Il est facile de suivre les rebondissements quasi quotidiens grâce à mon confrère journaliste Jean Yves Nau qui relate l’actualité médicale sur son blog .

Il relate l’actualité médicale non sur le versant scientifique mais sur le versant médiatique.

Ainsi j’ai appris avec quelle insistance la problématique des médicaments expérimentaux est sur le devant de la scène.

Pourtant, ces médicaments n’ont aucun intérêt dans l’épidémie qui se développe .

Pourquoi ?

1) Parce que l’on ne connaît ni leur efficacité ni leurs effets secondaires.

Les donner à des patients est le résultat de l’impuissance des médecins à soigner les patients infectés. Comme nous n’avons aucun moyen thérapeutique efficace aujourd’hui connu, ces médicaments sont administrés « au cas où » en se disant que de toute façon ils ne peuvent que faire du bien . Rien n’est moins sur.

Ainsi ce qui est hallucinant dans cette histoire c’est qu’un patient qui guérit, c’est grâce aux traitements expérimentaux, s’il décède, c’est la faute de la maladie. C’est ce que sous entend la presse bien aidée en cela par les autorités de santé.

Et si c’était le traitement qui tuait le patient ? Pourquoi cette hypothèse n’est jamais évoquée ? Tout simplement car la maladie tue beaucoup sans traitement . N’est-il pas pourtant concevable que le traitement expérimental ait pu fragiliser un organisme déjà affaibli par la maladie ?

Quand on ne sait rien de l’efficacité et des conséquences d’un traitement expérimental, aucune hypothèse ne devrait être privilégiée.

Prenons un exemple :

Il y a quelques années, l’utilisation d’anthrax était une menace terroriste qui inquiétait énormément les autorités.

En effet, l’infection par cette bactérie provoquait une létalité estimée à 80%. Un traitement expérimental donné à des personnes infectées entraînait la baisse de la létalité observée à 70%. Ce traitement était donc considéré comme ayant un bénéfice réel car il sauvait la vie de patients.

Or il s’est avéré quelques années plus tard que la létalité réelle de l’anthrax n’était pas de 80% mais de 60%. Cela signifie donc que ce traitement expérimental au lieu d’avoir sauvé la vie de 10% des patients à qui il a été administré, en a tué réellement 10%.

Comment une telle erreur est-elle possible? Tout simplement par le fait que le traitement n’avait jamais été évalué correctement et qu’il existait sur la maladie beaucoup d’incertitudes.

Nous sommes aujourd’hui avec ébola dans le même cas. Beaucoup d’inconnues sur la maladie : sa létalité réelle, l’existence possible de forme asymptomatique etc

Agir comme cela a été fait est vraiment du gâchis : ces traitements expérimentaux sont en très petit nombre et leur administration comme cela a été fait, prive de toute possibilité de conclusion médicale sur la balance bénéfice/risque de leur effet.

2) Ces traitements ne pourront pas être administrés à tous les patients mais à un très, très très petit nombre . Pourquoi certains et pas d’autres ? Cela pose un grave problème d’éthique qui commence à voir le jour avec l’histoire du patient d’origine libérienne, mort sur le sol américain.

Si ces traitements avaient été utilisés dans le cadre d’études même très imparfaites cela aurait eu un sens scientifique.

Pour lever l’ignorance sur l’efficacité et les conséquences néfastes d’un traitement il n’existe qu’une seule solution : l’étude clinique randomisée en double aveugle contre placebo.

C’est à dire une étude clinique où on tire au sort deux groupes , un groupe qui recevra le traitement à tester et un groupe qui recevra un médicament identique dans sa présentation au médicament à tester mais qui sera neutre ( c’est ce que l’on appelle un placebo) . De plus , ni le médecin qui prescrit le médicament, ni le patient qui le reçoit , ne savent si c’est le vrai traitement ou le placebo qui est délivré.

Ainsi à la fin de l’essai il est possible de tirer des conclusions sur l’efficacité et sur les effets secondaires du traitement testé .

Il est donc clair que donner des traitements expérimentaux quels qu’ils soient n’a aucun intérêt autre que compassionnel ( on fait quelque chose) et surtout marketing et publicitaire.

En effet, on peut remarquer que les actions en bourse des sociétés productrices de ces nouveaux traitements, ont « flambé ».

Agir ainsi c’est nier toute démarche scientifique.

Il est clair que depuis plusieurs années, la démarche scientifique est passée au second plan par rapport à la démarche purement mercantile .

L’exemple de l’épidémie d’ébola nous montre que même une maladie provoquant de nombreux morts n’est pas une raison suffisante pour mettre de coté le mercantilisme.

NB : Pour mémoire, sur 100 médicaments expérimentaux au même stade de développement que ceux utilisés dans élola, au plus 1 seul se verra commercialisé , les 99 autres seront abandonnés car plus toxiques qu’efficaces .

4 commentaires

  1. Bonjour,
    Non, bien sûr, tu n’étais pas le seul à le penser. Je le pensais très fort aussi, et, je suis sûre que, avec l’habitude prise d’avoir les bonnes clés pour déchiffrer l’actualité beaucoup d’autres le pensaient aussi.
    Seulement tu l’as démontré magistralement, en particulier avec l’anecdote de l’anthrax que je ne connaissais pas.
    Et ton chiffre de 99 traitements expérimentaux écartés pour 100 dont on débute le développement je l’ai lu aussi.
    Bravo pour ton post!
    A diffuser ++
    CMT

    • Merci Claudina pour ton commentaire.

      Ce qui me scandalise le plus c’est l’attitude des autorités sanitaires en général et des nôtres en particulier.
      Ils sont les VRP de l’industrie pharmaceutique .
      J’ai du mal à croire que cela soit « à l’insu de leur plein gré ».
      Ainsi notre président qui fait la promotion du Gardasil, notre ministre de la santé celle d’Octobre Rose , j’en passe et des meilleures !!!!
      Sont-ils si déconnectés qu’ils n’ont pas le temps de lire, de réfléchir par eux même ?

      Puisqu’il en est ainsi, c’est à chacun de « faire le travail » .
      C’est ce que j’essaie personnellement de faire et par ce blog de faire partager mes réflexions.

  2. Hélas, rien de nouveau sous le soleil… Un peu comme dans le cas du nouvel anticholestérol où les seules informations disponible le sont… uniquement sur les site boursiers !
    Pour en revenir à ébola, seul des opération axées sur la prévention pourrait être efficace. Seulement c’est nettement moins profitable pour les labos et aussi moins glorieux pour les états occidentaux.
    Et donc pendant ce temps ce sont des milliers de personnes qui décèdent !

    • J’ai été surpris de n’entendre aucune voix s’élever pour expliquer que les traitements expérimentaux n’ont aucune place dans le traitement des personnes infectées. Au contraire, le discours est : dans combien de temps seront-ils enfin disponible.
      Le cas de l’infirmière française qui aurait reçu un antiviral japonais m’a fait pensé au Tamiflu dans l’épisode de la grippe H1N1.
      Le Tamiflu était connu par tout le milieu médical avant cet épisode comme complètement inefficace. Or il a été préconisé par les « experts » sans aucune preuve pour étayer cette préconisation.
      Ici c’est la même chose, à ceci près que ces médicaments expérimentaux sont particulièrement dangereux car avec des effets secondaires inconnus.
      Il a fallu plusieurs dizaine d’années pour obtenir des antiviraux efficaces contre le virus du Sida .
      Ici miraculeusement, les médicaments expérimentaux seraient tous efficaces et sans danger ?

      Il y a un traitement « expérimental »qui visiblement n’est pas utilisé : un antiviral du traitement du Sida . Il semble avoir été utilisé par un médecin africain avec succès . C’est aussi expérimental mais à la différence de ceux présentés, c’est un médicament bien connu en particulier dans sa posologie et ses effets indésirables.
      Pourquoi n’en parle-t-on pas ?
      J’ai une hypothèse : ce médicament est génériqué et donc ne coûte pratiquement rien et les espoirs de profit sont nuls.

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