J’ai critiqué la position du Pr Vallancien qui nous délivre régulièrement sur son blog La Vérité sur le monde de la médecine.

Le Pr Vallancien détient La Vérité et l’expose de façon péremptoire .

Il exprime La Vérité dans tous les domaines de la médecine et récemment sur la problématique du vaccin Gardasil. De la part d’un urologue , je trouve cela intéressant !

Comment peut-il ainsi affirmer sa vérité sans le moindre doute ? Comment peut-il demander des sanctions pour ceux qui mettent en doute ce qu’il exprime?

Dans quel monde vit-il ?

Un monde où il n’y a pas de place au scepticisme. Un monde en noir et blanc. Un monde qui exprime la violence de celui qui sait.

Comment peut-il être si sûr de ce qu’il affirme ?

Cependant, il n’est pas le seul. Le JIM par la voix de ses journalistes, fait la même chose. D’autres médecins dans leurs commentaires reprennent le flambeau . Comment peuvent-ils tous être si sûr de détenir La Vérité ?

La mémoire ramène pourtant des scandales comme ceux du Vioxx, de l’Acomplia et de façon plus proche  celui du Médiator? Certains ouvrages comme Big Pharma racontent de façon détaillée et référencée les comportements de l’industrie pharmaceutique plus intéressée à faire des bénéfices qu’à se préoccuper de la santé des patients . Ce livre n’est qu’un parmi de très nombreux qui détaillent le sujet.

N’ont-ils pas de mémoire ? Sont-ils aveugles devant les milliers d’articles qui soulèvent le problème de la fraude ( voir un de ces articles ) , des données cachées, des comportements délictueux de l’industrie pharmaceutique au point que  Des Spence éditioraliste au BMJ ( British Médical Journal) affirme que l’ EBM ( evidence base médecine) , la médecine par les preuves n’existe plus.

De plus tous ces articles qui pour ces défenseurs de l’industrie pharmaceutiques sont des preuves ne sont que le reflet de ce que celle-ci veut promouvoir . Ainsi en 2004 le rédacteur en chef de The Lancet , une des revues médicales les plus prestigieuses écrivait : « Les revues sont devenues des opérations de blanchiment d’information pour l’industrie pharmaceutique »(1).

Est-ce alors, leurs parcours, leurs  titres, leurs exercices professionnels  qui  mettent ainsi ces « spécialistes » dans la position rigide de ceux qui croient détenir détenir La Vérité ? Ou est-ce tout simplement le confort d’un égo valorisé?  Je ne sais pas, seuls les intéressés pourraient le dire .

En tout cas , moi je doute, je m’interroge , j’essaie de mettre les informations en perspective .

J’ai des convictions comme tout un chacun mais celles-ci peuvent être remises en question à la lumière de nouvelles publications .

Moi aussi , j’ai cru à un moment détenir la vérité et cela pendant bien longtemps . J’ai cru détenir LA VERITE en faisant mien ce qui m’a été enseigné . En effet, comment penser  que mes professeurs  pouvaient  mentir ( ou du moins travestir la réalité) , comment penser que mes professeurs puissent m’enseigner des choses fausses ?

J’ai ainsi reçu pendant de nombreuses années les équipes marketing des laboratoires pharmaceutiques que l’on appelle les visiteuses médicales ( ce sont majoritairement des femmes) . J’ai cru et fait mien ce qu’elles m’enseignaient appuyés par les études cliniques signées par des grands noms de la médecine française et étrangère. D’ailleurs à l’hôpital où m’a été enseigné la médecine mes « maîtres » accueillaient à bras ouvert ces représentants du marketing de l’industrie pharmaceutique ( c’est d’ailleurs toujours le cas).

Et un jour ce fut le déclic. Je me souviens que ce déclic fut l’histoire de l’Acomplia . Ce médicament m’avait été présenté comme « merveilleux » pour perdre du poids . J’avais adhéré au discours avec d’autant plus de convictions que de très nombreuses études cliniques démontraient l’intérêt et l’innocuité de ce médicament . Je l’ai donc prescrit à de nombreuses femmes inquiètes de leur surpoids. Je voulais honnêtement les aider . Et quelques années plus tard, ce médicament a été brutalement retiré du marché car responsable de nombreux morts. J’ai également appris que le laboratoire fabriquant ce médicament ,le savait depuis le début. Je me suis souvenu alors de l’affaire du Vioxx qui avait subit le même sort quelques années auparavant .

J’ai alors dit STOP. Stop à la manipulation, stop à la désinformation que je subissais.

J’ai prévenu les laboratoires qui me « courtisaient » que je ne recevrais plus leurs déléguées médicales . Je me souviens de leur incompréhension , me demandant à chaque fois : « mais comment saurez vous les nouveautés qui sortent » . Je les ai rassurés en leur expliquant que j’avais à ma disposition beaucoup d’articles à lire et qu’internet qui était devenu performant me permettait d’être largement au courant de ce qui pouvait avoir de l’intérêt pour mes patients.

Aujourd’hui, je ne comprends pas pourquoi la majorité de mes confrères n’ont pas suivi le même parcours que moi.

Par soumission à l’autorité ? Par manque de temps peut être?

Il est notable que rechercher de l’information par soit-même prend plus de temps que de se la voir servie par des représentants de laboratoire . Mais ce « temps perdu » est largement compensé par la fiabilité de l’information obtenue par soi même.

Peut être est-ce aussi la volonté de rester dans le confort?  Il est en effet plus facile de suivre ce que des grands noms de la médecine professent que de s’interroger. Il est plus facile de recevoir les louanges du marketing pharmaceutique que d’être fustigé par tous ceux qui à leur suite vous agressent ou vous insultent . Ne pas suivre la norme est très mal vu ici comme ailleurs.

Je ne comprends pas malgré tout  pourquoi des médecins de haut niveau comme le Pr Vallancien n’ont pas encore entamé le cheminement qui a été le mien. Une minorité de professeur l’a fait . Pourquoi pas lui ? Pourquoi pas tous ses suiveurs ? Pourquoi un tel aveuglement, une telle surdité , une telle cécité ? Car l’information est aujourd’hui facilement disponible, elle peut être de plus recoupée .

C’est vrai que pour faire une démarche de scepticisme , il faut une volonté . C’est vrai que c’est inconfortable de douter.

Mais il y a peut-être aussi d’autres raisons à ce manque de recul, d’autres raisons à cette cécité, d’autres raisons sans doute INAVOUABLES  !!!

1- Richard Horton , « The dawn of McScience », New York Review of Books, vo. 51(2004), n°4, p 7-9

6 commentaires

  1. L’auteur devrait comprendre que le patient n’en a rien à cirer de savoir si son médecin détient la Vérité ou pas. Ce qu’il veut c’est être soigné selon des règles consensuelles établies par des sociétés savantes, par les AMM et par les recommandations nationales et internationales. Il existe un risque infime que le médecin qui ne suit pas ces règles détienne la Vérité mais un risque gigantesque qu’il se trompe lourdement. D’ailleurs une recertification retirerai la certification d’un médecin qui prétendrait rejeter la vérité des consensus scientifique et professionnel au nom de son propre droit à faire prévaloir sa vérité.

    • Par exemple, pour les compléments alimentaires de perlimpinpin, il y a deux Vérités: la vérité de l’auteur d’un coté et la vérité des experts américains de l’autre coté***
      Autrement dit deux niveaux d’expertise égal, sans conteste. Comment savoir alors qui détient la vérité ? C’est bien sûr impossible.
      Mais les patients face à deux avis aussi contradictoires doivent plutôt faire confiance aux experts américains, car leur avis repose sur des études et sur une expertise collégiale. Ils ont probablement torts et l’auteur du blog a certainement raison, mais cette attitude des patients (se fonder sur des consensus établis par des études et validés de manière collégiale) doit être systématique pour éviter de tomber sur un auteur qui se trompe lourdement avec toutes les conséquences négatives que cela impliquerait.
      ***http://www.jim.fr/medecin/actualites/medicale/e-docs/un_supplement_sur_linutilite_des_supplements_en_vitamines__145418/document_actu_med.phtml

  2. Je pense que là aussi le principe du moindre effort répond à question du pourquoi la cécité. L’information sur internet, comme tu le dis, demande à être vérifiée, recoupée. Comme le discours d’un « faiseur de La Vérité » l’engage un tant soit peu sur le plan juridique, se « ranger » derrière son discours permet d’avoir un avis rapidement, sans effort, et à l’abris d’une position officielle.

    C’est un peu comme un discours de Soral : des fausses vérités rapidement lancées qui demandent un effort conséquent pour être contrées. Sur le plan statistique, trop peu sont pré-armés ou disponibles intellectuellement pour flairer le piège, et la balance penche vers le faux.

    • Merci pour ce commentaire

      Oui, c’est souvent confortable de ne pas se poser de question et de suivre « bêtement » le « faiseur de la Vérité » ( j’aime bien l’expression) .
      Par ailleurs il est « amusant » de constater que d’un coté un certain nombre de spécialistes considère les médecins généralistes comme juste bon à signer des papiers, juste bon à renouveler les ordonnances de ces même spécialistes et que d’un autre coté quand les généralistes se mettent à exercer leurs réelles compétences , ces spécialistes les insultent.

      J’ai toujours en mémoire la phrase de La Boetie : « Soyez résolu de pas subir et vous voilà libre »

      Mais cette liberté n’est pas donnée, elle se gagne !

  3. Excellente analyse (à mon avis) du Docteur Marc Girard sur les obligations vaccinales, sujet qui peut être élargi à nombre de médications :
    http://www.rolandsimion.org/spip.php?article298

  4. Des raisons inavouables….Il y a ceux qui touchent des chèques, ce ne sont pas les plus nombreux et là si on pouvait « degré-ifier » la culpabilité, indéniablement ils le sont.
    Mais la plupart sont inconscients et il se trouve que nous sommes dans une période où la science a perdu de son aura. la science ne l’est plus…. »scientifique ».
    Or, elle le fut, du moins dans les imaginaires. Peut-être que tous ces grrrrands médecins qui ont soufflé le chaud et le froid pendant des décennies n’osent même pas d’un point de vue individuel se poser la question de leurs engagements pour des médicaments, des labos au fil de leur vie. Ce serait pour les grands scientifiques qu’ils pensent être un horrible constat d’erreur ou d’errements dans lesquels ils ont entraîné des générations d’étudiants plus l’argent et les illusions des citoyens et c’est profondément déstabilisant. Savoir faire un retour sur soi qui ne serait pas complaisant n’est pas rien et cela d’autant plus que l’on n’est pas un « grrrand médecin » sans avoir sa dose de vanité, de narcissisme. Avoir construit sa place dans cette bulle de ce qu’est un grand homme:
    -je sauve des vies grâce à l’indiscutable science que je suis seul à connaître…je peux pas vous expliquer, c’est trop compliqué, y a que les trèèès intelligents comme moi qui comprennent…je vous dis quoi faire…faites moi confiance, cette place là on ne peut pas la lâcher facilement. Pas forcément pour des histoires de sous, mais parce qu’on tombe de son piédestal. Je crois que l’on sous-estime ce qu’apporte au médecin:
    1- le regard admiratif de ses pairs (sous-pairs)
    2- le regard reconnaissant du patient
    Le mot « vanité » est largement en-deça de la réalité car trop connoté. C’est le sens même de la vie pour beaucoup de médecins. Donc plus que de l’inconscience….du déni.
    Se coucher le soir et se dire qu’on a fait du bien à l’humanité est sans doute plus valorisant que de se dire qu’on aurait du surveiller le gonflement des chevilles. Tant que nous aurons des relations de « maître à disciple », nous n’en sortirons pas. Et les choses changeront peut-être dans les vingt ans qui viennent car cette génération de médecins baignés dans l’idée du progrès scientifique en marche, les restes des trente glorieuses, vont disparaître mais quelle sera l’alternative?
    Des médecins énarques et spécialistes en marketing et en communication brrrrrrrrr

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