La dernière problématique dont se sont saisis les médias concerne les pilules contraceptives de 3ème et 4ème génération.

Les autorités publiques en charge de la santé des Français , la ministre, l’ ANSM, viennent de prendre des mesures « brutales » concernant ces médicaments.

Ces mesures consistent à l’arrêt de remboursement des pilules incriminées ( déjà prévu pour septembre 2013) dès mars 2013 et éventuellement à réserver la prescription de ces pilules à certains spécialistes ( gynécologues probablement).

Ces autorités ne se moquent-elles pas du monde . Pour le dire plus abruptement « Est-ce que l’on ne se fout pas de notre gueule ? »

Ces pilules ont : un service médical rendu insuffisant, un risque d’accident thrombo-embolique 2 à 3 fois supérieur aux pilules de 1ère et 2ème génération  et des avantages spécifiques uniquement marketing ( acné et poids) . La seule mesure à prendre est donc de retirer ces pilules du marché. Quand j’entends défendre ces pilules avec l’argument que tout médicament possède des effets secondaires, je m’insurge. Les effets secondaires sont acceptables quand le médicament est utile . C’est l’histoire de la balance bénéfice/risque . Mais quand il n’est pas utile pourquoi admettre des risques ? Pourquoi admettre un risque supérieur pour ces pilules par rapport à celles de 2ème génération?

Ce problème de risque supérieur de ces pilules est-il de découverte récente ?

Bien sur que non , comme pour le Médiator, il est connu depuis pas mal d’années , ainsi dès 2009 un confrère en parlait sur son blog.

La revue Prescrire alertait dès 1996 .

J’affirme donc que ce sont des médecins de ce type ( il y en a d’autres) qui font œuvre de santé publique .

Quand les autorités agitent, de plus,  la menace de réserver la prescription à certains médecins spécialistes pour limiter justement cette prescription, là aussi je m’insurge ( pour parler poliment !!!) . Car qui prescrit le plus ces pilules dangereuses ? Ceux-là même à qui les autorités veulent réserver la prescription .

prescription piluleN’y-t-il pas un paradoxe?

Nos « autorités sanitaires » cherchent-elles vraiment à améliorer ou à protéger la santé des Français? En effet, les mesures de bon sens ne sont jamais prises . On nous promet un après Médiator mais il ne s’agit que de paroles car les faits eux sont têtus et les victimes de plus en plus nombreuses.

Mais alors pourquoi ?

J’ai une explication :  la priorité est ailleurs. La priorité n’est pas la santé mais la croissance, l’emploi, la santé financière des entreprises ( ici celle du médicament)

« Le cap est fixé », a-t-il ajouté, « tout pour la compétitivité, l’emploi et la croissance ». « Je n’en dévierai pas. Non par obstination, mais par conviction. C’est l’intérêt de la France. »

Vous n’avez pas le sentiment que ceux qui nous gouvernent ne cherchent en aucun cas à préserver la santé de ceux dont ils ont la charge ? Moi, en tout cas , c’est mon sentiment car sinon ils agiraient différemment et ce ne sont pas les discours qui font les actes.

Comment faire alors pour savoir ce qu’il faut faire pour préserver sa propre santé : aller sur internet sur les blogs médicaux indépendants et se faire sa propre idée .

 

7 commentaires

  1. On parle beaucoup de l’acné ou de la prise de poids, mais ce ne sont pas les seuls effets secondaires qui ont des répercussions dans la vie des femmes. J’ai eu des patientes qui sont sous 3e G ou 4e G parce que la 2e G leur supprime toute libido et les rends dépressive…

    Par ailleurs l’augmentation du risque thromboembolique reste beaucoup moins important que pour une grossesse et un accouchement. (On pourrait donc dire que la prise de 3e G diminue en fait le risque d’accident thromboembolique dans la population générale, car elle évite les grossesses et donc les risques qui vont avec).

    Et j’enfoncerai le clou avec une étude rétrospective du BMJ de 1999 qui compare les périodes d’avant et après le pill scare de 95 où la consommation de 3e et 4e G avait chuté de façon drastique et où il n’y a aucun effet sur la prévalence des TVE chez les femmes sous oestroprogestatifs.

    Après, en France, il est vrai que l’on manque de travaux de santé public, les seuls que j’ai en mémoire (mais c’est sélectif, vu mon domaine) sont ceux de l’INPES ; on a l’impression que les politiques sortent un « On a un problème de santé publique, attendez une seconde, j’ai une étude qui va arriver dans deux semaines pour le prouver ». Misère.

    • Merci pour votre commentaire qui me permet de répondre à ces arguments que l’on rencontrent et qui sont parfaitement marketing.
      1) La tolérance
      Si à leur sortie , les pilules 3G étaient mieux supportées que les 2G par une moindre dose de composé actif , c’est sans doute vrai mais depuis les pilules 2G se sont adaptées et il n’y a plus de différence de tolérance ( idem pour la libido)
      2) pilule versus grossesse
      Les pilules 3G seraient les seules contraceptives ? Les pilules 2G ne le seraient pas ?
      Car dire qu’il y a moins de risque thrombo-embolique sous pilule que lors d’une grossesse est une évidence .
      L’intérêt des 2G par rapport aux 3G est qu’elle font courir 2 fois moins de risque pour une efficacité identique .
      Donc quel est l’intérêt d’un pilule 3G versus grossesse ?
      3) La peur avec le rappel du « Pill scare »
      C’est un argument encore marketing que l’on connait bien ( vaccination grippe H1N1 pour ne citer qu’un exemple bien connu)
      C’est sous entendre encore une fois qu’il n’y a que les pilules 3G ( ou 4G) qui sont des contraceptifs.

      • Je ne dis pas qu’il n’y a qu’elle, et pour moi de toute façon ce ne sont que des pilules de 2e intention. Je ne sais pas à quoi ça tient, mais j’ai des patientes qui – on va appeler ça le ressenti clinique – se trouve « mal » sous 2e G. Elles ont des problèmes d’humeur, de libido, etc ; alors qu’elles se sentent « mieux » sous 3e G.

        Mais cela n’est sans doute que du « cas par cas » au final. Je ne peux pas dire que ces pilules sont « inutiles », même si je donne toujours l’information qu’elle présente un risque supplémentaire.

        Quand je parle du pill scare, c’est surtout parce que l’étude montre que même une grosse réduction de la consommation de 3e G ou 4e G malgrès le surrisque n’entraine pas d’augmentation de la prévalence des TVE… alors que logiquement…

        Après le reste du travail est à faire, comme toujours avant la prescription, et dans l’information. Parce que l’autre problème c’est qu’on prescrit beaucoup trop la pilule tout court.

        • Pour moi le problème est : service médical rendu insuffisant; risque multiplié par 2 par rapport aux 2G .
          Le « jeu » en vaut-il la chandelle?
          Pour moi non, et ce sur-risque justifie à mes yeux un retrait du marché.
          J’admets une évaluation différente si elle est totalement indépendante. A ce propos recevez-vous la visite médicale ?

          • Très peu, et plus pour des compléments alimentaires de grossesse que pour des pilules 🙂 Ce que j’ai appris viens des bouquins, des mes stages et de mes recherches personnelles uniquement, pas des laboratoires.

  2. Le lien ici renvoie vers Prescrire « ainsi dès 2009 un confrère en parlait sur son blog ».

  3. Je me suis posé la même question : qui fait de la santé publique en France ? L’INVS, tout occupé à faire la promotion des vaccins et de la mammographie, ne produit quasiment plus rien d’intéressant.

    Où est la production des universitaires de santé publique en France ? Où sont leurs prises de position scientifiques et argumentées dans les débats de santé publique qui agitent les médias ?

    Je crains d’avoir la réponse : la santé publique française est entièrement subordonnée au pouvoir politique, et se comporte donc comme un faire-valoir. Elle est capable de sortir les plus grosses énormités sans un accroc dans la plume, dans le seul but de valider les stratégies décidées en haut-lieu, aussi absurdes soient-elles.

    Une amie qui travaille dans un institut de statistiques me racontait son quotidien : des agences de santé qui débarquent et qui disent : « on voudrait une étude statistique qui montrerait que… »

    En France, on ne fonde pas les stratégies de santé publique sur l’état de la science, on fabrique la science qui appuie les stratégies de santé publique. Et surtout, on ferme sa gueule si on veut garder son poste. Alain Braillon en a fait les frais : http://www.viva.presse.fr/Rendez-vous-avec-Alain-Braillon-le_15374.html

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