Je viens lire le dernier article de Martin Winckler : Parole de patient , éthique du soignant.

Cet article m’a laissé particulièrement mal à l’aise .

En effet, j’ai eu le sentiment que la description du patient ne représentait pas les patients que je rencontre, mais une frange minoritaire de ceux-ci . De plus le soignant, le médecin est lui représenté comme majoritairement maltraitant.

J’ai eu le sentiment d’une caricature de la relation médecin/patient où le patient est présenté comme un personnage fragile face au médecin tout puissant et dictatorial.

Il affirme que le patient arrive avec des signes et attend du médecin de l’écoute et du partage d’information et un diagnostic ouvrant sur un traitement. Je n’en disconviens pas mais le plus souvent je rencontre des patients qui viennent avec un diagnostic ( j’ai la grippe ) et qui attendent ( ou exigent)  un traitement . Quand ce n’est pas : je viens car je voudrais faire un bilan , une radio etc . Beaucoup de patients ne viennent pas solliciter un diagnostic mais recevoir ce qu’ils ont déjà décidé que le médecin devait faire .

Le patient souffre, c’est une certitude , sinon il ne consulterait pas . Mais sa demande de soulagement est souvent disproportionnée par rapport aux possibilités thérapeutiques . Ainsi à entendre la plupart des patients qui souffrent physiquement, le seul antalgique qu’il faudrait prescrire est la morphine car la plupart n’admettent pas qu’un corps vivant est un corps susceptible de souffrir momentanément et qu’une sédation classique ne permet pas une sédation complète de la douleur.

Cet article me parait être loin de la réalité : le patient décrit est idéalisé et donc minoritaire  .

De plus cet article est complètement à charge : à comprendre Martin Winkler, les patients ont tous les droits et le médecin aucun . D’ailleurs le « décalogue du soin énoncé par le patient » en fin d’article n’exprime que les devoirs des médecins.

Je ne retrouve pas dans cet article une pratique quotidienne.

Oui il existe des médecins maltraitants, imbus de leur personne, paternalistes directifs etc , mais il en existe d’autres à l’opposé de ce cliché.

Oui, il existe des patients maltraités par leur médecin mais il existe aussi des patients vindicatifs, méprisants , exigeant des thérapeutiques non adaptées et n’ayant aucun respect pour le médecin consulté le considérant comme quelqu’un devant délivré ce que lui a décidé .

Je trouve donc cet article trop caricatural pour être informatif .

Je le trouve trop culpabilisant pour le médecin en montant un patient roi comme il existe l’enfant roi.

La réalité est plus complexe.

6 commentaires

  1. Jean-Jacques75

    Moi, j’approuve complètement Martin Winkler. Vous transformez le 9° qui veut surtout dire « vous respecterez tous les soignants et pas seulement ceux qui ont des galons supérieurs aux votres » comme un kiné ou une infirmière par exemple. Eh oui messieurs le malade a des droits et ceux qui le soignent des devoirs. Je ne souhaite pas être soigné par l’un de vous.

  2. Moi aussi, les écrits de MW m’indisposent, au moins font ils réagir les médecins … Vu nos réactions, écrites sur nos blogs perso, nous semblons de plus en plus nombreux à penser et à manifester le fait qu’une personnalité comme la sienne ne peut pas prétendre représenter le corps médical en entier, et encore moins la parole de tous les patients. http://www.cris-et-chuchotements.net/article-j-ai-ete-reste-et-resterai-un-medecin-mal-adroit-mais-bien-traitant-122781455.html

  3. Salut,
    C’est drôle (ou pas) comme une fois de plus un écrit de MW engendre le malaise chez un médecin qui ne se trouvait très certainement pas dans son champ de tir. Ceux visés sont malheureusement bien protégés au fond de leur bunker d’où ils n’entendent ni ne voient rien. Même les plus grosses frappes de MW ne les atteignent pas à mon avis.
    Je pense qu’au fond, toi comme le commentateur précédent (Pascal CHARBONNEL) et MW êtes sur la même longueur d’onde.
    Ce qui est certain, c’est que l’histoire se répète, petit retour en arrière : http://www.martinwinckler.com/spip.php?article1071
    Amitiés à toi et à MW 😉

    • Merci Sylvain pour ton commentaire.

      Ce qui me gène dans le billet de MV est qu’il met le patient sur un piédestal.
      Je suis d’accord avec lui qu’un certain nombre de médecin sont maltraitant et c’est inadmissible .
      Mais est-ce en surélevant la position du patient dans la relation que l’on permettra de rétablir l’équilibre , je ne le crois pas .

      La relation doit être équilibrée.
      Il n’y a pas d’un coté un patient avec des droits et de l’autre un soignant avec des devoirs .
      C’est ce que j’ai compris dans son billet et c’est cela qui m’a mis mal à l’aise .

      Je ne crois pas que l’on peut rééquilibrer une relation en « gonflant » le coté plus en retrait mais au contraire en « degonflant » le coté qui est trop « haut ».

      Pour moi , c’est une mauvaise approche .
      Oui à la dénonciation de comportement intolérable .
      Non à la « sanctification » du coté le plus faible.

  4. Pascal CHARBONNEL

    merci de ce texte qui met en forme le malaise que j’ai ressenti.
    comment peut-on écrire
    9° Tu respecteras tous les autres soignants,
    Quand l’autre soignant a rendu le patient impuissant et énurétique pour une intervention sur la prostate qui n’était pas médicalement justifié .

    Tout ceci sent le retour de balancier face à des situations de non respect de certains soignants.
    vivement le juste milieu, respectueux des uns et des autres.

    (Et puis j’ai du mal avec les décalogues de tout poil)

    • Merci pour ce commentaire.

      Je ne pouvais pas tout développer mais respecter les soignants non respectables ( il y en a !) est en effet une réelle difficulté.

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