Je voudrais faire suite à mon dernier article et au commentaire de mon confrère néphrologue .

Cette étude ( SPRINT) est en effet une étude importante. 10000 personnes dans l’étude ( et non 1000 comme je l’ai écrit peut être sous l’influence d’une dissonance cognitive ) est en effet un nombre important.

Il m’avait également échappé que le protocole incluait une évaluation des patients . Mais apparemment il va falloir attendre encore quelques années pour savoir si les effets secondaires en particulier mentaux ne posent pas problèmes. En effet, il a été démontré que baisser drastiquement la pression sanguine entraînait, la nuit, une hypoperfusion cérébrale dont les conséquences à long terme sont inquiétantes. Ce fait n’est sans doute pas étranger à la batterie de test de mémoire mis en place dans le protocole. Cependant, cette étude n’a que 3 années et donc cela est suffisant comme souvent pour montrer des effets bénéfiques d’une intervention thérapeutique mais trop court pour faire apparaître tous les effets délétères.

Je réserve donc mon enthousiasme pour plus tard.

Mon confrère le Dr Agibus semble lui aussi « circonspect » face aux effets secondaires rencontrés. De plus il explique que la population de l’étude, même si elle est importante, a été particulièrement sélectionnée ce qui en réduit la portée en population générale.

Enfin considérer comme une fatalité le traitement médicamenteux car les mesures hygiéno-diététique sont inefficaces, c’est faire abstraction du fait que quasiment aucun argent n’est affecté au développement de ces mesures. Combien d’argent pour développer un médicament et faire la promotion de celui-ci versus des mesures hygiéno-diététique favorables à la santé ? Il est facile d’écrire « qu’il n’est pas facile d’atteindre ces objectifs »  quand quasiment rien n’est fait pour les atteindre.

Voilà pour ce qui est de l’étude elle même.

Par ailleurs, ce confrère déplore que les médecins généralistes ne développent pas leurs connaissances des études cliniques et des statistiques. C’est sans doute vrai . Je m’y emploie durant mon temps libre et aimerai encore mieux faire.

Mais, leurs donne-t-on les moyens de le faire ? Ainsi, combien  de professeurs agrégés par étudiant dans la spécialité de médecine générale par rapport aux autres spécialités ? Il est là aussi facile de reprocher aux médecins généralistes de ne pas faire « l’effort » quand il n’y a pas « égalité » de traitement.

Qu’ai-je par ailleurs bien pu écrire pour mériter les qualificatifs de « paranoïaque » ou de « suspicion maladive » et être moqué et raillé ?

Considérer que traiter intensivement des patients leur rend peut être moins de service qu’il n’en rend à la communauté médicale et à l’industrie pharmaceutique ?

Pourtant, quel poids peut avoir le patient face à l’autoritarisme médical ?

N’y-a-t-il pas un comportement « problématique » de l’industrie pharmaceutique plus occupée à multiplier son chiffre d’affaire qu’à véritablement rendre service aux patients? Le poids du marketing pharmaceutique n’a-t-il pas dépassé le poids de la recherche et du développement dans cette industrie? Cette même recherche ne pose-t-elle pas des questions quand la majorité des études et des résultats ne sont pas reproductibles? Et je ne parle pas ici des amendes pour fraudes et comportement délictueux.

Vraiment, n’y-a-t-il pas de questions à se poser?

Enfin, quand ce confrère écrit : « Faire baisser la TA vers 120 mm d’Hg réduit la mortalité. Il s’agit d’un message important, qui j’espère, va motiver les patients et les médecins à dépister l’hypertension artérielle et à la traiter de façon optimale. » N’est-ce pas un jugement un peu excessif ?

Mon opinion est que l’appréciation de cette étude reprend les 3 travers du marketing pharmaceutique ( même si cette étude est issue d’une « institution ») :

Estimation grandement surévaluée des bénéfices d’une intervention thérapeutique

Estimation grandement sous-évaluée des risques constitués par les effets secondaires

Généralisation à la population des résultats démontrés sur une population extrêmement sélectionnée.

« Ce travail montre une voie, elle doit nous inciter à discuter avec nos patients de choix thérapeutiques des risques et des bénéfices. » Je suis ici bien d’accord avec ce confrère. Mais ce sont surtout les bénéfices qui sont aujourd’hui présentés et valorisés, les risques comme je l’ai écrit plus haut ne seront sans doute connus que bien plus tard. Il me parait donc urgent d’être prudent .

 

 

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