Mars est le mois du dépistage du cancer du colon.

Le slogan que ses promoteurs ont trouvé est Mars Bleu  . Bientôt, chaque mois aura une couleur pour la promotion du dépistage d’un cancer d’un organe différent . Bientôt un mois Orange pour le dépistage du cancer du poumon ? Vous croyez que je plaisante ? Pas tout à fait car la promotion du dépistage du cancer du poumon « pointe son nez » . De nombreux articles « scientifiques » en ce sens sont parus récemment .

Nous n’y sommes pas encore car aujourd’hui c’est Mars Bleu.

J’avais la notion que le dépistage du cancer du colon était peu performant et donc comme le dépistage du cancer du sein, entraînait de nombreux sur-diagnostics sans aucun bénéfice tangible. J’ai eu avec d’autres confrères abonnés à la revue Prescrire un débat sur le sujet. Un nouveau test de dépistage plus performant avait été annoncé l’année dernière et j’ai appris récemment qu’il était repoussé à 2014.

Dans la discussion avec mes confrères, l’un deux m’a rappelé d’article de 2007 que la revue Prescrire avait écrit sur le sujet ( rien depuis) . Qu’y apprend-on ?

La mortalité par cancer digestif est moindre dans le groupe dépisté mais paradoxalement la mortalité globale est identique . Cela veut dire que l’on y meure moins de cancer du colon mais que en fait , on meure autant si l’on est dépisté ou pas . Je ne sais pas si vous me suivez . Être dépisté n’améliore pas le fait de mourir ou non .

Le test Hémocult qui sert au dépistage du cancer du colon est de piètre qualité . C’est la raison pour laquelle le nouveau test de dépistage plus performant est attendu avec impatience, mais nous devrons patienter encore . Que nous apprend la revue Prescrire sur ce test  qui quand il est positif amène à pratiquer une coloscopie : » le dépistage n’a permis de découvrir
que moins de la moitié des cancers. » Le dépistage n’est donc efficace qu’à 50% .

Pour moi, un tel « outil » qui n’est efficace qu’une fois/2 peut être laissé de coté . Car cette efficacité plus que modeste se fait au prix de risques non négligeables en particulier dus à la coloscopie . Et je ne vous parle pas des inquiétudes provoquées par l’annonce d’un résultat positif à l’hémocult , ce que nous appelons des faux positifs ( l’annonce l’un possible cancer qui ne sera pas confirmé).

Malgré cela , par honnêteté je dois vous citer la conclusion de Prescrire : « En somme la balance bénéfices-risques du dépistage colorectal organisé apparaît favorable, mais l’efficacité est seulement modeste. La majorité des cancers colorectaux ne sont pas détectés par ce type de dépistage. »
Je ne suis absolument pas d’accord avec cette conclusion . Pour moi la balance bénéfice/risque est défavorable . C’est à dire que l’on ne retire aucun bénéfice à se faire dépister.

Pour conclure, je vous rappelle que si ce dépistage diminue bien le nombre de morts par cancer digestif , il ne diminue pas le nombre de morts au total . Comment cela se fait-il ? Il n’y a pas d’explication mais c’est un fait vérifiable . A quoi cela sert de moins mourir de cancer colo-rectal , si on meurt d’autres choses et qu’au total on meure autant.

3 commentaires

  1. Concernant le dépistage de ce cancer, la Collaboration Cochrane à mis à jour sa revue systématique en juin 2010. Leur conclusion montrant les avantages et inconvénients de ce dépistage peut nous amener à présenter aux personnes qui le souhaitent les informations sans parti pris.

    Elle est disponible en résumé scientifique et en langue simplifié pour le grand public au lien ci dessous:
    http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/14651858.CD001216.pub2/abstract.

    Qu’en pensez vous?

    Récemment le groupe « usagers de soins et communication » de la Collaboration Cochrane a réalisé une revue de la littérature sur le thème « Communication des risques personnalisée pour une prise de décision éclairée concernant les tests de dépistage ». Le résumé en langue simplifié est également disponible. Cela apporte un autre éclairage sur le sujet des dépistages (vu du coté usagers de soins).

    Disponible au lien ci dessous:
    http://cochrane.fr/index.php?option=com_k2&view=item&id=3928&recherche=d%C3%A9pistage+cancer+et+information&Itemid=537

    Qu’en pensez vous?

    • Merci pour ces références .
      Vous me demandez ce que j’en pense .

      Pour le dépistage du cancer colo-rectal , l’analyse Cochrane dit un peu ma même chose que Prescrire : une diminution modeste (16%) de l’incidence des cancers pour des effets secondaires non négligeables .
      Ensuite, c’est affaire d’analyse . Certain conclue que c’est utile dès lors qu’il y a un bénéfice même modeste . Je n’ai pas cette vision . Pour moi , le bénéfice doit être net pour se permettre d’admettre les risques non négligeables , ce qui est loin d’être le cas ici mais aussi dans la plupart des dépistages .
      D’où une réflexion qui commence à se faire jour : la surmédecine ou trop de médecine . J’ai le sentiment que le « Primun non nocere » , « d’abord ne pas nuire » est une notion complètement oubliée au profit du « toujours plus » quel qu’en soit le prix.

      La deuxième référence sur l’information éclairée montre bien que celle-ci est souvent un leurre .
      Même si c’est le cas , il ne faut pas tomber dans l’abus de la position d’autorité qui est la négation du patient ou du moins de sa possibilité de choix pour lui même.

  2. c’est exactement ma position. apparemment augmentation des cancers de l’intervalle, donc mortalité identique, parce que faussement rassurés par hemoccult « normal » les patients présentant des symptômes ne consultent pas…. Mars marron, aucun intérêt

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