Martine Bronner écrivait dans son dernier article sur son blog :

« Les recommandations scientifiques institutionnelles ne sont pas fiables. »

Fin décembre 2012, Hervé Maisonneuve , un spécialiste français des publications scientifiques publiait sur son blog , le compte rendu d’un article américain qu’il traduisait ainsi : « Nous ne pouvons pas croire les recommandations »

Il s’agissait d’un article sur les recommandations faites aux Etats Unis.

Il faisait remarquer qu’un tel article ne serait pas publié chez nous en France.

Dans mon dernier article je pointais aussi du doigt cette problématique de la confiance vis à vis des autorités et de leurs recommandations.

Je vais vous apporter une preuve supplémentaire que les publications institutionnelles sont partisanes.

J’ai eu la curiosité de parcourir les derniers BEH ( Bulletin épidémiologique hebdomadaire) de l’ INVS ( Institut nationale de veille sanitaire) .Dans son bulletin n°5 du 3 février 2015, il y a une publication concernant une épidémie de coqueluche dans un EHPAD en août 2013.

Dans la partie discussion de l’article il est écrit ceci ( c’est moi qui souligne en gras)  :

« Cette investigation témoigne d’une faible sensibilisation du personnel au risque de la coqueluche. La couverture vaccinale était faible, bien que la vaccination contre la coqueluche soit recommandée à tous les personnels de santé, y compris celui des Ehpad, depuis 2008.

Une séance de vaccination a été organisée par la médecine du travail mais, en plus du faible nombre de volontaires, l’occasion a été manquée pour 6 personnes alors que les contre-indications sont très rares. Les médecins du travail devraient être mieux sensibilisés à cette vaccination et particulièrement aux nouvelles recommandations de 2014 qui prévoient, dorénavant, un rappel anti-coquelucheux tous les 20 ans, c’est-à-dire aux âges de 25, 45 et  65 ans pour le personnel des Ehpad .

En outre, une partie de ce personnel, telle que le cas index, peut se trouver aussi en situation de cocooning. »

Il est donc rappelé fortement les recommandations en cours qui concernent essentiellement la vaccination. D’ailleurs ces recommandations sont l’essentiel de la bibliographie.

Cette bibliographie m’a paru très courte : 11 articles de références.

La bibliographie se concentre sur les publications de cas identiques (3) , du diagnostic et du traitement (2) des publications et recommandations (4) un article sur une table ronde sur les définitions cliniques de la coqueluche et l’article de Encyclopédie Médico Chirurgicale Maladies infectieuses sur la coqueluche.

Rien sur la vaccination et sur le cooconing qui sont pourtant largement mis en avant dans la discussion.

Pourquoi une telle impasse ?

Sans faire moi même une bibliographie poussée sur le sujet , je me suis alors demandé s’il y avait des données de la science concernant la vaccination contre la coqueluche et aussi le cocooning.

J’ai pour cela consulté un article récent du Docteurdu16 ( oui je sais ce blog fait parti de mes favoris!!) :

J’y apprends grâce à CMT ( merci à elle) qu’il existe peu de données sur la durée de protection des vaccins anticoquelucheux. Mais qu’en plus le vaccin coquelucheux acellulaire a montré sa faible efficacité, efficacité qui va en décroissant au fur et à mesure des rappels .

http://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMoa1200850

Et que de plus l’efficacité d’un rappel ne serait que de 53 à 64%. Or dans mes souvenirs une vaccination dont l’efficacité est inférieure à 75%, est une vaccination qui est inefficace.

http://www.bmj.com/content/347/bmj.f4249.

Enfin : « Dans tous les cas la stratégie du cocooning n’a pas fait la preuve de son efficacité et n’est pas recommandée par l’OMS . Elle coûte très cher pour des résultats improbables. ».

Aucune mention de ces éléments dans l’article et encore moins de traces de ces publications dans la bibliographie de l’article du BEH .

Cela montre un parti pris indéniable ce qui est loin de ce que l’on peut attendre d’un article scientifique.

Mais pourquoi aussi peu de recul face aux recommandations ?

La réponse se trouve sûrement quand on consulte la liste des auteurs : ils font tous partie d’une institution « gouvernementale ».

Ils ne vont donc sûrement pas se « tirer une balle dans le pied » en contestant leurs employeurs.

Ils ne doivent donc pas remettre en cause les recommandations françaises mais au contraire les appuyer par un article montrant qu’une épidémie de coqueluche peut survenir en France dans une institution. Cela s’appelle du marketing, pas de la science qui elle se doit d’être critique.

La morale de cette histoire est assez triste .

Même les articles qui paraissent scientifiques ne le sont pas quand ils paraissent dans un bulletin d’une institution gouvernementale.

Nos gouvernants s’indignent du manque de confiance vis à vis des autorités sanitaires et de leurs institutions.

Ce n’est pas avec ce genre de publications que la confiance va progresser .

La confiance ne se décrète pas, elle se gagne.

 

2 commentaires

  1. Cher Cossino,
    Les agences gouvernementales qui publient institutionnellement ne sont pas là pour faire de la science mais pour conforter les politiques de santé publique décrétées par l’industrie pharmaceutique et les marchands de matériel. Ni plus ni moins.
    Les experts du BEH sont experts à vie et ont été « faits » par le système, c’est ce qu’on appelle expert mongering ou fabrication des experts.
    C’est triste.

    • Cher Docteurdu16

      Tu as parfaitement raison.
      En effet le problème est que beaucoup de confrères considèrent ces publications comme des publications scientifiques ce qu’elles ne sont pas.
      C’est ce que mon billet essaie de démontrer.

      Comme tu le dis cela est bien triste

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