Il ne se passe pas de semaines sans que l’on apprenne dans les médias que telle complémentation  en vitamines ou en acides gras essentiels ( oméga 3 ) favorise telle amélioration de la santé et quelques semaines plus tard , il est affirmé de façon péremptoire que c’est tout à fait faux.

J’ai ainsi lu sur twitter la réflexion d’un professeur de néphrologie ravi d’affirmer qu’enfin la polémique était close sur les oméga 3 et qu’ils étaient inutiles pour le cœur.

Encore plus récemment, une étude montrait une diminution de cancers après complémentation par un comprimé de multi-vitamines pris quotidiennement.

Devant une telle cacophonie quelles sont mes réflexions?

Tout d’abord , je suis toujours très surpris que dans ce débat, il y ait peu de voix pour dire que l’on mélange « les pommes et les poires » .

En effet , comment ne pas être surpris que toutes ces études considèrent les compléments alimentaires comme des  médicaments . Ils sont en effet étudiés de la même façon que les médicaments . Il s’agit d’études , pour les plus rigoureuses  en double aveugle contre placébo . On étudie l’effet de la prise de ces « comprimés » sur le long terme . C’est très bien mais pourquoi s’étonner que la plupart soient négatives? Tout simplement parce que ces compléments alimentaires sont considérés comme des médicaments et que par définition ils n’en sont pas .

Je m’explique.

Quelle est la différence entre un médicament et un complément alimentaire ? Tout simplement un médicament est un composé non fabriqué par l’organisme , étranger à notre alimentation et qui ne participe pas au fonctionnement de notre corps. Chaque individu est donc « vierge » de ce composant ou de cette molécule. Il en va de façon différente pour les vitamines et les oméga 3 , pour ne parler que d’eux .  Pour un médicament, on présuppose que chaque individu qui le reçoit ou ne le reçoit pas est identique . Comment affirmer par ailleurs que chaque individu a des taux de vitamines et d’oméga 3 identiques et donc que ces individus sont comparables entre eux ? Et pourtant c’est que l’on fait dans ce type d’études . Il est alors aisé de comprendre que la plupart des études soient négatives ce qui n’empêche pas d’affirmer l’inefficacité de tel composant après telle ou telle étude .

Or pour pouvoir conclure un effet dans une étude , il est pris bien soin de sélectionner des patients le plus semblables possible pour ensuite extrapoler à la population .

Cependant même pour des études sur des médicament , il existe une attitude de généralisation qui peut interroger . Ainsi, pour mémoire, je voudrais attirer votre attention sur les études qui montrent l’efficacité des médicaments pour faire baisser le cholestérol ( statines ) . Elles « prouveraient » par ailleurs que cette baisse du cholestérol améliore  la santé cardio-vasculaire et c’est la raison pour laquelle ces molécules sont très largement prescrites.

Ces études  ont été faites, pour la plupart, sur des hommes anglo-saxons ayant telle pathologie ( cardio-vasculaire par exemple)  . A partir de là , cela ne gène pas les promoteurs de ces médicaments de les prescrire chez des femmes françaises par exemple. Ils doivent sans doute penser qu’une femme française est en tout point comparable à un homme anglo-saxon. Cette remarque est faite pour attirer l’attention sur les « raccourcis » qui sont souvent fait et la généralisation de traitements à toute la population alors qu’ils ne devraient être réservés qu’à une petite minorité.

Tout cela pour dire qu’il est ici aussi très difficile d’avoir des conclusions « inattaquables » .

Ce qui est sur par contre c’est que nous sommes carencés dans la plupart des besoins naturels en différents composés comme les vitamines et les acides gras essentiels ( oméga 3 par exemple) . La raison en est simple : nos aliments , du fait de leur mode de production ne possèdent plus les vitamines et minéraux qu’ils possédaient dans le passé et de plus notre alimentation n’a plus rien à voir avec celle d’antan. Il est donc admis ( mais pas par tous) que quoi que nous fassions notre alimentation ne peut pas nous apporter 100% de nos besoins .

Ainsi, partant de ce constat, le bon sens peut nous amener à nous complémenter . Mais attention rien n’est simple . Il semble en effet qu’une complémentation ne doive pas se faire avec des doses massives de vitamines ( comme cela été le cas dans certaines études qui montraient alors une augmentation de cancers) mais avec des doses modérées et en prenant garde de ne pas augmenter l’apport en fer. La complémentation doit donc se faire à dose nutritionnelle ( doses les plus proches de ce que notre alimentation devrait nous apporter)

Vous l’aurez compris, je suis plutôt favorable à une complémentation . Mais pas n’importe comment et pas avec n’importe quoi.

4 commentaires

  1. Bonjour
    Je suis preneur de toutes publications montrant que des patients occidentaux avec alimentation équilibrée et sans pathologie sont comme vous l’affirmez carencés. Ensuite il faudrait montrer que la correction d’une hypothétique carence apporte un bénéfice quelconque. Au vu des études sur la vitamine D qui est probablement la vitamine pour laquelle on puisse imaginer que l’insuffisance soit le plus présente dans la population, les premières données d’essais de correction ne sont pas vraiment en faveur d’un effet quelque qu’il soit.
    L’alimentation apporte largement de quoi couvrir nos besoins en vitamines et oligoéléments si elle est équilibrée. La complémentation vitaminique est totalement inutile, jusqu’à preuve du contraire, chez des personnes en bonne santé.

    • Bonjour
      Un document important pour ce type d’étude même s’il commence à dater car de 2001 est :
      http://www.amazon.fr/Apports-nutritionnels-conseilles-population-fran%C3%A7aise/dp/2743004223

    • Bonjour Stéphane,

      il y a de nombreuses failles dans votre raisonnement.
      Vous parlez d’une alimentation « équilibrée », un objet conceptuel non défini, ou dont la variation varie tellement que chaque médecin ou diététicien en donne une définition différente.

      Votre raisonnement sur « la correction d’une hypothétique carence » est correcte. C’est un point faible du raisonnement médical mais je rappelle que lorsqu’on donne un médicament, on ne sait pas non plus quel effet il a chez les individus. On raisonne juste en « améliorations statistiques », mais non individuelles, ce qui est un sérieux problème.

      Votre phrase « L’alimentation apporte largement de quoi couvrir nos besoins en vitamines et oligoéléments si elle est équilibrée » est une affirmation dont vous n’apportez pas le début d’une preuve.
      Au contraire, il existe plusieurs études de population qui ont indiqué des déficits en France, aux USA, au Canada, en Angleterre, en Allemagne (Estivaf, enquête du Val de Marne, enquête Nutrition Canada, enquête Ten State Survey, Nationwide Food Survey, études de l’INCa, du CREDOC, etc.)

      Enfin, dire que la supplémentation est « inutile chez des gens en bonne santé » relève d’un sophisme assez basique.

      Il y a donc beaucoup de « croyances » dans votre remarque, mais au final, peu d’informations objectives.

      Ce sujet mérite un peu plus de complexité et d’attention.

      • La définition d’une alimentation équilibrée, c’est une alimentation qui apporte tout ce dont notre organisme a besoin ; que voulez-vous « prouver » là-dedans ? Rien d’étonnant à ce que des études montrent des déficits en France, pour ce que je vois autour de moi : je ne connais pas grand-monde qui mange suffisamment de légumes/fruits pour faire le plein de vitamines (jambon pâtes alterné avec steak purée, ça manque de beaucoup de choses !). Les populations des pays que vous citez ont théoriquement accès à une alimentation équilibrée, mais en pratique l’éducation alimentaire est tellement lacunaire que les pratiques sont loin d’être correctes.

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