Vous ne le savez sans doute pas , mais une de mes compétences est la nutrition . J’ai même obtenu un diplôme d’université (DU) . Le Conseil de l’Ordre des Médecins m’interdit d’en faire état ( j’ai été menacé de sanction pour avoir fait écrire dans l’annuaire téléphonique : orientation nutrition) , mais là n’est pas la question.

Depuis ces dernières années, j’ai suivi avec inquiétude le développement de la chirurgie de l’obésité ( nommé bariatrique par la faculté) . En effet, cette chirurgie est présentée comme « miraculeuse » aux patients atteint d’obésité plus ou moins prononcée. Comme vous le savez, dès qu’il est question de « progrès » ou de « nouveauté » , l’argent n’est pas loin. Ce domaine n’échappe pas à la règle et tous ceux qui transitent autour de cette chirurgie : chirurgien, diététicienne, psychologue, endocrinologue , voient leur chiffre d’affaire progresser nettement.

En quoi consiste cette chirurgie ? Pendant de nombreuses années, l’anneau gastrique qui réduit la taille de l’estomac était la chirurgie principale. Depuis peu, une chirurgie plus radicale est mise en avant . Il s’agit ni plus ni moins que d’enlever une partie du système digestif des patients obèses . Il s’agit donc d’une chirurgie très mutilante et irréversible ( à l’inverse de l’anneau qui est réversible)

Mais est-ce que le patient  tire un bénéfice de cette chirurgie ?

Avant de répondre , je voudrais apporter une précision. Vous savez , pour ceux qui lisent ce que j’ai écrit que : corrélation n’est pas causalité. Si je fais cette précision dans ce cas , c’est que l’on nous présente la chirurgie de l’obésité comme étant le nec plus ultra, LA solution  . La preuve, les constantes biologiques comme la glycémie sont de façon spectaculaire améliorée par cette chirurgie.

A coté de l’amélioration de ses facteurs de risques ( diabète, hypertension, cancers ….) qu’en est-il du patient lui même, dans sa globalité.

Pour cela, peu d’études en parlent. Tout juste ai-je la notion que le taux de suicide est très supérieur à la normale après cette chirurgie radicale . Mais qui se soucie de l’état d’esprit du patient après qu’il ait accepté l’opération ? Sûrement pas le chirurgien qui l’a opéré . Pour lui une fois les suites opératoires passées, ce n’est plus son rôle.

La réponse à la question du bénéfice qui parait évident pour beaucoup d’intervenants , ne semble pas si évidente , voire même remise en question.

C’est ce qu’atteste une étude récente dont je vous mets le compte rendu et la référence:

La chirurgie bariatrique est-elle coût-efficace dans le traitement de l’obésité ?

Weiner J.P. et al. Impact of bariatric surgery on health care costs of obese persons : a 6-year follow-up of surgical and comparison cohorts using health plan data. JAMA SURG 2013 ; 148 : 555-562.

http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/23426865

Pr Philippe Chanson

le 03-08-2013

La chirurgie bariatrique est devenue un traitement parfaitement légitime de l’obésité. Pour autant, permet-elle réellement une réduction des coûts de santé à long terme ?

Pour y répondre, une équipe américaine a réalisé une analyse complète des coûts de santé en fonction des types de procédure utilisés dans une vaste cohorte de patients américains ayant une assurance privée et qui avaient eu une chirurgie bariatrique. Ils ont été comparés à une cohorte de patients non opérés, après appariement. Cette étude porte sur près de 30 000 patients qui ont eu une chirurgie bariatrique entre 2002 et 2008.

Au cours de la 2nde et de la 3ème année après la chirurgie, les coûts totaux, dans le groupe traité par chirurgie bariatrique, étaient supérieurs à ceux non opérés. Après la 3éme année ils devenaient identiques les années ultérieures. Les prescriptions dans le groupe traité par chirurgie bariatrique et les coûts des visites chez le médecin étaient inférieurs alors que les coûts d’hospitalisation étaient supérieurs. Ceux qui avaient eu une chirurgie laparoscopique avaient des coûts inférieurs au cours des premières années après la chirurgie mais ces différences ne persistaient pas.

En conclusion, la chirurgie bariatrique ne réduit pas les coûts globaux de l’obésité à long terme. Il n’y a pas non plus d’argument pour penser que le type de chirurgie modifie les choses à long terme. Pour évaluer la valeur de la chirurgie bariatrique, il faudrait mettre en place des études axées sur les éventuels bénéfices potentiels d’une amélioration de la santé et du bien-être chez les personnes qui ont eu une chirurgie bariatrique… plutôt que sur des économies de coût.

Cette étude ne parle que des coûts de santé . La conclusion montre bien la gène des auteurs devant leurs résultats . En effet, si les coûts de santé après chirurgie sont plus importants c’est que sans doute les patients vont plus mal après qu’avant . C’est la raison pour laquelle ils se défendent de n’avoir étudier la question que sous l’angle des coûts.

Intéressant non ?

3 commentaires

  1. Certe c’est pas la méthode miracle mais elle reste une méthode efficace pour traiter les surcharges de graisse.

  2. Je pense qu’il faut également étudier le bénéfice psychologique, affectif, etc…
    Avoir pesé 140 kg des années malgré tous les régimes, hospitalisations, bilans, etc.
    et atteindre 85 Kg à 32 ans …. après la chirurgie .une vie transformée en particulier par le regard des autres et la sexualité
    H.R.
    PS : c’est pas moi, chance je n’ai pas de pb de poids..

    • Je ne conteste pas l’intérêt que cette méthode peut avoir de façon individuelle. Je conteste le fait qu’elle est présentée comme la solution miracle à tout problème de poids alors que cette méthode par la mutilation qu’elle provoque doit rester l’exception et non la règle comme c’est en train de le devenir.

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