Bonjour

J’ai eu à prendre en charge, avec d’autres confrères, il y a quelques jours un patient de 82 ans , diabétique de type 2 connu depuis plusieurs années, et qui n’allait pas bien. En effet, il avait une glycémie à jeun de 5,5g . Pour ceux qui ne maîtrisent pas le diabète, sachez que cette maladie est définie par une glycémie à jeun supérieure à 1,26g/l de sang . Pour un patient âgé, on considère qu’il est équilibré quand sa glycémie moyenne est aux alentours de 2g , en effet il y a plus de risques dans l’hypoglycémie que dans l’hyperglycémie . Néanmoins dans ce cas la glycémie était bien trop élevée et pouvait entraîner des complications graves . Je ne vais pas rentrer dans les détails de la prise en charge car là n’est pas mon propos.

Ce patient a donc été pris en charge de façon extra-hospitalière ( il ne pouvait pas être hospitalisé pour des raisons que je n’évoquerai pas ici ).

Malgré tout, en tant que médecins généralistes, nous avons voulu avoir l’avis d’un diabétologue pour nous aider .

Le conseil de ce dernier a été le suivant : Levemir le matin et Glavus le soir .

Le premier médicament est une insuline dit lente qui n’appelle pas de commentaires particuliers, le second par contre m’a interpellé.

Ce confrère hospitalier conseille donc de prescrire du Glavus le soir car il n’y a pas de risque d’hypoglycémie avec ce médicament et qu’il est efficace pour faire baisser la glycémie moyenne. Les arguments paraissent  « frappés au coin du bon sens » . D’ailleurs, la Haute Autorité de Santé dans un avis de 2009 concluait à un service médical rendu important mais un ASMR 5 ( Amélioration Service Médical Rendu) nul ( page 19 du document ) . Comment est-ce possible ? Que signifie cela ? Et bien tout simplement que le médicament est efficace mais n’apporte rien par rapport à ce qui existe déjà et est bien connu.

Alors , pourquoi conseiller ce médicament ? C’est la question que je me suis posé . Pourquoi ce spécialiste nous conseille-t-il ce médicament ? Vraisemblablement car il est convaincu de son efficacité ( en effet , l’ HAS le dit ) et que donc il apportera un bénéfice au patient.

Je suis allé voir ce que la revue indépendante Prescrire pensait de ce médicament. Je n’avais pas le souvenir que ce médicament était rentré dans la panoplie des médicaments utiles pour traiter le diabète.

En 2009 , Prescrire écrivait ceci « Médicament à éviter, profits d’effets secondaires indésirables chargés » . Elle rajoutait : « Son effet sur la glycémie est modeste ……..elle expose à des infections, des céphalées, des troubles de la conduction cardiaque, des œdèmes et des troubles hépatiques ».

En février 2013 le revue Prescrire enfonçait le clou : « Les inhibiteurs de la DPP-4 (alias gliptines) [ c’est la classe de médicaments dont fait partie le Glavus ] n’ont pas d’efficacité clinique prouvée et leur profil d’effets indésirables est constitué de pancréatites et réactions d’hypersensibilité notamment.

Donc pour être clair : ce médicament n’apporte rien au patient mais  a potentiellement des effets secondaires graves voire gravissimes.

Pourquoi donc , ce spécialiste diabétologue conseille aux médecins généralistes qui sollicitent un conseil pour le traitement d’un patient un tel médicament?

Comme je l’ai écrit plus haut, à l’évidence car il est convaincu de l’intérêt de ce médicament. J’en ai eu une preuve supplémentaire car lors d’un exposé fait en 2012 devant des jeunes internes en médecine, il « vantait » déjà ce médicament .Mais pourquoi est-il convaincu de l’intérêt de ce médicament alors que comme je vous l’ai montré , ni l’ HAS et encore moins la revue Prescrire ne vont dans ce sens ?

Je ne peux que donner ma conviction car je ne l’ai pas interrogé ( je n’en ai pas eu l’occasion et je ne souhaite pas l’appeler pour le lui demander car je crains qu’il ne le prenne mal et de toutes façons cela ne fera pas avancer le « schmilblick » pour le patient ).

Lit-il la revue Prescrire ? Je peux raisonnablement en douter car l’avis de Prescrire est sans ambiguïté ( ce n’est pas le cas pour tous les médicaments) . S’il la lit , pourquoi n’est-il pas en accord avec l’avis de non-prescription de ce traitement ? Car il a la conviction opposée . Comment est-ce possible ? Tout simplement en écoutant et en adhérant aux arguments présentés par les laboratoires commercialisant ce médicament.

En effet la plupart des médecins sont convaincus de n’être pas influencés par l’industrie pharmaceutique . Ils sont comme j’ai pu l’écrire « aveugles et sourds » . Je pense que ce cas illustre cet état de fait et que le chemin sera long pour inverser la tendance .

 

 

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