Je découvre comme beaucoup l’article du Monde : Dominique Bertinotti , ministre et malade du cancer .

Il parait que cette article fait le buzz sur internet . Cela n’est pas surprenant . Une maladie grave ( le cancer du sein), qui plus est potentiellement mortelle et qui peut toucher toutes les femmes, a de quoi faire parler . D’autant plus qu’elle touche une ministre qui a choisi aujourd’hui d’en parler après plusieurs mois de silence .

Cette prise de parole amène certaine réaction dont celle de Catherine Cerisey dont le combat pour la mammographie de dépistage n’est pas un secret.

Dans ce billet , elle s’indigne de la différence de traitement entre une ministre et une française de « base » . En cela elle a tout à fait raison . Le santé en France serait inégalitaire , ce n’est pas un scoop !!!

Mais là n’est pas mon propos.

Ce que je remarque c’est qu‘il est admis et c’est même un dogme :un cancer découvert par mammographie de dépistage  est un cancer qui allait tuer la femme .

Vous le savez cela est faux.

Ainsi Dominique Bertinotti écrit : « Au commencement, la mammographie de routine. Pas facile de choisir une date en plein projet de loi sur le mariage pour tous, qui a été présenté en conseil des ministres fin 2012. Au Parlement, on sait qu’on part pour des nuits marathon et qu’on ne maîtrise plus ses horaires. Le meilleur moment est pile entre la première lecture à l’Assemblée et celle du Sénat. Le 22 février tombe bien. Un vendredi. Qui n’a pas guetté avec hantise les signes de tête d’un radiologue ? La phrase tombe. « Les images sont très suspectes, il faut analyser les tissus, vite. »

Puis un peu plus loin : » « Je n’avais rien, aucun signe. Et puis à un moment, sans transition, vous devenez un malade. Vous entrez bien portante, vous ressortez dans un autre monde. »

Cette article est la meilleure promotion pour ce dépistage .

Je ne sais pas le type histologique du cancer de Dominique Bertinotti. Est-ce le cancer intracanalaire responsable de surdiagnostique et de surtraitement ? Dominique Bertinotti fait-elle partie des 9/10 des femmes victimes du surdiagnostic et du surtraitement ou du 1/10 pour lesquelles la mammographie a permis de découvrir tôt un cancer invasif qui se serait développé et qu’elle aurait découvert plus tard ?

Ces questions resteront sans réponse .

Par contre ce qui est sur , c’est que la promotion de la mammographie de dépistage vient de « marquer des points « .

J’ai déjà exprimé ici, , là aussi et encore là , cette problématique .

Je vous encourage à lire aussi le site de Rachel Campergue qui a écrit « No Mammo »

Enfin, le site de Martine Bronner , une de ces rares femmes qui bien qu’ayant été traité d’un cancer du sein , porte un autre regard  sur ce dépistage et ose remettre en cause le dogme.

Toutes les femmes ( et aussi les professionnels de santé) devraient lire ces deux blogs.
Et il est dommage que Mme Dominique Bertinotti ne les ai pas lu avant . Peut être n’est-il pas trop tard ? J’en doute.

 

8 commentaires

  1. Pingback: Les coulisses de No Mammo ou comment (presque) dégouter un auteur | Expertise citoyenne

  2. Madame le ministre était en pleine illégalité vis à vis du code du travail : aucune salariée ne peut s’absenter sans arrêt de travail , en pointillé : pour les séances de chimio et de radiothérapie (parfois longues quand l’appareil tombe en panne et que tout les patients de la journée sont bloqués ).
    seule solution : prendre des 1/2 journées de vacances à répétition !!! très suspect pour l’employeur.
    Ne faudrait -il pas adapter clairement les choses pour les femmes qui veulent travailler parallèlement au traitement

  3. Brune d’abondance, je comprends ce que vous dites mais…. »relais dormants »? Ça pose quand même de grandes questions au sujet du boulot de journaliste! Serait ce dire que les rédactions définissent une politique de santé? Et ceci de façon unanime??

  4. Merci pour votre blog et pour ce message. Continuez votre combat pour la réinformation des femmes, vous-même, CMT, le Dr du 16, le FORMINDEP ainsi que d’autres médecins lucides, intègres et courageux. Votre action est d’une efficacité remarquable, compte tenu de sa faible retransmission par le mainstream médiatique, celui –ci étant en situation de dépendance économique vis-à-vis du lobby rose, par le biais des budgets publicitaires et des subventions étatiques.
    Cela dit, certaines journalistes ont tout compris et elles constituent autant de relais dormants en votre faveur au sein des rédactions, même si elles sont plus ou moins dans l’obligation professionnelle de le dissimuler.
    Il est à présent possible d’évaluer la prise de conscience des femmes. En effet, Après la campagne octobre rose 2012, « l’Inca a voulu savoir comment ces polémiques étaient perçues par les femmes en interrogeant 508 femmes entre 50 et 74 ans ».
    Voir l’article du Figaro : http://sante.lefigaro.fr/actualite/2013/10/02/21326-cancer-sein-depistage-organise-stagne
    « Un quart d’entre elles a entendu parler de ces débats. Elles indiquent se souvenir des limites de la mammographie (17 %), des dangers des rayons (16 %), de la fréquence trop élevée et dangereuse de la mammographie (11 %) ou encore de «faux positifs» (10 %) ».
    « Les femmes qui ont entendu parler de ces controverses sont plus réticentes à participer au dépistage: 56 % d’entre elles affirment que la campagne les incite à aller passer une mammographie, alors qu’elles sont 69 % à l’être quand elles n’en ont pas entendu parler ».

    Autrement dit, grâce aux efforts des lanceurs d’alertes, 1 femme sur 4 entre 50 et 74 ans est désormais consciente de l’existence d’un problème au niveau du dépistage, soit probablement 1 200 000 femmes, si l’on extrapole ces résultats à l’ensemble de cette classe d’âge.
    Au surplus et de la même manière, 13% des femmes interrogées sont réticentes à participer au dépistage et réfractaires à la propagande d’octobre rose, soit 600 000 femmes de cette classe d’âge. (Sans parler de l’impact sur les autres classes d’âges).
    Voilà qui est tout à fait encourageant et qui explique la violence verbale s’exprimant dans certains propos des ayatollahs du dépistage, inquiets pour le chiffre d’affaires de leur boutique et le financement de leur prochaine voiture de sport.

    • Un grand merci pour ce commentaire particulièrement intéressant.

      Tout d’abord par la vision positive de notre action , même si je ne me classe pas dans la catégorie des lanceurs d’alerte. Je pense plutôt être quelqu’un qui a une vision non consensuelle.
      Les chiffres que vous apportez sont très intéressants même si je crois qu’il est abusif de nous en attribuer l’effet. Vous savez très bien que la relation de cause à effet est très difficile à mettre en œuvre. Il n’empêche que je crois que les médecins blogueurs permettre d’apprendre des « choses » qui ne sont dites nulle part. Ainsi le Docteurdu16 qui lit régulièrement des articles en langues anglaises , les commentaires de CMT, et bien d’autres, m’ ( nous) apprend beaucoup. C’est aussi le combat de Dominique Dupagne une des figures de la médecine 2.0

      Par ailleurs vous écrivez : « Cela dit, certaines journalistes ont tout compris et elles constituent autant de relais dormants en votre faveur au sein des rédactions, même si elles sont plus ou moins dans l’obligation professionnelle de le dissimuler. » . c’est particulièrement encourageant de lire cela car j’ai souvent le sentiment de « prêcher dans le désert » .
      J’ai bien conscience qu’un blog comme le mien permet toutes les libertés « éditoriales » ce qui n’est pas le cas des journalistes « enfermés » dans la norme et les règles de leurs publications où ils (elles) ne peuvent pas toujours écrire ce qu’ils (elles) veulent.
      Merci donc pour cette « information ».

  5. Merci pour ce post qui expose le problème avec clarté et concision.
    J’en profite pour te dire que j’apprécie beaucoup ton blog.
    Tu as su exprimer de manière claire la question qui m’obsède et que j’ai du mal à formuler chaque fois que le lis un commentaire ou un post de patientes qui parlent de leurs souffrances, en tant que patientes prises dans l’engrenage inexorable des traitements après la découverte d’un cancer du sein lors d’une mammographie de dépistage. Si je n’arrive pas à formuler cette question, c’est en partie par respect envers les patientes. Comme quoi, moi aussi, je m’autocensure.
    La question est celle-ci : est-ce que le cancer qu’on lui a découvert était un vrai cancer, un cancer qui risquait de lui coûter la vie s’il n’était pas traité ?

    Question d’autant plus pertinente que les femmes chez qui un cancer est diagnostiqué au cours du dépistage organisé sont très majoritairement, et de par la définition même du dépistage organisé, des femmes qui ne se plaignaient de rien avant leur mammographie. Et qu’une fois qu’elles ont reçu la funeste annonce : « vous avez un cancer » se plaignent surtout des conséquences des traitements sur leur santé.

    Au fond, toute la légitimité de ces femmes à s’exprimer dans les médias, et à, le plus souvent, inciter les autres femmes à se faire dépister, ne repose que sur leur intime conviction de jouer leur vie dans l’aventure. Celle-ci ne repose à son tour que sur ce qu’on leur a dit, laissé croire ou penser puisqu’aucun oncologue ou anatomopathologiste, pour aussi chevronné qu’il soit, n’est capable de prédire l’évolution des petits cancers localisés qui constituent la majorité des cancers découverts lors du dépistage organisé.
    Officiellement, si j’en crois la jeune remplaçante MG avec qui j’ai eu une discussion plus ou moins orageuse et contrariante, « il n’y a pas de faux positifs à la mammographie »(faux positifs = faux cancers pris à tort pour des vrais). Cela est faux, évidemment. L’INCA soi-même, le reconnaît. Et peut-être ne m’a-t-elle dit cela que pour essayer de m’imposer de force ses propres convictions au sujet de la nécessité impérieuse de se soumettre au dépistage.

    Ce qui importe ici c’est donc l’intime conviction, celle qui va rendre une patient lyrique dans l’exposé de ses propres souffrances et qui va soulever l’émotion de foules et emmener des armées de femmes, en files bien ordonnées, à se faire dépister dans les centre dédiés.
    Ce qui compte aussi, c’est la charge symbolique du mot cancer, parce que depuis que l’amélioration du niveau de vie, et dans une moindre mesure, les progrès techniques et de la médecine, ont réduit vertigineusement la mortalité infantile et la mortalité précoce, allongeant d’une trentaine d’années en l’espace d’un siècle l’espérance de vie à la naissance, le cancer fait figure d’épouvantail, immédiatement assimilé à l’idée de mort.

    Mais la bonne question, celle qu’une patiente devrait se poser sans oser le faire, tellement elle est prise dans le sentiment d’urgence, est celle que pose Rachel Campergue à la p 276 de son livre et à laquelle des chercheurs ont essayé de répondre. La question est : est-ce que le dépistage organisé va sauver ma vie en cas de découverte d’un cancer ? (J. D ; Keen, J. E Keen, « What’s the point : will screening mammography save my life?”). La réponse varie avec l’âge et la fréquence des cancers. Plus les femmes sont jeunes et les cancer sont rares plus les chances qu’une mammographie pratiquée chez toutes les femmes sauve la vie de celles chez qui le cancer est découvert. La réponse ne sont pas des chiffres durs mais forcément approximatives car une série de critères peuvent les influencer et les modifier. Mais, au total, on peut retenir que MOINS DE CINQ POUR CENT des femmes chez qui un cancer est découvert par la mammographie de dépistage verront leur vie sauvée. Parmi les autres ont trouve les quelques femmes chez qui le traitement est inefficace et une forte majorité de femmes que leur « cancer » n’aurait jamais inquiété.

    Si je peux mettre le mot cancer entre guillemets c’est que, même l’examen histopathologique des biopsies est tributaire de l’interprétation des anatomopathologistes et ne garantit pas qu’un cancer soit un cancer. Ce fait est nié par les experts mais est confirmé par l’expérience malheureuse de certaines femmes et aussi par une étude, exposée p 251 du livre de Rachel Campergue. L’étude montre que quand 24 spécimens de biopsie sont proposés à 6 anatomopathologistes la proportion de diagnostics de cancers varie de 12,5% (des 24 spécimens, soit 3 cancers sur 24) à 33% (soit 8 cancers sur les 24 spécimens). Transposons cela sur les millions de femmes dépistées dans les pays développés, et cela peut nous donner une idée de l’hécatombe.

    Après il y a aussi l’ »utilisation » qui est faite par chaque patiente de son diagnostique. Et je souscris à l’analyse de cette blogueuse que le « coming out » de la Minsitre déléguée est bien de nature à faire vendre du papier , à faire pleurer dans les chaumières, et à lui garantir un avancement de carrière compassionnel mais qu’elle n’a rien fait, de sa place, pour améliorer le sort des victimes du cancer et des victimes du dépistage : http://fuckmycancer.fr/2013/11/cancer-bertinotti/ (via docdu16).

    • Merci pour ce commentaire

      En effet, le dépistage par mammographie est fait d’incertitudes et les promoteurs y mettent des certitudes .

      On n’évoque que très peu l’incertitude du diagnostic anatomopathologique ( étude au microscope) or celle-ci est sans doute plus grande que l’on imagine.

      Incertitude de l’image radiologique + incertitude de la non nocivité des rayons à répétition sur des seins + incertitude de l’anapath , cela fait beaucoup . Et pourtant l’institution, la majorité médicale visible ne doute pas et même affirme ses certitudes comme je l’ai souligné dans un précédent billet : « on sait … »

      Le problème est que ces « certitudes » entrainent beaucoup de souffrance qui sont sans doute inutile , et c’est bien là le problème .

  6. Bravo.
    La concision de ce billet et sa pertinence me rendent joyeux.
    Mais la parole de la ministre aura plus d’influences que ce post. Malheureusement.
    Au moment où l’INCa commence à parler de sur diagnostic (et pas encore de sur traitement), ils sont passés de 0 à 10 ou 20 %, on mesure le chemin qu’il reste à parcourir avant de pouvoir parler sereinement du cancer du sein aux personnes bien portantes, bien entendu, mais surtout aux médecins décideurs qui en sont restés, pour des raisons mystérieuses, au tout dépistage quel qu’en soit le prix.
    Merci encore.

  7. « A un moment sans transition, vous devenez malade. Vous entrez bien portante, vous ressortez dans un autre monde ». Dominique Bertinotti n’aurait pu mieux résumer l’« effet mammographie ». Elle décrit ensuite parfaitement les effets du traitement – pas de la maladie notons le bien – et l’on ne peut que compatir en imaginant ce qu’elle a traversé. Mais le fait reste, terrible,qu’il se peut très bien que tout cela ait été parfaitement inutile. Tout ce beau courage pour rien. Ç’aurait pu être un choix, à respecter. Ce fut un parcours fléché. Il semble que DB ignorait tout du risque de surdiagnostic, ou du moins de ses implications, lorsqu’elle s’est soumise à cette mammo de routine. Seule l’information permet un véritable choix, avant ET après la mammographie. De façon regrettable, chaque fois qu’une personne célèbre rend publique une expérience où elle eut l’impression d’être entrainée dans un engrenage qu’elle ne contrôlait plus, ce sentiment de non-choix perdure, relayé avec les meilleures intentions du monde. Comme le souligne l’auteur du post, cette déclaration de Dominique Bertinotti est la meilleure pub qui soit pour le dépistage. Du moins n’a-t-on pas eu droit cette fois à la phrase qui tue –littéralement – « La mammographie m’a sauvé la vie ». Merci pour ce très beau billet dont le titre dit tout.

    Rachel Campergue

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