Je ne veux pas parler ici de la colère des médecins qui s’est exprimée le 30/09. Cette colère est une colère dirigée contre leurs conditions de travail, leurs charges administratives .

Non je veux parler ici de la déprime qu’un médecin peut ressentir quand il essaie de soigner en ayant comme seul objectif, l’intérêt du patient.

Ce billet fait écho au commentaire qu’a posté Sylvain Fevre ( blog ASK) où il écrit ceci : «J’ai récemment vu le film « Hippocrate » dans lequel est dit à un moment : « être médecin, c’est une malédiction ». Je me suis dit, oh quand même, faut pas pousser. Finalement je crois que si tu te mets des œillères, ça va, mais si tu te révoltes un peu contre tous ces excès et que tu constates que tout le monde s’en fout, je suis d’accord, c’est une vraie malédiction d’être médecin. » 

En effet quand aujourd’hui un médecin veut prendre en charge un patient dans le respect de ce dernier et en ayant dans la tête la maxime d’ Hippocrate : « Primum non nocere » : d’abord ne pas nuire ; il se trouvera seul.

Il se trouvera seul car en but à la « société médicale ».

Il devra d’abord lutter contre ses confrères qui prescrivent tous les traitements possibles d’autant plus qu’ils sont nouveaux, répondant en cela à ce que l’industrie pharmaceutique leurs a inculqué.

Si le médecin ( généraliste la plupart du temps) remet en cause ces prescriptions qu’il juge nocives, il sera « agressé » . Pour vous en convaincre, lisez ceci : http://www.voixmedicales.fr/2014/06/20/medecin-generaliste-non-qualifie-par-definition-pour-certains-cardioloques/

Cette circonstance n’est pas anecdotique, chaque généraliste indépendant vit régulièrement ce genre de difficultés.

Si sa qualification n’est pas mise en doute , on lui rétorquera qu’il prend le risque d’un procès s’il ne suit pas les recommandations et refuse de prescrire.

La peur du procès est un argument très fort pour inciter à prescrire .

C’est ce que l’on nomme la médecine défensive : prescrire pour ne pas courir le risque d’être mis en cause pour ne pas l’avoir fait.

En effet, les recommandations des sociétés savantes de médecine sont nombreuses . Elles sont toutes sous l’influence de l’industrie pharmaceutique.

Or elles fixent les « bonnes pratiques » médicales ; toutes préconisent toujours plus de médicaments, toujours plus nouveaux les uns que les autres .

On ne reprochera jamais à un médecin d’avoir prescrit .

Le nombre de morts provoqués par les effets secondaires des médicaments est considéré comme une fatalité.

Par contre ne pas prescrire est considéré pour la plupart comme une faute.

Le procès du Médiator vient-il d’un patient qui a porté plainte contre son médecin pour lui avoir prescrit ce médicament ? Non.

Ce procès résulte de l’acharnement et l’opiniâtreté d’ Irène Frachon et de quelques autres à sa suite.

Il est celui d’un fabricant de médicament qui a caché les effets secondaires graves d’un traitement ayant provoqué des morts.

Aujourd’hui dé-prescrire est un combat de tous les jours. Le médecin y est seul .

A coté des fabricants de médicaments dont le but comme toute entreprise commerciale est de vendre le plus possible, à coté des médecins qui sont leurs fidèles commerciaux ; on pourrait logiquement penser que les pouvoirs publics sont au coté des médecins « indépendants » .

En effet, les dépenses de santé sont énormes.

En fait il n’en est rien.

Le médecin n’a pas non plus de son coté les pouvoirs publics .

L’exemple de la mammographie de dépistage est là entre autre pour le montrer.

Les pouvoirs publics ne s’intéressent aucunement à la santé de ceux dont ils ont la charge.

Voyez également ce qu’il en est de la politique des vaccins que j’ai pu dénoncer récemment.

Je pourrai ainsi multiplier à l’envie les exemples .

Les pouvoirs publics, les politiques sont depuis très longtemps « noyautés » par les firmes pharmaceutiques. Certains diraient « aux ordres ».

Tout cela montre à quel point le médecin qui veut prendre soins de ses patients est seul et sans aucun soutien.

Martine Bronner a bien résumé cela en une phase d’un de ses commentaires « …..critiquer, discuter la médecine conventionnelle n’est pas la renier ou la haïr, c’est justement l’aimer profondément et se désoler de ses dérives. »

Vous pouvez alors comprendre à quel point certains médecins peuvent se laisser aller à des moments de pessimisme et de « raz le bol ».

Tout est alors perdu me demanderez vous ?

Je ne crois pas .

Le système lui ne pourra pas se réformer. Le système perdurera en s’aggravant sans doute .

Il est dans la nature humaine de chercher son intérêt propre avant celui de l’autre . Surtout dans la société qui est la notre.

Les médecins ne sont ni mieux ni pire que les autres .

La majorité met son intérêt avant celui du patient.

Que veut dire pour un médecin de faire passer son intérêt avant celui du patient ?

Cela passe par le fait de suivre toutes les recommandations , en particulier celles des sociétés savantes médicales. C’est suivre la formation continue sponsorisée par l’industrie pharmaceutique. Se laisser inviter au restaurant par elle, recevoir « à bras ouvert » la visite médicale et se battre pour son maintient. Faire donc comme « tout médecin digne de ce nom ».

Réfléchir, douter, avoir un comportement critique est inconfortable et n’apporte bien souvent que des soucis.

Au contraire, faire carrière, gagner beaucoup d’argent, se retrouver sous les « feux de la rampe », avoir du pouvoir, est valorisant.

Cela ne s’obtient pas en s’opposant au système mais en le servant.

Un jour un confrère journaliste de télévision bien connu, dans un mail privé m’a traîné plus bas que terre. Mon tord ? Avoir écrit et argumenté sur son blog contre ses propos. Il m’a aussi accusé d’être jaloux de sa notoriété .

Il ne peut pas imaginer à quel point je me fous d’une reconnaissance quelconque.

Si j’écris sur ce blog, ce n’est pas pour devenir célèbre et reconnu mais pour exprimer ce que j’ai sur le cœur concernant l’exercice de ma profession.

Si j’écris sur ce blog c’est aussi pour apporter une vision différente de celle véhiculée par la « bien-pensance médicale ».

Mon but est que chacun quel qu’il soit puisse faire ses propres choix en connaissance de cause, en conscience .

Mon but est que chacun , chaque patient puisse s’opposer à la toute puissance médicale et que ses choix soient reconnus et respectés par tous les intervenants médicaux.

En un mot, je voudrais que chacun soit libre de vivre sa santé et sa maladie comme il l’entend et ne se voit pas imposer quoique ce soit.

Cher Sylvain, que les autorités ne réagissent pas devant ce qui devraient les faire réagir est grave mais nous n’y pouvons rien.

Par contre si dans ce que nous écrivons quelqu’un trouve ce qu’il a besoin pour faire valoir sa liberté, là nous aurons été utiles .

C’est pour cela que je crois qu’internet est une chance .

Celle de trouver, si on le souhaite, certaines informations .

Internet, quels qu’en soit ses dérives crée de la liberté et les blogs médicaux participent à cette liberté .

C’est cette croyance qui me fait continuer .

Jusqu’à quand ?

L’avenir me le dira .

Un commentaire

  1. Que dire en réponse à tout ceci…
    Il est vrai qu’il est très difficile de s’élever contre des certitudes imposées par d’importants intérêts financiers (car c’est bien de cela dont il s’agit !) et qui l’emportent sur le bon sens et la raison.
    Est-ce que cela en vaut la peine ?
    Soit on joue les moutons, on brosse dans le sens du poil et on les laisse asséner leurs vérités, c’est la voie la plus facile.
    Ou bien on se bat contre ces diktats.
    Je ne suis pas persuadé que nos modestes voies qui s’élèvent puissent changer profondément le cours des événements (c’est un peu le pot de terre contre le pot de fer !) mais une chose est sure : si personne ne dit rien, les choses ne risquent certainement pas d’évoluer !
    Votre situation n’est certes pas facile, vous êtes pris entre le marteau et l’enclume, entre le patient et les hautes instance de toutes sorte.
    C’est pourquoi je ne peux que vous souhaiter bon courage…

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