être libre

Je crois à la liberté.

Je crois que chacun de nous est libre de diriger sa vie comme il l’entend. Je crois donc que nous pouvons chacun de nous prendre les décisions qui engagent notre vie dans la direction que nous voulons qu’elle prenne.

Pourtant, la phrase de Spinosa qui écrit « nous nous croyons libre car nous ignorons les causes qui nous déterminent », m’interpelle. M’interpelle aussi l’interrogation de Michel Onfray « Un pédophile a-t-il choisi d’être pédophile ? » car en bon Nietzschéen qu’il est, il souscrit à la « volonté de puissance » qui nous anime. Par ailleurs, il ajoute volontiers la phrase du père de Camus, rapporté par ce dernier : « un homme cela s’empêche ».

Loin de ces considérations philosophiques, je voudrais rester plus « terre à terre ». Je crois malgré tout que chacun d’entre nous peut faire des choix pour lui même.

En tant que médecin généraliste, j’ai fait le choix de lire, de réfléchir et d’essayer de soigner en gardant un regard critique sur la pratique de la médecine.

Mon camarade qui tient depuis plusieurs années maintenant le blog « Docteurdu16 », vient de publier un billet sur sa difficulté au quotidien, d’exercer la médecine

Il en ressort de ce texte qu’il passe beaucoup de temps à se « battre » contre le reste de la profession. Cela parait incroyable, mais exercer la médecine aujourd’hui en France, comme ailleurs sans doute, c’est l’obligation de se conformer aux « normes ». C’est suivre les recommandations de tous ordres qu’elles soient issues de la profession ( les « fameuses » sociétés dites « savantes » par exemple de cardiologie, d’urologie etc ) ou des autorités ( HAS, ANSM, INPES, INCA pour les plus connues ). Le problème est, pour un médecin critique, que toutes ces recommandations ne sont pas « fiables ». En d’autres termes, toutes ces recommandations disent la « vérité » de ceux qui les émettent. Elles expriment ce que ces sociétés savantes et autorités veulent que soit l’exercice de la médecine, ce qui ne correspond pas, loin s’en faut aux conclusions d’études indépendantes . Ainsi pour ne prendre que l’exemple du dépistage de cancers, les autorités recommandent la mammographie de dépistage, le dépistage du cancer colorectal , mais pas le dépistage du cancer de la prostate. Par contre , l’Association Française d’Urologie recommande le dépistage de la prostate par PSA et ceci en contradiction avec la recommandation des autorités.

Vous pourriez vous dire qu’il faut donc suivre les recommandations des autorités sanitaires et non celle des sociétés savantes qui elles tirent avantages de leurs recommandations. Ce serait si simple, mais voilà, les autorités font elles aussi des recommandations que je qualifierais de « biaisées » car elles ne suivent pas, pour un certain nombre d’entre elles, « l’état de la science ». Ainsi pour vous en convaincre, je vous recommande chaudement de lire le billet d’une consœur, généraliste et blogueuse sur le sujet des dépistages du cancer . Vous comprendrez alors que le dépistage du cancer du sein mais aussi celui cancer colo-rectal ne sont pas recommandables.

Toute cette digression est pour vous expliquer à quel point être libre de pratiquer une médecine indépendante, est difficile.

Il est clair qu’à la lumière de ce témoignage, être un médecin « libre », c’est être confronté à la « violence » de l’application de la « norme ». Il faut donc se battre pour être libre car tout est fait pour vous « briser », pour vous faire « rentrer dans le rang », pour vous soumettre.

Une citation méconnue d’ Épictète me parait de circonstance :

« Quelqu’un ne t’a pas invité à un repas ? C’est que tu n’as pas payé le prix auquel il vend son repas ; il le vend pour des compliments, il le vend pour des soins. Paye le prix auquel il vend, si tu y trouves un avantage ; mais si tu veux à la fois ne pas payer et recevoir, tu es insatiable et imbécile. »

De très nombreux médecins payent « le prix du repas « , une minorité, non.

Par ailleurs, je me rappelle le récit d’un moine bouddhiste qui incarcéré dans les prisons chinoises pour le seul délit d’être ce qu’il est, expliquait qu’il était parfaitement libre. Ce paradoxe il l’expliquait par le fait que quelles puissent être les conditions extérieures, ses conditions intérieures étaient les même. Il n’était bien évidemment pas libre de se mouvoir ou de faire ce qu’il pouvait vouloir faire mais il restait lui même et qu’ainsi il était libre. On peut donc être libre dans une société qui vous « opprime ».

C’est à cette conclusion que je voulais arriver : nous sommes chacun d’entre nous libre d’être nous même. Cependant, personne ( ou pas grand monde) ne vous aidera à être libre. La liberté, même dans notre société soit disant démocratique et libre n’est jamais donnée ni même acquise une bonne fois pour toute.

Une autre considération est importante :

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Il est aussi évident que les « circonstances extérieures » ont une influence sur nos conditions de vie, d’existence. Mais ce ne sont que des conditions de vie, d’existence, en ce sens qu’elles ne sont pas nous. Nous sommes tout autre chose.

Certains ont sans doute plus de difficultés que d’autres à pouvoir exprimer leur liberté. Il est plus facile de revendiquer sa liberté quand on a un toit et pas de soucis pour se nourrir ou nourrir sa famille. Il n’empêche, même avec des conditions de vie difficiles, chacun peut être libre comme en témoignait ce moine bouddhiste.

Mais pour être libre, il faut aussi voir la réalité comme elle existe et non comme nous nous la représentons.

La grille

Et en faisant l’effort de voir la réalité comme elle existe vraiment, beaucoup de choses que l’on croyait impossible deviennent alors possible et alors que nous nous sentions « enfermés » nous nous retrouverons libres.

 

 

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