Vous avez sans doute aperçu il y a quelque temps dans l’actualité la sortie d’une étude canadienne qui a étudié sur plus de 20 ans l’efficacité de la mammographie de dépistage . Il y avait eu peu de temps avant , une société médicale  Suisse qui déconseillait  la mammographie de dépistage alors que chez nous on la renforçait.

Certain de mes confrères se sont réjouis. Une preuve de plus que la mammographie de dépistage ne servait à rien .Les choses allaient obligatoirement bouger. C’était aller vraiment trop vite en besogne .

Moi même sur un forum de discussion , j’ai essayé de défendre ce fait . J’étais seul, absolument seul face à un petit nombre actif « pro-mammographie » de dépistage . J’ai eu beau argumenter, en particulier en mettant en avant le fait que la mortalité était la même dans le bras mammographie que dans le bras sans mammographie, rien n’y a fait . La seule réponse que j’ai eu c’est : « mais on vous dit que cette étude est biaisée » .

Dire qu’une étude est biaisée, c’est affirmer que ses conclusions ne sont pas valables. Or toutes les études comportent des biais, aucune n’en est exempte. Pourtant certaines sont plus « solides » que d’autres . Celle là en fait partie . Une des raisons qui fait qu’elle est solide , c’est qu’elle a été randomisée . Ce mot barbare signifie que les patients sont tirés au sort et ainsi on peut obtenir deux groupes homogènes, donc comparables . Je ne vais pas rentrer dans un débat technique  , mais tout cela pour dire que parmi les études , cette étude canadienne apporte des garanties de fiabilité importante.

Or, cette étude ne changera sans doute rien . Ce n’est d’ailleurs pas la première étude « sérieuse » qui met en doute l’intérêt de la mammographie.

Comment se fait-il que quelque soit l’étude qui interroge sur l’intérêt de la mammographie, cette dernière est considérée comme n’ayant aucune valeur?

Rachel Campergue et La Crabahuteuse ont bien expliqué cela sur leurs blogs respectifs, le débat, la polémique qui a suivi la sortie de l’étude. Je vous engage à lire leurs articles.

Qui croire alors dans cette histoire ? Les défenseurs de la mammographie qui affirment que l’intérêt de la mammographie de dépistage n’est pas remis en cause . Ou ceux qui doutent de son intérêt et cette étude vient à nouveau apporter une « preuve » supplémentaire.

Je crois que cette histoire montre une fois de plus qu’il est quasiment impossible de faire changer d’avis ceux qui prône « l’action » plutôt que la retenue . La seule voix qui semble commencer à avoir des doutes, c’est celle de William DAB qui pourtant est un des promoteurs de la mammographie de dépistage .

Je ne suis pas vraiment optimiste pour l’avenir . Sylvain Fevre a dénoncé certaine pratique scandaleuse comme la promotion de la mammographie de dépistage à partir de 40 ans dans des unités mobiles . Les autorités compétentes que sont les ARS ont été interpellées. Silence absolu et absence de réaction.

Que faut-il alors pour que le dépistage organisé du cancer du sein par mammographie soit interrompu ?

4 commentaires

  1. Louis Lebrun

    Au risque de « désespérer Billancourt »…

    J’ai relu – rapidement – le premier rapport d’évaluation du programme national de dépistage systématique du cancer du sein, publié en mars 1997 (oui, 1997) par la jeune ANAES, qui succédait à l’ANDEM, toujours disponible sur le site de la HAS (http://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_272140/fr/evaluation-du-programme-national-de-depistage-systematique-du-cancer-du-sein?xtmc=&xtcr=23).

    Une conclusion intermédiaire, page 25, dit certes que « l’intérêt d’un dépistage systématique du cancer du sein chez les femmes de plus de 50 ans est scientifiquement établi, dans des conditions expérimentales ou quasi expérimentales. L’efficacité d’un programme mis en œuvre dépend des conditions de son déroulement. »

    Mais déjà, dans les pages précédentes, les questions des avantages et des inconvénients avaient été abordées : « L’étude et la prise en compte des inconvénients d’un programme systématique organisé deviennent d’autant plus nécessaires que le gain de mortalité relative devient moins important pour les populations dépistées (cf. supra, données de la littérature). »

    Sa phrase conclusive était : « Les femmes susceptibles de tirer avantage du dépistage du cancer du sein doivent pouvoir bénéficier de la meilleure qualité possible, associée à une utilisation optimale des ressources financières disponibles et à une évaluation rigoureuse du dispositif mis en place. »

    Je souligne : « une évaluation rigoureuse »…

    Ce rapport, déjà, avait eu peu d’écho. Pourquoi ? Pourtant, il n’est pas si mauvais, ni périmé, je crois… J’ai bien quelques idées ; mais ne peux les formuler, vu mes liens d’intérêt : j’en suis l’auteur (sous la direction du Pr. Claudine Blum-Boisgard).

    • Merci pour ce commentaire.

      Certain rapport , dont celui dont vous faite état ne sont peut être pas aussi catégorique pour l’intérêt de la mammographie de dépistage , comme vous le soulignez . Cependant dans la réalité des faits, dans ce qui se pratique, c’est  » faite vous dépister » . Le débat ( la polémique ?) est balayé par les promoteurs . Cela a bien été montré sur les blogs dont j’ai conseillé la lecture .

      Et que pensez de la promotion de la mammographie dès 40 ans , mis en lumière par Sylvain Fevre , qui n’est elle basée sur aucune donné scientifique et que les autorités pourtant informées ne prennent aucune mesure pour faire interrompre de telle pratique.
      Comme écrit Martine Bronner, c’est peut être que l’interruption de ces pratiques gênerait beaucoup de médecin.

      • Entre 40 et 49 ans, je renvoie à la position belge :
        Le centre fédéral d’expertise des soins de santé belge (KCE) a publié le 8 janvier 2014 (https://kce.fgov.be/fr/publication/report/d%C3%A9pistage-du-cancer-du-sein-messages-en-support-d%E2%80%99un-choix-inform%C3%A9) un rapport et une série de guides « Éléments d’information à intégrer dans les outils de communication sur le dépistage du cancer du sein » pour les femmes de 40 à 49 ans, 50 à 59 ans, 60 à 69 ans, 70 à 79 ans. Forts bien faits à mon avis, ces documents expliquent pourquoi les autorités européennes et belges déconseillent le dépistage de ce cancer avant 50 ans et après 69 ans, mais le recommandent entre 50 et 69 ans.

        Effectivement, comme vous le soulignez, la promotion de la mammographie dès 40 ans n’est basée sur aucune donnée scientifique.

  2. Je vais être odieuse!!
    et si cette immense refus de renégocier voire même d’informer correctement les patientes n’était qu’une défense de ces médecins qui ont vanté le dépistage à tour de bras et seraient tout près de se poser des questions…
    Si au moins nos institutions décidaient d’informer les patientes sans vouloir être incitatif…au moins ça….histoire de laisser du champ à la discussion, au choix. Nous avons le choix

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