Ce n’est plus un secret pour personne que des éléments constitutifs de la réalité de l’humain vivant sont devenus par la puissance du marketing des firmes pharmaceutiques des maladies qu’il faut soigner.

Inventer des maladies pour vendre des médicaments est peu « connu » chez nous. Les anglo-saxons parlent de « disease mongering ».

L’exemple ancien le plus caractéristique est la ménopause. Ce phénomène physiologique naturel est devenue une maladie à traiter quand est apparu le traitement substitutif hormonal. Il est un peu tombé en désuétude actuellement.

L’actualité nous fournit aujourd’hui un autre exemple vraiment caricatural . Il s’agit de la mise sur le marché du traitement pour un manque de libido des femmes non ménopausées. Les médias se sont fait l’écho de cette « nouveauté ». Je vous laisse lire ce qui en est dit, par exemple dans cet article du Figaro. Pour plus de détails, vous lirez avec intérêt cet article du Formindep sur Médiapart.

Aujourd’hui les normes font la loi.

Ainsi il n’a échappé à personne que notre cholestérol doit se situer dans une norme. Notre poids dans une autre, notre humeur dans une autre encore. Je pourrai multiplier les exemples à souhait.

Aujourd’hui, la médecine et les médecins ne tiennent plus compte de l’individu mais des différents éléments normatifs. Ce n’est plus Mr Lambert, charcutier que l’on soigne mais l’hypercholestérolémie, l’ HTA, le mal être de Mr L ou de Mme C. Nous devons chacun de nous être dans la norme médicale fixée par la « faculté ».

Être hors de la norme c’est être malade.

Et de ce fait, étant malade, nous devons être soigné. Comme aujourd’hui le soin est quasi exclusivement médicamenteux, nous devons alors nous voir prescrire et consommer des médicaments.

Les humains sont ils donc tous identiques ?

Non bien sûr, chacun peut le constater par lui même. Il y en a des petits, des grands, des petits nez, des gros nez, des optimistes, des pessimistes, des bavards, des silencieux etc.

Pourtant malgré cette diversité, de plus en plus de normes sont fixées. Il en est des hommes comme des produits de consommations. L’humain doit être dans la norme.

C’est bien ce que révèle cette actualité médicamenteuse : l’homme est devenu un produit pour le plus grand bénéfice de l’industrie pharmaceutique. Dans ce cas précis, un antidépresseur a été recyclé pour être un traitement de la libido déficiente des femmes. Mais cet élément est-il une réalité qui nécessitait un traitement ?

Cette dérive me terrifie car en tant que prescripteur je suis soumis de plus en plus à la pression des patients qui répondent favorablement au marketing des industriels ( cet exemple nous montre à quel point certaines associations féministes américaines ont été le maître d’oeuvre de la mise sur le marché de ce « nouveau » médicament).

Par ailleurs, la communauté médicale n’est pas une barrière contre ces dérives, au contraire souvent elle y participe abondamment par les liens d’intérêts qu’elle a tissés avec l’industrie pharmaceutique.

Heureusement qu’il y a internet avec la possibilité de lire et de s’informer de façon indépendante. Oui mais jusqu’à quand ?

 

7 commentaires

  1. Il est vrai que les entreprises pharmaceutiques ont toutes décidé de nous considérer comme malade pour nous vendre plus de médicaments. En ce moment, la mode est aux traitements naturels. J’ai voulu acheter des pastilles pour la gorge et mon pharmacien a insisté pour me vendre des pastilles 100% naturelles qui coutaient plus de 10€ et qui étaient rangées dans une magnifique vitrine aux couleurs du labo !

  2. je découvre votre article alors que j’écoute l’émission de Brigitte Lahaie sur RMC( podcastable facilement ) : témoignages de femmes prêtes à tout pour tester cette pilule du désir . témoignage sidérant à écouter. Quelle misère.. Les femmes sont totalement soumises au injonction de la société (je DOIS avec des relations sexuelles, elles DOIVENT être satisfaisantes, j’aimerais avoir du désir (ces femmes désiren désirer…oula…), mon maire est demandeur et s’il ne fait pas l’amour il ne tient plus (peut être même, ce n’est pas dit, si je refuse les relations, il va partir ailleurs) , sinon je ne suis pas normale, je suis prête à prendre ce médicament pour retourner ma vie d’avant …même si j’ai 47 ans, une ablation totale suite à un cancer. pourquoi pas aussi la pilule du désir sous chimio anticancer et toute en restant mince et sexy (http://www.monkinevoitrose.fr) ? Effrayant .
    Je me demande si l’industrie pharmaceutique ne fait que surfer sur des attentes de ses clientes . Le problème me semble venir plus en amont des abominable injonctions normatives de la société dont celle de jouir envers et contre tout, pour notre « bien être », puisqu’on nous le repète tout le temps que c’est bon poru la santé. Transformant au passage les femmes en prostitués conjugales qui doivent avoir envie tout le temps pour leur maris. Oubliant de s’interroger sur le temps qui passe, sur l’évolution du corps, sur la pulsion de désir , sur la rmise en cause de la vie à la quarantaine, du couple, du départ des enfants, oubliant que nous sommes des corps organiques et mortels.. le corps réifié qui doit « marcher ». Voir le concept de santé sexuelle de l’OMS….

    • Je ne sais pas si les femmes sont plus sujettes aux injonctions de la société que les hommes, ce qui est sur en revanche c’est que l’industrie pharmaceutique par l’intermédiaire d’un marketing puissant et beaucoup d’argent crée des « besoins » pour uniquement augmenter son chiffre d’affaire. Quand on lit spécifiquement cette histoire, ce « traitement » ne fonctionne absolument pas : 10% des femmes en auraient des bénéfices. Ce n’est même pas du niveau de l’effet placébo qui est de 30% d’efficacité. Par contre 100% des femmes qui en prendront se soumettent aux risques de cette médication. Cependant avant que les effets secondaires deviennent « visibles », le laboratoire aura fait un bénéfice substantiel.
      Nous vivons une triste époque.

      • D’accord avec vous . mais je voulais dire que il y a une interaction entre les attentes des consommateurs(rices) pro-biomedecine et les firmes pharmaceutiques qui analyse quand même le marché avant
        http://www.lemonde.fr/sante/article/2015/08/19/l-agence-americaine-des-medicaments-approuve-le-premier-viagra-pour-femmes_4729494_1651302.html

        « Selon un des essais cliniques, les femmes sous Flibanserin ont indiqué avoir eu en moyenne 4,4 expériences sexuelles satisfaisantes en un mois, contre 3,7 dans le groupe sous placebo  »

        Cette molécule sent la grande arnaque : 0.7 rapports sexuels satisfaisant en moyenne sur un mois, on se marre déjà en lisant çà. on aimerait voir les odd ratio, l’IC95 , etc. , les biais de ce genre d’étude ..( jour du rapport / cycle menstruel, prise de pilule, jour et heure du rapport et j’en passe)

        LA biomédecine se charlatanise.
        Et dire qu’on exige des médecins alternative s et complémentaires qu’elles fassent la preuve de leur efficacité … on marche sur la tête. Donnez quelques 2 millions d’euros à l’acupuncture, l’homéopathie pour faire des essais cliniques et du lobbying et je suis certaine qu’elles prouveront leur efficacité auprès des autorités.
        Fiblanserin, çà fait sérieux

        dans les années 20, on avait bien mis sur le marché un boosteur de sexualité masculine au radium (sous forme de suppositoires à base de radium hautement raffiné dans une base de beurre de coco). çà a du faire pas mal de morts j’imagine
        http://owni.fr/2011/01/23/quand-les-produits-radioactifs-etaient-en-vogue/
        rien de nouveau sous le soleil

        On rira de tout ceci dans 50 ans…

        • Je pense comme vous que cette histoire est caricaturale de la dérive de notre système : lobbying intense de BigPharma, dont manipulation de groupe de « patient(e) » , marketing sur un « produit » complètement inutile et sans doute dangereux.
          Je serai curieux de savoir combien le laboratoire va engranger de bénéfices.

        • … je corrige ma prose : « Donnez 2 milliards d’euros à l’acupuncture, l’homéopathie, etc. pour faire des essais cliniques et du lobbying « 

  3. je dois rassurer souvent les patients quand ils sont hors normes, physiquement, mentalement ou s’il y a des « anomalies » sur la prise de sang. Je passe mon temps à dire:  » je ne soigne pas une prise de sang, mais un humain », ou  » mais vous êtes parfaitement normale madame, juste un peu différente, et j’adore ça, ça fait la diversité de l’espèce humaine ».

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