Quelle la définition de maltraitance ?

D’après Larousse il s’agit de mauvais traitement au profit d’une catégorie de personnes.

Par ailleurs, j’entends par « monde médical » l’ensemble des acteurs de la médecine en France : les autorités sanitaires, le monde du soin médical : hôpitaux, médecins quelque soit leurs statuts, instance ordinale médicale etc.

Ceci étant posé, pourquoi cette question ?

Tout d’abord, le dépistage du sein par mammographie.

Sous l’égide de l’ Institut National du Cancer ( INCA) , une concertation citoyenne et scientifique a été lancé le premier semestre 2016. Le but affiché : Améliorer le dépistage du cancer du sein. Vous trouverez sur ce site, le rapport final ( 166 pages).

Ce rapport est important. C’est la première fois, en France qu’un document émanant des autorités sanitaires ( ici l’ INCA) fait état de la « controverse » sur l’intérêt de la mammographie de dépistage et propose l’arrêt de la mammographie de dépistage.

Certains médias se sont fait l’écho de la teneur de ce rapport.

Qu’en est-il de la communication des autorités et en premier lieu , l’ INCA? Vous pouvez chercher sur son site , pas un mot. A croire que ce rapport n’a jamais existé.

Pourtant le président de l’ INCA : Norbert IFRA, s’est fendu d’une lettre à la ministre de la santé, à propos de ce rapport. Une synthèse pour la ministre en quelque sorte. Ce courrier n’est référencé nulle part, vous trouverez ce texte malgré tout sur le site du Dr Dominique Dupagne. Pourquoi tant de discrétion ? Il suffit de lire cette lettre et de la mettre en perspective avec les conclusions du rapport. Cette lettre dit exactement le contraire que ce qui est écrit dans le rapport. C’est à ce point troublant que le Formindep publie un article où il s’interroge sur le fait que ce que dit la concertation citoyenne et scientifique va sans doute être enterré et les autorités vont faire le contraire de ce qui est conseillé dans le rapport.

D’autres comme Que-Choisir s’interroge également.

La mammographie de dépistage maltraite les femmes, c’est le message de beaucoup d’études scientifiques indépendantes : combien de femmes ont été traitées par ablation d’un sein, radiothérapie et chimiothérapie, après un dépistage positif, et cela pour rien ?

Pourtant le président de l’ INCA, persiste et signe : continuons le dépistage organisé. N’est-ce pas alors de la maltraitance ?

Deuxième point le livre de Martin Winckler :  » Les brutes en blanc ».

Ce livre secoue la toile depuis quelques jours . Vous pouvez lire ici et, deux points de vue dans les plus « modérés ».

Pour ce qui est du point de vue d’une « non médecin », vous pouvez lire ceci.

Je ne vais pas moi même rentrer dans le débat, mais ce livre pointe du doigt à quel point certains médecins ( ne pas généraliser !!) peuvent être maltraitants et cela en toute impunité.

Ce livre dit « tout haut » ce que beaucoup d’entre nous savons sans pouvoir le dénoncer.

Pourquoi, tant de médecins s’offusquent-ils de ce livre ? Parce qu’ils se sentent attaqués dans leur profession? C’est ce que l’on appelle du corporatisme. C’est toujours mal vécu à l’extérieur, et rend souvent mal à l’aise à l’intérieur.

Quand j’aurai l’occasion de lire ce livre, je viendrai en parler. Pour l’heure, ce que son titre dit, c’est qu’il existe des médecins maltraitants. Tout le monde le sait. Pourquoi alors de telles réactions? Car c’est douloureux de le lire quand on est médecin soit même? Sans aucun doute car être soignant c’est l’antithèse d’être maltraitant, et pourtant !

Troisième point : le Conseil de L’Ordre des Médecins.

Sans être lui-même maltraitant, le Conseil de l’Ordre des médecins est le « complice » passif et parfois actif de nombre de médecins maltraitants. Une consœur en parle dans un commentaire d’un article cité plus haut .

Par contre, ce conseil se permet de critiquer le livre de Martin WINCKER . Je m’attends même à ce qu’une plainte soit portée contre lui .

Que fait le Conseil de l’Ordre des médecins devant les suicides d’internes en médecine, d’un professeur hospitalier ( sans oublier tous les personnels soignants) ? Il sait pourtant que la cause est la maltraitance des personnels, souvent par le fait d’éminents professeurs.

Que fait le conseil de l’Ordre des Médecins pour faire cesser les maltraitances vis à vis des patients(es)? La réponse va être : il attend une plainte. Or ne sait-il pas que ces violences sont le plus souvent cachées, sous estimées, niées?

Que ne se saisit-il pas du problème au lieu de pointer du doigt un médecin qui ose dénoncer ces « ignominies » ?

Ici et là, certains internautes pointent du doigt le corporatisme médical et l’omerta qui règne. En tant que médecin, je témoigne qu’il nous est impossible de dénoncer un confrère même quand celui-ci commet des actes « abjects ». Ceux qui s’en sont risqués ont été sanctionnés et le « maltraitant » a pu continuer à exercer tranquillement.

Il faut que la justice soit saisie pour qu’un médecin soit sanctionné. La justice ordinale elle, ne fait rien si ce n’est sanctionner pour des délits d’opinion.  Ou alors un médecin du travail qui veut protéger un salarié. Là ils sont très forts.

Le Conseil de l’Ordre des Médecins est donc une instance complice de maltraitance.

Voilà, 3 éléments factuels qui répondent à la question que je posais en titre :

OUI le monde médical français est pour une part maltraitant, alors qu’il ne devrait jamais l’être.

Cela peut-il changer?

Que faire ? Dénoncer les pratiques maltraitantes jusqu’à que les choses changent et non se plaindre comme le Conseil de l’Ordre des Médecins de ceux qui le font.

On peut ainsi espérer de l’avenir.

 

3 commentaires

  1. Dr. Ivana Fulli

    Votre louable conclusion appelle deux questions :

    Les médecins français étant les seuls à élire les membres des conseils de l’ordre dont ls dirigeants reçoivent de copieuses indemnités grace aux cotisations ordinales obligatoires. Comment, dans ces conditions, exonérer moralement les médecins parisiens qui ont réélu -ou permis la réélection au conseil parisien en ne votant pas- des responsables de cette protection du violeur en série Dr. André Hazout allant jusqu’à faire subir au courageux Dr Hervé Poitevin un conseil de discipline lui infligeant un blâme pour « atteinte à la présomption d’innocence du Dr Hazout tandis que la cour administrative d’appel condamna le conseil de l’ordre parisien pour son refus de transmettre au conseil régional une plainte de patiente qui aurait du valoir au Dr Hazout un conseil de discipline ?

    http://www.atlantico.fr/decryptage/comment-conseil-ordre-medecins-protegea-gynecologue-qui-violait-patientes-rene-chiche-722846.html

    Comment justifier que les médecins français aient su se mobiliser en 2012 avec succès contre le virage à 180 ° de l’ordre national des médecins qui, suite à l’élection du président Hollande, se réunit en luxueux séminaire au Sofitel de Biarritz pour décider que le conseil de l’ordre était soudainement devenu favorable à la suppression de la liberté de lieu d’installation des médecins et à un encadrement strict des honoraires de secteur 2 alors qu’il est impossible de le mobiliser pour que cessent des comportements scandaleux envers des patients subissant représailles et intimidation du fait du conseil de l’ordre des médecins pour protéger des médecins délinquants ?

    http://www.jim.fr/pharmacien/actualites/pro_societe/e-docs/en_pronant_la_contrainte_lordre_a_cree_le_desordre_en_son_sein__132571/document_actu_pro.phtml?reagir=1

    NB: L’ami de 30 ans du président Sarkosy, élu de la municipalité de Neuilly, radiologue à Neuilly exerçant en secteur 2 et président du conseil de l’ordre des médecins, le Dr. Michel Legmann ne resta cependant pas président du conseil de l’ordre malgré ce bel effort pour s’attirer les bonnes graces du président Hollande et fut remplacé peu de semaines plus tard par un socialiste de 30 ans et généraliste dans le 93 mais le » bon 93″ et exerçant en secteur 2, le Dr. Patrick Boué qui, peu après s’entretenait avec le président Hollande en refusant de communiquer la teneur de cet entretien à ses électeurs médecins d’après la Quotidien du Médecin de l’époque.

    J’avais dit au président Boué, lors d’une réunion organisée par Décision Santé, que je ne savais pas encore s’il allait ou non être le Gorbatchev du conseil de l’ordre des médecins. La réaction du conseil de l’ordre au livre « les brutes en blanc » -en résumé la politique de l’autruche niant de facto et la minorité de médecins au comportement inacceptable et l’existence de toute agressivité de certains patients et d’une partie de l’opinion publique contre les médecins en France, me laisse craindre qu’il ne faille plus l’espérer trop…

    • Le conseil de l’ordre des médecins est une instances qui participe à ce que rien ne change.
      C’est une institution qui protège, les notables quelques soient leurs comportements.
      Je subis chaque année, la nécessité de la cotisation pour exercer. Là aussi que penser de cette obligation alors que nous passons de nombreux diplômes très sélectifs pour exercer en France en tant que médecin.
      Je souhaiterai que cette instance disparaisse et adhère à la volonté de Mitterrand dans son programme de 2001 mais qu’il n’a pas mis en œuvre.
      Mais il semble qu’il n’y ait pas beaucoup de monde pour militer contre la disparition du conseil de l’ordre.
      Petite anecdote locale : un médecin condamné il a 20 ans pour escroquerie à la CMU a été élu à la chambre disciplinaire de l’ordre. Je m’en suis ému. Il m’a été répondu, sans nier ces faits, qu’il n’y avait jamais eu de plainte ordinale !!!

      • Dr. Ivana Fulli

        La réponse qui vous a été faite est celle d’un margoulin pas d’un élu responsable du respect de la déontologie médicale. Je n’en suis pas surprise.
        Je ne souhaite cependant pas que les conseils de l’ordre disparaissent car ce souhait me semble irréaliste mais je souhaite que la justice pénale cesse de refuser de condamner les élus ordinaux délinquants et que leur fonctionnement soit modernisé et démocratisé par nos élus députés et par les sénateurs.
        Je souhaiterais que cesse le financement de cet ordre par les médecins en espérant que cela amène une diminution de la gabegie. Par exemples, un secrétaire général national m’avait écrit sur un désuet papier filigrané qui coute une fortune et un rapport de l’IGAS de 2007 avait épinglé le conseil départemental de Paris pour avoir payé 15 000 € -un rapport statistique au fils du trésorier de l’ordre parisien, qui n’était pas statisticien! Une juriste salariée avait été remplacée-sans motifs valables selon les inspecteurs de l’IGAS-par des émoluments faramineux à croissance exponentielle à deux avocates publicistes payées au long cours d’un montant d’environ 200 000 € par an pour un service dont l’utilité échappait à l’IGAS…
        L’amateurisme dictatorial de confrères prétendant vérifier les stages hospitaliers alors que c’est le devoir des unib-versités qui remettent le diplôme fut aussi épinglé.

        http://www.ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/rapports-publics/074000688.pdf

        Rien n’a changé car, par exemple en 2014, trois avocates ont été payées pendant les 3 semaines du procès Hazout ainsi que pour leur préparation de ce procès pour finalement réussir, in extremis, le dernier jour du procès, à autoriser l’ordre à se porter partie civile et l’ordre-complice actif du Dr Hazout et sanctionné par la cour administrative d’appel fut une partie civile ne demandant pas un seul € de dommages et intérêt au Dr Hazout et aucun € pour les frais d’avocat…

        En attendant une réforme, les médecins français de bonne volonté pourraient consentir l’effort de ne pas voter durant des décennies pour les mêmes « élus à vie d’Europe du Sud » et pour les listes qui contiennent des confrères indélicats- niles laisser élire en ne votant pas.

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