La journée mondiale des hépatites vient d’avoir lieu.

Depuis plusieurs mois, l’hépatite C est sous les « feux des projecteurs » de l’actualité par l’arrivée sur le marché d’un médicament antiviral qui « guérirait » l’hépatite C . Il en a beaucoup été question dans les médias du fait du prix « hors norme » de ce traitement : le Solvadi. Beaucoup de voix se sont élevées pour dénoncer un tel prix. Peu ont mis en doute l’intérêt véritable de ce traitement qui a été promus par des sommités médicales très proches des laboratoires. Les plus critiques ont été Médiapart  ou encore le Formindep.

Le dernier bulletin épidémiologique hebdomadaire ( BEH ) de l’ INVS ( l’ Institut Nationale de Veille Sanitaire ) ne manque pas de faire son actualité avec l’hépatite B mais aussi C. Il y a ainsi un article sur le dépistage de l’hépatite B et C en France en 2013 .

Cet article se termine par la phrase suivante :

« Face à l’enjeu que constitue actuellement le dépistage des hépatites B et C du fait des possibilités de traitement et de prévention, le rapport de recommandations 2014 sur la prise en charge des personnes infectées par les virus de l’hépatite B ou de l’hépatite C a préconisé de poursuivre la stratégie de dépistage ciblé sur les facteurs de risque de contamination et d’élargir le dépistage du VHC et du VHB à une partie de la population générale, indépendamment de ses expositions à risque ».

Cet article ne déroge pas à la médiocre qualité de certains articles du BEH dont j’ai eu l’occasion de parler sur ce site, par le passé. Il ne prend aucun recul, ne présente aucune attitude critique sur l’éventuel bien fondé d’un dépistage en population générale. Le dépistage est acté comme utile, point.

N’étant pas un spécialiste de l’hépatite C, j’ai comme à mon habitude, fait quelques recherches sur le net. Recherches qui ne m’ont pas pris beaucoup de temps. Je voulais obtenir la réponse à plusieurs questions que je me pose et dont je ne trouve aucune réponse dans l’expression de la « parole institutionnelle ».

Quel est le nombre de personnes concernées en France par une « problématique » d’hépatite C ?

L’hépatite C est présentée comme une maladie grave qu’il faut soigner à tout prix quand elle est diagnostiquée. Qu’en est-il réellement de cette maladie ? En d’autres termes, quand un patient est infecté par le virus de l’hépatite C quel est le devenir de cette infection ? En effet, l’information qui nous est délivrée nous amène à penser que l’infection par l’hépatite C est grave à tous les coups, à plus ou moins brève échéance, raison pour laquelle il faut la dépister puis la soigner quand elle est découverte. Mais est-ce la réalité ?

J’ai trouvé les réponses à mon questionnement dans deux références qui me semblent de qualité.

Un article de 2002 de Gastro-entérologie Clinique et Biologique et un guide sur l’hépatite C à l’usage des médecins  élaborés par la Société française d’infectiologie en 2006.

  1. Combien de personnes sont concernées ?

L’incidence est évaluée 1.15% en 2002, actuellement le chiffre de 700000 personnes touchées par le virus est avancé ce qui n’est pas très éloigné du chiffre de 2002. C’est une problématique importante, certes, mais qui ne touche malgré tout qu’une minorité de français. De plus les voies de transmission du virus de l’hépatite C (sang et relation sexuelle) ne permettent pas une explosion spectaculaire.

  1. L’hépatite C

Malgré tout, être atteint de l’hépatite C est un réel problème de santé. Comment évolue donc cette maladie ?

Comme toute hépatite virale, elle présente un épisode aigue suivi ou non d’un passage possible à la chronicité. C’est le cas par exemple de l’hépatite B mais pas de l’hépatite A qui elle guérit après l’épisode aigu.

Dans 30% des cas l’hépatite C guérit après le stade aigu et ne se chronicise pas. Donc en France l’hépatite C chronique ne concerne que 0.84% de la population (1.15% arrondi à1.2% X 70%)

Il existe 3 types d’hépatites chroniques : à transaminases normales (non détectable sur une prise de sang simple), minime et modéré ou sévère. Les deux premières représentent 75% des cas, la dernière 25%. C’est dans cette dernière classe que les problèmes de santé deviennent réels et potentiellement mortels. Cela représente donc en France 0.21% (0.84% X 25%). Pour ces personnes, il est difficile de savoir celles qui développeront une forme grave mais ce qui est sur c’est que ce n’est pas la totalité d’entre elles. D’autant plus que d’autres facteurs rentrent en ligne de compte comme la consommation d’alcool. Cela veut dire que le virus n’est pas le seul responsable des formes graves. Donc en restant sur ce chiffre de 0.21% de la population française je surestime grandement les patients à risque de complications graves. Cependant il est impossible de savoir combien exactement. Cela représente donc beaucoup moins que 137000 personnes (0.21% X 65 Millions). C’est important mais négligeable au regard de la population française.

Malgré tout, les autorités veulent inciter la population générale (c’est-à-dire toute la population) à se soumettre à un dépistage au lieu de cibler les populations à risque.

Je vous rappelle la conclusion de l’article paru dans le BEH de l’INVS :

« …a préconisé de poursuivre la stratégie de dépistage ciblé sur les facteurs de risque de contamination et d’élargir le dépistage du VHC et du VHB à une partie de la population générale, indépendamment de ses expositions à risque ».

Est-ce vraiment « raisonnable » ?

N’y-a-t-il pas d’autres priorités ? Comme par exemple celles évoquées ici

Une autre question se pose qui va au-delà du dépistage : dans la mesure où on ne sait pas faire la différence entre les patients qui ont une hépatite C chronique « bénigne » ( 75%) et ceux qui développeront des complications graves (25%) ; doit-on traiter tout le monde ? C’est ce qui semble, plus ou moins, la décision prise en France :

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Mais dans ce cas, le traitement est-il aussi efficace que le marketing le montre ? Aujourd’hui, on n’en sait rien. Nous savons juste que le traitement permet la disparition du virus. C’est aussi le cas des formes chroniques bénignes sans que l’on puisse affirmer le malade guéri.

Le traitement est-il sans danger ? Car traiter de façon inutile quelqu’un en lui faisant subir les risques, eux bien réels d’effets secondaires, est-ce vraiment rendre service aux patients ?

Ainsi la grande question qui se pose après cette analyse est la suivante :

Ces autorités ont-ils le souci de la santé de la population (leurs missions), ou ont-ils d’autres intérêts ?

Je vous laisse juge.

 

 

 

 

 

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