Sur son blog Luc Perino écrit un papier sur le dépistage du cancer du sein par mammographie. Le mois d’octobre se prête bien à la publication de ce type de papier .

Il prend le parti de fournir ce qu’il appelle une « information éclairée » . C’est à dire qu’il présente « dos à dos » les partisans de ce dépistage et les opposants.

Il fourni donc, d’après lui, l’information juste pour permettre à chaque femme de se déterminer.

Qui pourrait ne pas être d’accord avec « une information éclairée » ? Personne, bien évidemment.

Mais justement, l’ information qu’il donne est-elle véritablement dans sa présentation éclairée?

Peut-on mettre sur le même pied d’égalité , la lourde machinerie du dépistage du cancer du sein par mammographie, qui s’entretient elle-même de ses slogans et de ses études justificatives; et les « franc tireurs » des opposants qui n’ont derrière eux que la réflexion et le recul ?

Peut-on mettre sur le même pied d’égalité des intérêts financiers importants et une indépendance qui n’a rien à gagner que la vindicte des premiers ?

Pour moi, il n’y a pas égalité de traitement de l’information des promoteurs et des opposants . Le dernier téléphone sonne sur France Inter en est un criant exemple.

Au delà, de cet exemple , l’information éclairée est-elle possible? En d’autre terme , peut-on en médecine délivrer une information neutre et équilibrée?

Je pense que non, car quelque soit le recul que peut prendre un médecin vis à vis de l’information médicale , il sera toujours influencé par quelque chose de non quantifiable : son intime conviction. En effet, contrairement à ce que pense beaucoup, la médecine n’est pas une science car elle fait appel à de nombreux éléments de l’humain qui ne sont pas évaluables.

PS du 19/10/2014

Article sur le site du Quotidien du Médecin:

Dépistage organisé du cancer du sein : l’absence de pilotage inquiète les médecins

La fédération nationale des comités féminins pour la prévention et le dépistage des cancers, groupement d’associations d’usagers à travers toute la France, a organisé son 13e colloque autour de la problématique d’actualité du cancer du sein avec, en toile de fond, cette question : quel avenir pour le dépistage ?

Selon la Fédération et sa représentante parisienne, Maggy Camp, « les polémiques toxiques sur l’intérêt du dépistage » créent un climat délétère qui ne va pas dans le sens souhaité. Aujourd’hui, si le taux de participation au dépistage organisé avoisine les 53 % et que l’on y ajoute les 10 à 15 % de femmes qui se font dépister de manière individuelle, ce sont toujours un tiers d’entre elles qui n’entrent pas dans le circuit de prévention.

Un navire sans pilote

Invités à se prononcer sur l’état des lieux du dépistage organisé (DO) du cancer du sein, de nombreux professionnels de santé, parties prenantes dans le dispositif, ont tenu à faire part de leurs inquiétudes quant à son mode de fonctionnement, voire sa pérennité.

Brigitte Seradour, radiologue et médecin coordonnateur d’Arcades 13 (Association pour la recherche et le dépistage du cancer du sein, du col de l’utérus et des cancers colorectaux, dans les Bouches-du-Rhône), rappelle ainsi que, malgré de nombreux acquis comme l’équité, la gratuité et l’existence d’un contrôle qualité indépendant, « la situation semble aujourd’hui plus ou moins bloquée, sans toutefois que le DO soit clairement menacé ».

En cause selon elle, « la disparition des groupes de pilotage depuis l’instauration des ARS ». Ce « flou de la part des décideurs » qui se caractérise par « l’absence de réunions régulières et de professionnels experts auprès des institutions » entraine une crainte de voir « se détricoter quelque chose qui fonctionne ». Une opinion que partage le Dr Chantal De Seze, directeur de l’Assocation pour le dépistage des cancers dans l’Oise : « Il y a aujourd’hui un monde qui nous sépare des décideurs, notamment depuis l’abandon des comités de suivi ».

Renforcer l’information

Pour Anne Lesur, oncosénologue et responsable du parcours Sein de l’Institut de cancérologie de Lorraine (Nancy), « on ne donne pas assez d’informations sur les chiffres qui parlent en faveur du dépistage […] Les facteurs de risque restent très mal connus et les idées toutes faites perdurent ». Ce que confirme le Dr Martine Rousseau, médecin généraliste et membre du comité des usagers et des professionnels de l’INCa (Comup) : « La crainte du reste à charge et la peur du cancer ne sont pas compensées par une information claire et massive qui plaiderait pour le dépistage. »

Le Dr De Seze rappelle à cet effet que « les messages négatifs non fondés impactent lourdement les populations les plus sensibles, avec le risque de voir s’écrouler tout l’édifice de la prévention ». « Des polémiques anti dépistages à répétition » que déplore B. Seradour, tout comme Jacques Niney, président de la Fédération nationale des médecins radiologues, qui insiste en outre sur « la nécessité de maintenir des points d’accès spécifiques du dépistage organisé, notamment dans les zones où les radiologues manquent ». Cette redynamisation du DO, selon A. Lesur, passera par « une valorisation du plan diagnostic et une optimisation du discours par tous les professionnels concernés ».

› BENOÎT THELLIEZ

Ici pas de promotion de  » l’information éclairée « , c’est le moins que l’on puisse dire

12 commentaires

  1. Merci pour ce commentaire poétique .
    Le ton agressif des pro mammographies me fait m’interroger sur le fait qu’il se passe peut être quelque chose qui les « terrorisent » . En effet, ils expliquent que seulement 53% des femmes se soumettent au dépistage.
    C’est je crois un chiffre que l’on peut interpréter peut être comme un signe qu’une majorité de femmes ne succombent pas à la désinformation .
    En ce sens c’est plus qu’encourageant.

    • Oui, c’est vrai, voyons également le verre à moitié plein – ça rafraîchit l’air ambiant…

      Néanmoins, les 53 % concernent le « dépistage organisé » ou « de masse ». Il faudrait rajouter à ce taux, les dépistages que l’on appelle « ciblés », « personnalisés » et/ou « sauvages », qui ne se justifient pas toujours (et se trouvant, parfois, en-dehors de la tranche d’âge 50-74 ans)… Mais là, nous entrons dans un autre domaine, parallèle : un petit nodule, un petit fibro-adénome, qui n’auraient jamais fait parler d’eux, par exemple…
      Le docteur Marc Girard analyse fort bien ce problème dans son dernier Ouvrage (paragraphe « Dépistage », page 120).

      Oui, heureusement que toutes les femmes ne succombent pas à la désinformation. 🙂

  2. Je viens de rajouter en PS , un article paru sur le site du Quotidien du médecin ( accès réservé) qui est proprement scandaleux par l’affirmation que l’on doit écraser les arguments des « opposants »

    • Bonjour,

      « La termitière future m’épouvante. Et je hais leur vertu de robots. Moi, j’étais fait pour être jardinier. » (Hippocrate)

      Il y aura toujours quelques « Hippocrate » modernes, informés, honnêtes, « épouvantés par la termitière », qui feront, à la manière d’un jardinier altruiste et désintéressé, refleurir la vie gâchée d’une « poignée » (…) de femmes.

      Merci pour le partage de ce sombre article, en ce dimanche pluvieux…

  3. Vous savez, Béranger chantait : « L’abrutissement par voie médiatique »…
    « Les squelettes n’ont pas de seins, mais ils ont des hanches… » ; c’est de lui aussi.

  4. Bonjour à tous,

    A part le très excellent Ouvrage de Rachel Campergue (et, bien sûr, les études de Bernard Junod, Peter Gøtzsche, Bernard Duperray, Docteur Welch et quelques autres), il y a un expert/médecin (mathématicien de formation) dont on parle peu : le Docteur Marc Girard. Et son dernier très courageux Livre !
    Là : http://www.rolandsimion.org/ (notamment « Les entourloupes du mois rose – parties 1 et 2 » ; « La face obscure de la mammographie », et bien d’autres articles super instructifs).
    « La brutalisation du corps féminin dans la médecine moderne » : voilà un Ouvrage qui peut changer une vie !

    J’ai été touchée de très près par le sujet de la mammo… Mon combat est déjà ancien.
    Après avoir beaucoup lu, discuté (avec souvent l’humiliation à la clé) avec médecins et radiologues, je suis satisfaite de l’information fournie par tous les Ouvrages et Etudes cités ci-dessus. J’ai pu faire la synthèse pour prendre, ce que j’estime être la bonne décision. Le problème, c’est le « harcèlement » (centre de dépistages, médecins, radiologues, etc.).

    « Laissez votre cerveau en salle d’attente ; le récupérer à la sortie »…
    Et tous les jours, on nous lave le cerveau avec ce « ruban rose », et sa banderole de mensonges…
    Rachel Campergue, elle, enseigne « L’art de dénouer le ruban rose » !

    Je pense également que le « discours oecuménique » (laisser le choix à la femme) devrait laisser la place à une information plus franche et plus directe. Comme le dit Peter Gøtzsche : « Si le dépistage était un médicament, il aurait été retiré ».

    Je reste d’avis que c’est également à la patiente de s’investir, de s’impliquer, de s’engager, et de se forger sa « propre information éclairée ». C’est trop facile de tout mettre sur le dos de nos médecins, et surtout de ceux qui s’efforcent de prendre position et de nous informer !

    « Se pourrait-il que les marques ne rosissent que pour les billets verts ? » (Jeanine Poggi – Magazine Forbes – extrait du livre de Rachel Campergue)

    Bonne journée à tous.
    La Fontaine disait : « Si jamais vous avez des filles, laissez-les lire. » !

  5. Bonne question ! Qu’est-ce que l’information éclairée ? Elle est impossible : comment éclairer quelqu’un alors que l’on a soi-même une conviction ?
    Octobre Rose montre à quel point la marchandisation du corps (ici des femmes) s’intègre parfaitement dans une démarche consumériste globale (Estée Lauder vend des mammographes, des anti cancéreux, des diplômes de radiologues pour le bien du peuple des femmes ; cela me rappelle furieusement la chanson d’Alain Souchon : « Foules sentimentales »).
    Octobre Rose pervertit la relation médecine / malade et malade / médecin puisqu’elle présuppose que c’est le dépistage organisé qui a raison et qu’il y a quelques farfelus, sectaires ou je ne sais qui, qui s’y opposent.
    Quant à Luc Perino il donne 5 minutes à Hitler et 5 minutes aux juifs (comme le disait jean-Luc Godard à propos de l’objectivité de l’information — et ne me cassez pas la tête sur le fait que j’aurais atteint le point Godwin) en citant très académiquement les références mais sans prendre parti.
    Disons que moi, je prends parti contre le dépistage organisé, et que si une malade, après que je lui eu expliqué les pour et les contre, veut quand même faire la mammographie, je lui dis OK, c’est votre choix mais ne vous laissez pas presser par le système : je connais d’autres radiologues, d’autres anapath, d’autres chirurgiens qui seront ad hoc pour gérer.
    Merci encore pour ce billet.

  6. Pensez-vous franchement que les intérêts financiers soient d’un seul côté. Il y a des radiologues, heureusement peu nombreux, qui se battent pour la fin du dépistage organisé en espérant récuperer les femmes de 40 ans.
    Attention donc au manichéisme.
    D’autre part on peut parler d’autre chose que de dépistage pendant Octobre Rose

    • En tout cas, je ne pense pas que du coté des opposants à la mammographie, il y ait des intérêts financiers .
      Que des radiologues se battent contre le dépistage, j’en conviens ( j’en connais) mais ils ne sont pas majoritaires.

  7. « Pour moi, il n’y a pas égalité de traitement de l’information des promoteurs et des opposants . Le dernier téléphone sonne sur France Inter en est un criant exemple. » Ça, c’est le moindre que l’on puisse dire. Un plateau anti-débat par excellence; Mais je trouve votre billet un tantinet contradictoire. Quand on voit le matraquage d’octobre rose, la difficulté que rencontrent les opposants (ou tout au moins ceux qui tentent de compléter et de nuancer les propos des beniouioui de l’INCa) à s’exprimer dans les médias à forte audience, il me semble quand même indispensable d’oeuvrer pour que les femmes aient au moins connaissance de la controverse. Vous êtes médecin, vous disposez de votre littérature professionnelle, des débats sur le sujet avec vos collègues. Mais les patientes? Doivent-elles se contenter de l’intime conviction de leur gynéco ou de leur MG? Vous proposez quoi, qu’elles moutonnent derrière eux plutôt que derrière le ruban rose??? Certains pays font l’effort d’équilibrer un tantinet l’information qu’ils fournissent aux femmes qu’ils invitent à venir se faire dépister ex : UK : (http://www.dailymail.co.uk/health/article-2422320/Women-told-drawbacks-breast-cancer-screening-time-experts-acknowledge-treated-unnecessarily.html ) (http://www.cancerscreening.nhs.uk/breastscreen/publications/nhsbsp.pdf)
    Québec (http://www.infoiiq.org/actualites/soutien-la-prise-de-decision-eclairee-concernant-le-depistage-du-cancer-du-sein). La vague polémique soulevée par « No mammo » de Rachel Campergue (Si peu relayée par ces mêmes médias) et un article de UFC Que Choisir ont sans doute permis que nos chères instances officielles introduisent TRÈS timidement cette année quelques allusions aux risques dans leur campagne, mais l’esprit n’a en rien changé : le message reste le même. Une nana de plus de 50 ans qui ne va pas se faire dépister est traitée comme une simplette décérébrée et irresponsable et tout est fait dans le discours pour la culpabiliser et la trainer jusqu’au cabinet de radiologie le plus proche. Il parait apparemment inconcevable à ces messieurs dames qu’elle puisse avoir pris une décision après mûre réflexion (ce qui est somme toute logique puisqu’ils font absolument tout pour que cela n’arrive pas!). Voulez-vous aider les grands manitous à maintenir cette panurgisation en place sous le prétexte fallacieux que « l’information éclairée » est impossible??? Bien sûr que cette dernière est toujours incomplète et/ou quelque peu partiale et/ou deviendra peut-être obsolète avec l’avancée de la recherche, mais ne peut-on pas tout simplement dire aux femmes que cet examen qu’elles sont invitées à passer tous les 2 ans n’est pas anodin? Qu’il ne présente pas QUE de merveilleux avantages et qu’il est important qu’elles prennent deux minutes pour voir ce qui SELON ELLES est le plus important dans la balance bénéfices/risques? Ont-elles moins de capacités que vous à se forger une « intime conviction »?

    • Je ne veux pas dire qu’il ne faut pas informer les femmes sur les risques du dépistage.
      Ce que je veux dire c’est que l’information éclairée est un leurre.
      Les promoteurs considéreront qu’ils donnent une information éclairée si ils évoquent le fait qu’il y a une polémique. Mais ils se garderont bien de donner des arguments forts et garderont les arguments forts ( protège du cancer, sauve la vie ….) pour le dépistage.
      Dans le cas du billet évoqué, il est passé sous silence que les arguments des pro dépistages, même s’ils sont mis un pied d’égalité , ont de nombreux biais ( conflits d’intérêts, biais de sélection pour les études choisis comme preuves etc ) et donc sont « inférieurs » aux arguments des opposants. L’auteur est en faveur du dépistage .

      Ce que je voulais dire au final, c’est que l’information délivré par chaque médecin n’est jamais neutre et qu’elle est fortement influencée par ses propres convictions. Mais c’est ainsi pour tout acte médical. Il ne viendrait à l’idée de personne que à l’issu d’une consultation le médecin sorte au moins deux ordonnances en demandant au patient de choisir quel médicament il veut . Après lui avoir expliqué la différence entre les deux ordonnances . A chaque fois, le médecin fait un choix en fonction de ses propres connaissances, convictions, croyances.

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