements de certains des membres de la profession médicale.
          Pourquoi une telle perception opposée?

          • Oui ce livre dénonce les dérives. Il en existe dans toutes les professions. Comment pourrait-il s’attaquer au métier en général ?

            Méthodes alternatives, protocoles non homologués, « techniques de programmation » sans assise ni vérification …

            http://www.ouest-france.fr/sante/maladies/maladie-de-lyme-les-methodes-alternatives-condamnees-en-justice-4679778

            Si des spécialités pharmaceutiques peuvent après examens se montrer dangereuses, qu’en est-il pour des « méthodes » qui ne reposent scientifiquement sur rien, même pas sur un empirisme depuis 35 ans ?

          • La possibilité de savoir si une personne ment par la direction empruntée par ses yeux est une imposture. C’est pourtant toujours grand un argument de vente de la PNL. Elle est censée provenir de l’asymétrie cérébrale qui est une fausseté.

          • Comme je l’écrivais, mon article ne porte pas sur la PNL mais sur la vison des médecins sur le livre de MW.

            L’interprétation du mouvement des yeux ne peut pas « résumer » à lui seul la PNL.
            C’est comme si vous résumiez la médecine à la prescription homéopathique et que vous en tiriez une conclusion « définitive ».

          • Journal international de Médecine Publié le 03/11/2015 (extraits) :

            L’ésotérisme dans les facultés de médecine… et le silence des ministères concernés

            La Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (MIVILUDES) n’a cessé de rappeler dans ses derniers rapports à quel point la santé représentait un secteur à risque. La vulnérabilité des patients les expose en effet peut-être plus encore que les citoyens non malades à la tentation de suivre certains préceptes dangereux et sectaires. Cet enrôlement peut avoir des conséquences néfastes non seulement pour la vie sociale et financière des victimes, mais également pour leur santé physique, si la poursuite des traitements conventionnels est discutée par les « gourous » et autres charlatans.

            Thèses de fasciathérapie […]

            Se soigner grâce aux mouvements des yeux : mon œil !

            Deux ans plus tard, cette recommandation n’a pas été suivie et il demeure assez facile d’accéder à des formations plus que fantaisistes moyennant finance dans plusieurs universités françaises. Dans sa dernière édition, le Canard Enchaîné propose ainsi un florilège de ces « diplômes » : à Metz on se familiarise avec une technique censée « soigner » les traumatismes enfouis grâce aux mouvements des yeux, tandis qu’à Lyon-I la gestalt-thérapie est librement enseignée. Plusieurs universités proposent par ailleurs de s’initier à la méditation de pleine conscience ou encore à la « programmation neurolinguistique ». Si les universités n’hésitent pas à intégrer ces disciplines plus que discutables dans leur panel, c’est d’une part parce qu’elles font face à une demande croissante, mais aussi parce que ces diplômes payants leur permettent souvent de trouver de nouvelles ressources, à l’heure où l’indépendance renforcée des universités crée certaines difficultés.

            Ministres aux abonnés absents.

            Dans le sillage de la Miviludes ou des sénateurs et face aux dangers que représentent une telle « officialisation » de disciplines nullement scientifiques et potentiellement néfastes pour les patients, l’alerte avait été lancée par plusieurs grands noms de la médecine, dont le président de la commission médicale de l’AP-HP et un ancien doyen de la faculté de médecine de Necker, qui avaient trouvé dans le président de la Ligue des droits de l’homme, le Prix Nobel de Chimie Jean-Marie Lehn ou le président de la Ligue contre le cancer des porte-paroles très solides. Le Canard Enchaîné indique que ces derniers ont ainsi adressé une lettre aux ministères de la Santé et de l’Education nationale pour les inciter à une vigilance renforcée sur le sujet. Aucune réponse ne leur a été adressée ni en mars, ni en mai lorsqu’avant de quitter la présidence de la Ligue, Pierre Tartakowsky a souhaité lancé une piqûre de rappel. Quelques 90 diplômes universitaires devraient disparaître selon les signataires de cet appel, demeuré jusqu’à aujourd’hui lettre morte (notamment parce qu’ils n’ont été l’objet d’aucune évaluation nationale). Reste à savoir si les ministères concernés accepteront enfin de se pencher sur ce dossier dont ils ne paraissent pas pour l’heure avoir mesuré l’importance.

            Aurélie Haroche

          • Je suis stupéfait de la teneur de quelques commentaires sur mon article à propos du livre de Martin Winckler et les réactions de la profession.

            J’ai beau expliquer que le sujet de cet article est le livre de Martin Wincker et que « la carte n’est pas le territoire » n’est qu’un présupposé de la PNL qui permet de réfléchir aux réactions de ce livre ; rien n’y fait.

            Je m’interroge sur les motivations des commentateurs qui rappellent encore et encore, l’avis des experts ayant statués sur la PNL et ses dérives.
            J’ai beau expliquer que j’utilise un outil de la PNL, mais rien n’y fait, les commentaires expliquent combien la PNL a été analysée comme « dangereuse ».

            Je sais ce que j’ai appris. Je sais que la PNL m’a beaucoup appris sur la compréhension de la communication entre humain.
            Pour votre information, j’ai peu apprécié certains outils que je qualifiais de « music-hall » ce qui avait le don d’irriter mon formateur .
            Mais mon expérience, ce que j’ai appris, mon sens critique ne me fait pas jeter « le bébé avec l’eau du bain ».
            Car si en effet, il existe des dérives condamnables qui ont utilisé semble-t-il des outils de la PNL dans des buts peu avouables, faut-il pour autant jeter l’outil ?
            Condamne-t-on ainsi la vente de marteaux sous prétexte que certains ont été utilisés comme armes et ont servi à tuer ?

            Par ailleurs, ceux qui commentent, ont-ils une expérience, une connaissance du sujet approfondie, ou se contentent ils de rapporter des avis d’autorités ?
            Des reproches sont fait à la PNL sur son manque de « preuves scientifiques ».
            Je ne conteste pas cela, mais utiliser pour la critiquer des avis d’autorités ( convoquant même des prix Nobel) quand on sait que l’avis d’autorité est le niveau le plus faible de preuves, cela m’interroge.

            L’article de Wikipédia ( https://fr.wikipedia.org/wiki/Programmation_neuro-linguistique ) écrit ceci dans son introduction :
            « En psychologie, la Programmation neuro-linguistique (abrégée « PNL » en français, et « NLP » en anglaisNote 1) est « une méthodologie qui permet d’agir sur les comportements au moyen du langage », élaborée par le mathématicien Richard Bandler et le linguiste John Grinder dans les années 1970 aux États-Unis2. Plus précisément, c’est « une pratique et un modèle psychothérapeutique qui trouve son origine dans la formalisation de pratiques communicationnelles et cliniques de certains thérapeutes d’exception »3, parce que la PNL tente de modéliser les stratégies de réussite d’experts reconnus afin de les transférer à d’autres personnes2. »

            C’est une méthode qui est centrée sur l’expérience et non la théorie.
            C’est une méthode pragmatique qui étudie, modélise et reproduit ce qui « marche ».

            La PNL est sujet à controverse, je ne le nie pas.

            Alors, qu’est-ce qui pousse tous ces commentateurs à répéter sans cesse certains avis et analyses ?
            En quoi est-ce important pour tous ces commentateurs d’écrire ce qu’ils écrivent alors que le sujet de mon article n’est pas la PNL ?

          • medecine fondée sur des preuves

            Le plus grand risque c’est de croire qu’il n’y en a pas à utiliser la PNL et de devenir ce que est écrit dans ce livre.

          • Intéressante votre « carte »

  2. Dr. Ivana Fulli

    Il est important de ne pas confondre les relations inter-personnelles et la portée sociale des actions des démagogues manichéens qui mentent effrontément sur la réalité des choses pour vendre un discours simpliste avec une cible sociale facile et, ici, Platon peut nous éclairer bien plus qu’une technique de gestion des relations inter-personnelles: Quand disparaissent les valeurs de respect dans une démocratie, les démagogues en profitent et préparent le temps où la démocratie cède à la dictature. Pour notre médecine, la dictature pourrait être celle des administratifs et du gouvernement ou celle de l’argent avec une médecine indigente pour les pauvres et les classes moyennes complètement séparée de celle pour les très riches. Un bon modèle de cette dernière hypothèse est celle du système judiciaire français où pauvres et classes moyennes ne sont pas traités par le système judiciaire aussi bien que els très riches. Il faut lire un travail des sociologues du Collectif Onze « Au tribunal des Couples ». Voilà un livre que je vous recommande d’acheter et un travail qui mérite d’être encouragé et diffusé. Il faudra lire aussi le travail de deux sociologues qui ont suivi attentivement l’intégralité du procès Cahuzac:

    http://www.francetvinfo.fr/politique/affaire/cahuzac/proces-cahuzac-il-y-a-un-decalage-entre-le-discours-du-parquet-et-ses-requisitions-regrette-monique-pincon-charlot_1825015.html

    Les propos publics réitérés du Dr Marc Zaffran alias Martin Winckler sont dangereux et auront bien davantage d’audience que son livre qui sera bien moins lu que les fort nombreux articles de journaux que ses outrances lui ont valu.
    Seul un biais cognitif en faveur de ce démagogue manichéen socialement très dangereux peut, à mon sens, expliquer l’exigence de lire son livre pour commenter ses accusations publiques aussi manichéennes que manquant du courage de s’attaquer à la complexité de la violence médicale et de celui de s’attaquer au fonctionnement moralement déplorable des conseils de l’ordre des médecins français que notre magistrature se garde bien de sanctionner y compris and els preuve de complicité avec un violeur abondent comme dans le cas du Dr André Hazout, un violeur condamné à 8 ans de prison après avoir été protégé et donc encouragé pendant 20 ans par des élus du conseil de cet ordre.
    Le Dr Lehmann exprime, dans un billet de blog que vous citez, sa souffrance de militant trahi par le Dr Martin Winckler et désire se désolidariser de cet auteur. Je compatis avec la colère de ce confrère -fort sympathique et portant fort beau pour son âge- mais ces informations n’ont d’intérêt que dans un cercle restreint. Des notions historiques sur leur militance passée sont de la petite histoire, contrairement à la dangerosité de ce démagogue, dans ce qui est en train de se jouer dans l’organisation des soins en France.
    Les extraits du livre du Dr Zaffran, cités par le Dr Lehmann indiquent aussi que le Dr Marc Zaffran prétendrait avoir été un clinicien exceptionnel diagnostiquant les méningites sur des signes frustes alors qu’il écrirait des âneries en matière de pression artérielle. Psychiatre, je n’en serais pas surprise mais je n’avais pas besoin de ces extraits, cités par le Dr CL, pour savoir que le Marc Zaffran manque autant de modestie que de probité intellectuelle. (J’utilise le conditionnel par habitude pour indiquer que je n’ai pas lu le livre sans mettre en doute l’authenticité des extraits choisi par le Dr CL.)
    Qu’importent les vantardises du Dr Marc Zaffran usurpant des qualités d’ expert en pression artérielle et de clinicien incomparable en matière de diagnostic de méningite comparées à la dangerosité de ses mensonges éhontés dont celui selon lequel les médecins français seraient maltraitants parce que bourgeois et formés dans la violence tandis que les infirmières et sage-femmes seraient bienveillantes parce que prolétaires ?
    La réalité des choses en France est que de nombreux infirmiers et aide-soignants sont maltraitants et que les sages-femmes, s’il en est de remarquables ne sont pas toutes des modèles d’empathie incapables d’imposer aux femmes des gestes inutiles et douloureux (épisiotomie systématique), de les traiter avec violence durant un accouchement difficile ou lors de la découverte d’une anomalie morphologique de l’enfant nouveau-né.
    Personnellement, c’est parce que je ne me sentais pas de taille à lutter contre la maltraitance habituelle de certains infirmiers, surveillantes et aides-soignants que j’avais renoncé à l’idée de travailler à mi-temps comme psychiatre dans un hôpital non universitaire quand j’élevais mes enfants et je plains grandement leurs collègues doués d’empathie et d’ardeur au travail.
    Un reportage télévisé autour de 2009 avait montré une infirmière de l’hôpital Ste Anne se disputant avec une patiente qui s’était habillée sous son pyjama pour aller fumer dans la cour du service en raison du froid après qu’un de ses confrères ou collaborateurs ait envenimé la discussion avec brutalité. La patiente finissait sous contention (attachée sur son lit par des sangles aux poignets et chevilles )- filmée- avec injection de neuroleptiques décidés par l’infirmière expliquant doctement à l’autre soignant que la patiente aurait été « dissociée ». La frustration de cette patiente contrainte à souffrir du froid pour fumer ou se passer de fumer n’était en rien de la dissociation de mon avis de psychiatre, les propos de la malade- engagée par les soignants dans une escalade de violence verbale-étaient cohérents mais sa réaction adaptée à l’exigence de subir la morsure du froid si elle voulait fumer, se heurta à la toute puissance et à l’absence d’empathie d’une infirmière et de son assistant ….
    Plus récemment, une journée d’éthique à la Cité des Sciences comportait deux acteurs lisant des lettres poignantes de patients maltraités dont l’un se plaignait du fait que les infirmiers et aides-soignants le privait d’hygiène en le privant notamment de tout morceau de savon pendant des jours. Un chef de service de psychiatrie des hôpitaux de Marseille-dont j’ai conservé la carte de visite- se plaignit lors de cette journée des infirmiers de son service échangeant des insultes avec les patients et du fait qu’un infirmier-protégé par les syndicats quand elle aurait voulu le faire sanctionner- se serait vengé, en sa présence, des coups reçus d’un malade agité mis sous contention en assénant des coups de pied au malade sans défense. Un interne en psychiatrie de Lille confirmait avoir assisté à des scènes identiques.

    Je suis donc infiniment reconnaissante à une infirmière signant « Aseptie » de m’avoir répondu, dans les commentaires sur un autre blog :
    « La violence est tellement plus complexe que tout ce que Martin Winckler pourrait en dire du début à la fin de sa carrière. La violence, la maltraitance, peut importe sa forme, petite et ordinaire dans l’immense majorité des cas, je l’ai plus souvent vue du côté des aides-soignants et des infirmiers que du côté des médecins. Après, elle est à remettre dans son contexte. Etrangement, celle que j’ai croisée le plus souvent se jouait dans l’un des hôpitaux de france où les soignants se suicident le plus.

    A méditer… »
    https://littherapeute.wordpress.com/2016/10/06/le-syndrome-de-susceptibilite-inappropriee/

    NB: Il est certain que les infirmiers font en psychiatrie un métier dangereux et prenant des coups et ne sont pas les seuls à être possiblement maltraitants en matière de contention. Certains médecins en abusent aussi comme d’aitres abusent des prescriptions de neuroleptiques ou d’ antidépresseurs.
    Hier soir, à la mairie du 75004 Paris, se tenait un débat public sur la contention en psychiatrie en présence de Mme Adeline Hazan, notre remarquable contrôleure des lieux de privation de libertés qui questionna le fait que les scandales qu’elle a eu à connaître en matière de contention et mise à l’isolement -et qui ont amenés son rapport et une modification de la loi imposant que la contention comme une décision uniquement médicale impérativement indiquée dans un registre- n’avaient été dénoncés par aucun médecin…
    Elle a aussi dit que depuis que les médecins sont devenus légalement responsables des contentions, certains lui adresseraient maintenant, quelquefois, des signalements.
    Mon avis, est qu’il aurait fallu beaucoup de témérité pour dénoncer au conseil de l’ordre des médecins les agissements, contraires à la déontologie, des confrères qui laissent les infirmiers et aides-soignants maltraiter les malades.
    Je suis arrivée en 2008 à la conclusion que le seul vrai courage pour un médecin français en matière de maltraitance de patients est de la dénoncer très précisément et d’en dénoncer nominalement les auteurs comme le fit cette courageuse psychiatre marseillaise. Ce courage de se colter avec les syndicats défendant l’indéfendable chez les infirmiers et aides-soigants ou avec le conseil de l’ordre des médecins défendant l’indéfendable chez une minorité de médecins est à l’opposé de la démagogie d’un Dr. Marc Saffran alias Martin Winkler qui couvre d’insultes toute une profession médicale qui souffre déjà beaucoup de la violence et des exigences de certains patients tandis que la minorité de médecins dangereux est encouragée par les conseils de l’ordre des médecins dont une réforme serait urgente.

    • Il semble que l’espace commentaire de blogs comme le mien mais aussi d’autres dont vous mettez les liens, soit pour vous un espace d’espression.

      Il est vrai que l’espace commentaires est un espace d’expression, mais uniquement pour rester dans le cadre du billet. Merci de ne pas l’oublier.

      Vous faite ici une démonstration époustouflante de ce qui est votre carte.

      Je crois qu’il serait bon que vous ouvriez votre propre blog pour pouvoir vous y exprimer librement car vos commentaires ici sont souvent redondants et pas toujours très pertinents.

      D’avance je vous remercie

      • Dr. Ivana Fulli

        Message bien reçu et je ne vous proposerai plus aucun commentaire.
        Merci du conseil mais ne suis pas assez souvent intéressée par des sujets « médicaux grands publics » pour tenir un blog médical en français et je vous accorde que gérer les commentaires est pénible.
        PS: Je ne m’inquiète pas outre mesure pour vos patients car je connais des psychanalystes et des homéopathes tout à fait compétents et fiables n’ utilisant exclusivement que les théories et méthodes de leur école thérapeutique pour analyser la politique, les arts et tout le bazar de la vie…
        Bonne continuation aussi dans votre admiration indefectible pour le Dr Marc Zaffran.

  3. Merci pour ces pistes de réflexion très interessante. Je ne me risquerai pas a commenter les propos de M Winkler car ne n’ai pas encore lu son livre mais j’avoue être souvent proche de lui dans ses analyses de ce qui se joue entre les médecins et les patients, souvent. Je pense ici au livre de Paul Watzlawick qui m’avait beaucoup fait réfléchir  » la réalité de la réalité » ou comment le monde est vu a travers nos prismes et comment ces dernièrs sont des influences très diverses  » De toutes les illusions, la plus périlleuse consiste à penser qu’il n’existe qu’une seule réalité. En fait, ce qui existe, ce sont différentes versions de la réalité, dont certaines peuvent être contradictoires, et qui sont toutes l’effet de la communication et non le reflet de vérités objectives et éternelles.  » Je dis souvent a mes internes qu’il est important de savoir si on est en phase avec le patient , si on parle bien de la même chose, si le  » virus  » dont on lui parle à la même signification dans sa test que dans la notre par exemple. Ce qui implique d’avoir une posture centrée sur le patient et donc empreinte d’empathie. On peut être emphatique spontanément parce que comme dit plus haut on l’a appris par infusion dans un milieux familial et social favorable , et les soignants le sont souvent à l’orée de leurs études. IL y a malheureusement de nombreuses études qui montrent comment le passage de l’externat  » désintègre » cette capacité au fil du temps.Je pense moi aussi qu’on peu travailler cette posture en apprenant a explorer les perspectives du patient et à essayer de comprendre ce qu’il vit. Cela passe aussi par des habiletés communicationnelles , bien étudiées par Kurtz et Silverman (Cf  » outils et stratégies pour communiquer avec le patient ») qui sont un peu différentes de celles des politiques et visiteurs médicaux. En tout cas cette image de carte et de territoire me parle bien.
    Cordialement
    LVB

    • Je suis ravi de vous voir citer Paul Watzlawick.

      Son nom devrait prendre une place dans mon billet mais au final, je ne l’ai pas cité.
      Je suis donc content que vous le fassiez à ma place.
      Pour ma part c’est son livre, « l’invention de la réalité » qui m’a marqué.

  4. Je ne reviendrais pas sur l’empathie, j’ai détaillé dans un billet en quoi l’empathie pouvait s’apprendre. Ce qui me pose problème dans ce billet, dont je partage tout de même la teneur générale, est l’amalgame entre communication et relation. La communication est un outil, elle permet de mieux transmettre ses idées, de convaincre l’autre, voire, comme dit dans le billet de le manipuler. Un médecin, un politique, un visiteur médical, un avocat utilisent les mêmes outils de communication. Par contre la relation qui donne le cadre de la communication est plus vaste. Comme l’a dit docdu16 l’analyse freudienne participe à la meilleur compréhension de la relation. Elle n’en est pas la seul analyse ( je ne suis pas plus freudien que docdu16). En terme de relation de soins, il est impossible de ne pas citer l’approche rogérienne, mais aussi l’analyse transactionnelle d’Eric Berne.

  5. Bonsoir,
    Très intéressant.
    Tout médecin généraliste sait que la personne qui est en face, de l’autre côté du bureau ou allongé sur le lit d’examen, ne pense pas de la même manière que le médecin.
    Malheureusement je pense qu’il manque un point essentiel dans ton billet : l’analyse freudienne. Je ne suis pas freudien et je ne pense pas que la thérapie analytique soit une bonne chose mais je pense que Freud a développé une théorie qu’il est impossible d’ignorer. Ceux qui pensent qu’il est un charlatan ne l’ont pas lu (comme d’ailleurs ceux qui pensent qu’il est un génie) mais il est difficile de ne pas l’intégrer dans une relation thérapeutique. Car, et sans entrer dans de l’analyse à distance, hors sol et hors malade, il est tentant de faire un diagnostic sur le cas Winckler. Je ne le fais pas par discrétion mais c’est d’autant plus important que lui-même se réfère sans la nommer à la psychanalyse. Notamment dans sa série d’articles où il évoque non pas les brutes mais les pervers (cf. L’école des soignants).
    Par ailleurs je ne suis pas certain que l’empathie ne s’apprenne pas. L’empathie s’apprend quand on est enfant avec ses parents, à l’école, chez la boulangère ou ailleurs et peut s’apprendre à la faculté.
    Bonne nuit.

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