Il ne faut pas confondre prévention et dépistage.

Pourtant, beaucoup d’articles, vous présente le dépistage comme une prévention. Juste un exemple trouvé sur le net : Préserver votre santé : dépistages et action de prévention pour tous.

Cet article est assez caricatural car il fait un amalgame de choses aussi différentes que le dépistage du cancer du sein, la vaccination anti-grippale et l’arrêt du tabac.

La prévention est une mesure qui permet d’éviter la survenue d’un événement médical. Faire du sport permet d’avoir une action préventive sur les événements cardio-vasculaire, le cancer, les infections.

Un dépistage, est la recherche de quelque chose qui existe déjà : présence du virus du sida, de lésions cancéreuses, de tuméfactions « infra-cliniques » ( qui n’a aucune traduction si on ne la cherche pas).

Autant, toute prévention est à valoriser car apporte des bénéfices certains sans véritables risques, autant les dépistages sont loin d’être tous utiles.

Le dépistage du cancer du col de l’utérus par frottis cervico-vaginal, a fait la preuve de son efficacité et de son utilité et certains sites officiels s’en font l’écho. Par contre d’autres, pourtant relevant des autorités sanitaires mettent sur le même plan un dépistage d’un intérêt certain avec une vaccination qui aujourd’hui n’a aucune preuve d’efficacité. Sans entrer dans le détail, on ne saura si le vaccin HPV est vraiment efficace dans la prévention du cancer du col de l’utérus, au mieux que dans quelques années seulement.triste mais juste. Banksy

Réponses

Simples mais fausses                                            Complexes mais justes

Par ailleurs, il est maintenant bien connu ( sauf pour les urologues et nombres de médecins) que le dépistage du cancer de la prostate est plus « dangereux » qu’utile.

De la même façon, de plus en plus de doutes se font jours sur l’intérêt du dépistage du cancer du sein par mammographie, malgré le battage médiatique fait autour d’Octobre Rose.

Aujourd’hui, des campagnes pour le dépistages du cancer colo-rectal apparaissent affirmant sans véritable preuve, l’efficacité et l’intérêt démontrés de ce dépistage.

Pour une vision assez similaire lire l’article de Jaddo :Et mes fesses, elles sont roses, mes fesses ?

Tous les dépistages sont valorisés au point que beaucoup de patients viennent réclamer à leur médecin un bilan sanguin annuel pour « voir si par hasard ils ne sont pas malades sans le savoir ». Dr Knock qui faisait tant sourire, est devenu une réalité. Les patients viennent d’autant plus facilement réclamer ces « dépistages » que toutes les caisses d’assurance maladie comme par exemple celle de Haute-Garonne, en font la promotion.

Vous remarquerez avec ce lien, que ce qui est utile ( contrôle dentaire ou visuel) est mis sur le même plan que ce qui n’a pas d’intérêt comme le bilan sanguin ou l’ECG de repos qui tous deux sont des examens diagnostics mais en aucun cas n’ont prouvé un intérêt préventif.

Mais l’exercice de la médecine est ainsi en 2016 : tous les dépistages, quels qu’ils soient sont mis en avant, au mépris de leurs intérêts réels.

Quand, vous, médecin, vous avez fait l’effort de faire la part des choses, vous ne pouvez vous trouvez qu’en décalage avec la « doxa » officielle.

C’est dans cette position intenable que je me suis trouvé.

Comment moi simple médecin, pouvais-je tenir un discours opposé à nombre de positions officielles et d’affirmations péremptoires de « grands professeurs de médecine » reçus sur tous les plateaux de télévision. Qui se soucie alors des faits quand tant de publicité est faite autour de « produits de santé » dont les preuves d’intérêts sont au mieux faibles et au pire inexistantes ?

Un jour, je n’en pouvais plus de passer plus de temps à expliquer à mes patients qu’ils ne doivent pas suivre les conseils entendus dans les médias que de soigner au mieux des connaissances actuelles de la science ces même patients.

Je n’en pouvais plus d’être « agressé » par mes confrères qui eux suivent la « doxa ». Je n’en pouvais plus de subir professionnellement les conséquences du fait de vouloir soigner les gens au mieux.

C’est une raison de plus pour laquelle j’ai laissé tomber le soin: je n’en pouvais plus d’être « hors norme ». J’ai donc jeté l’éponge et ai quitté la médecine de soins. Quelque part, je l’ai fait pour me préserver et aussi parce que j’ai pu le faire, même si cela n’a pas été facile. Je crois qu’un certain nombre de médecins de ma génération font la même chose.

Je ne suis pas optimiste pour l’avenir. Cependant, je pense que les choses peuvent changer si les patients prennent conscience de ces dérives. C’est loin d’être le cas de tous aujourd’hui. Mais il est clair que certains reprennent leur santé en main.

Beaucoup suivent encore les « sirènes » des bienfaits des dépistages. Ils les suivent d’autant mieux que l’argument de la peur est couramment utilisé par ceux qui défendent les dépistages « de tout crin ». Or si chacun sait que la peur n’est pas l’alliée de la réflexion, peu ont les moyens de lutter contre.

Il ne faut pas non plus méconnaître que la « folie » des dépistages permet de « rendre malade » des bien-portants ou du moins de médicaliser la vie humaine en dehors de toute maladie qui s’exprime.

En faisant la promotion du dépistage, le médecin ne soigne plus, ne voit plus le résultat de son activité médicale. Il perd son ancrage dans le réel pour être complètement dans le virtuel, dans les chiffres, dans les statistiques qui peuvent être instrumentalisées par les autorités sanitaires comme le montre l’excellent dernier article du Formindep : Cancer, des chiffres et des hommes. Comment puis-je alors, simple médecin de base lutter contre la désinformation organisée par rien de moins que nos autorités sanitaires?

5 commentaires

  1. Un sénior en bonne santé est un sénior qui n’a pas fait tous les dépistages

  2. Je confirme, c’est extrêmement difficile d’expliquer que « même si c’est en gras sur le résultat de la prise de sang, ça ne veut pas dire que vous êtes malade ». Pour l’instant, je suis encore dans le soin et j’explique, j’éduque, autant que possible. Ne vous découragez pas, nous sommes plusieurs dans ce cas.
    un endocrino qui lit

  3. bravo, bravo et re bravo!!
    tout est dit et bien dit!
    et l’enfumage continue son bonhomme de chemin avec la bénediction des décideurs
    je fais un courrier à mon directeur de caisse concernant le dépistage du cancer colo-rectal (il veut me faire signer un papier)
    j’y joindrai ce lien et celui du formindep
    CB

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