J’ai écouté une émission de France Culture qui a interpellé le médecin que je suis.

Cette émission parlait de l’accompagnement vers la mort . Cet accompagnement avait duré 8 mois.

Il a été donné peu de détail sur la maladie et le cancer responsable de la mort mais il était dit que la patiente s’était battu jusqu’au bout en acceptant un traitement de la dernière chance .

Les souffrances engendrées par ce traitement, font s’interroger sur l’intérêt d’avoir choisi un tel traitement.

Mais la patiente a-t-elle eu le choix ?

Cela ravive la mémoire d’expériences professionnelles vécues et de lectures ( celle en particulier de la journaliste qui a tenu un blog jusqu’au bout racontant son parcours ) . Son histoire est devenu un livre .

A-t-on le choix quand on est patient de dire non à un traitement présenté comme un espoir ultime de guérison ?

Le choix théorique existe bien évidemment. On a toujours la possibilité de dire non.

Mais réellement a-t-on véritablement le choix ?

De par ma profession, je sais la surmédicalisation, je sais le sur-traitement , je sais les mensonges que les professionnels véhiculent consciemment et inconsciemment. D’ailleurs à un moment dans l’émission l’invité expliquait le désarroi et le désespoir du chirurgien face à son impuissance.

Comment est-il possible qu’un médecin ne soit pas conscient des limites de son « art » .

Pourquoi ce désespoir devant la seule vérité ; chacun de nous est mortel.

N’est-ce pas le mirage de la toute puissance médicale qui l’aveuglait au point de le désespérer?

Le problème est que dans cette croyance en la toute puissance médicale ce sont les patients qui payent le prix fort . Ce ne sont jamais les professionnels de santé qui payent le prix de ce qu’ils affirment ou laissent croire.

Je m’interroge beaucoup sur l’intérêt de souffrir ( de faire souffrir !) , surtout dans les derniers moments de sa vie .

Souvent ce sont nous soignants qui « imposons» nos croyances dans une guérison toujours possible. Mais à quel prix ? Mais de quel droit ?

J’ai souvenir d’un dessin humoristique où on voyait deux médecins en blouse blanche au fond d’un trou qui semble être la future sépulture de quelqu’un qui s’y trouve , l’un disant à l’autre qui tient une perfusion  : «  on pourrait encore tenter une chimiothérapie orale ? ».

Quand je pense aux effets secondaires provoquées par les chimiothérapies, je m’interroge sur le bien fondé de certaine ces thérapeutiques .

Beaucoup de traitements gâchent littéralement les derniers mois, les dernières semaines, les derniers jours de nombreux patients.

Est-ce vraiment raisonnable de « gâcher » ainsi les derniers moments d’une vie pour un espoir souvent illusoire.

Ne doit-on pas préserver le plus longtemps possible le «  pur plaisir d’exister »?

Personnellement, je ne sais pas comment je réagirai si je me trouvais en situation de « choisir » .

M’accrocherai-je à l’espoir le plus minime d’une guérison en acceptant toutes les souffrances induites ? Comme s’est souvent la règle.

Ou déciderai je de profiter de cette vie encore présente mais qui s’en va ?

En tout cas j’aimerai avoir un vrai choix.

Or je sais que quoique je sache , ce choix n’existe sans doute pas ou si peu .

Comme il est démontré dans le livre : « Système 1 Système 2 » , notre propre cerveau nous trompe . Lors d’un choix, il nous fait choisir souvent la mauvaise solution. Comme il est expliqué dans ce livre , nous avons toujours peur de subir une perte et choisissons toujours de s’en prémunir même si le coût n’a aucun sens . C’est sur cette particularité du cerveau humain que prospèrent les sociétés d’assurance.

Comment faire alors ?

Je ne connais pas la réponse .

Par contre, je sais que l’on désinforme souvent les patients sur l’intérêt des traitements , majorant les effets positifs quand ils existent voir les affirmant quand bien même ils n’existent pas , minorant systématiquement les effets négatifs .

Sur ce dernier point, il est possible de faire quelque chose : réclamer la transparence et la mise à disposition de tous de données souvent cachées.

5 commentaires

  1. Bonjour,
    Nos pensées se rejoignent ! Infirmière libérale , j’ai vu partir en ambulance des morts vivants , épuisés, qui pour une radiothérapie, qui pour une chimiothérapie, « de la dernière chance ».
    Bien sur , le malade peut refuser … Mais souvent , c’est l’espoir fou de la famille qui mène la danse.
    Ne plus rien faire , c’est accepter la mort du père , du frère , de la sœur ou de l’enfant.
    Le médecin s’empêtre ou s’en fout, la famille espère , le patient lutte déjà contre la maladie, alors avoir la force de renoncer à une  » dernière chance » .
    La chance , c’est d’avoir une famille bien préparée par les soignants , un médecin intelligent, des équipes de soins palliatifs performantes , des infirmières compétentes à domicile … Oui, c’est vraiment une chance , celle de finir sa vie à son domicile , avec le moins de souffrance et le plus de dignité possible.
    Ça existe , je l’ai vécu aussi auprès de certains patients , et cela me rend plus amère encore pour ceux qui n’y ont pas droit.

  2. Intéressant.
    De quelle émission s’agissait-il ? j’aimerais bien la podcaster…

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