Le livre des professeurs Even et Debré sorti il y a quelques semaines , a fait le buzz dans le monde de la santé et sur les médias.

Beaucoup de médias s’en sont fait l’écho.

Certains comme le Figaro.fr ont « convoqué » certains leaders d’opinion pour dire tout le mal qu’ils pensaient de ce livre . Vous pouvez le lire ici.

Que penser d’un tel livre quand on est comme moi , médecin généraliste ?

Tout d’abord, cette notion que beaucoup de médicaments sont inutiles est une évidence dans toute pratique médicale. Comment penser que dans les 3000 pages du Vidal ( sorte de dictionnaire de tous les médicaments disponibles en France ), tous les médicaments soient indispensables ?

Par ailleurs,  si le terme , souvent employé, de « médicament de confort » peut être jugé péjoratif , il faut bien reconnaître que beaucoup de médicaments sont symptomatiques . Cela veut  dire qu’ils soulagent les symptômes, les signes ressentis , d’une maladie. Ces médicaments à visée symptomatique , sans influence sur l’évolution de la maladie sont-ils pour autant inutiles ? Avoir un soulagement de ses maux de tête par du paracétamol , est-ce inutile? Dans ce domaine , chacun doit être le seul juge . Qui peut se mettre à la place de l’autre?

Tout cela pour dire que des médicaments indispensables ( comme les antibiotiques dans les maladies bactériennes par exemple ) il y en a peu dans l’offre pléthorique de médicaments.

Par contre dans les médicaments symptomatiques certains comportent des risques potentiels ( plus ou moins rares) qui peuvent poser la question de leur intérêt de prescription ; pour dire autrement : « le jeu en vaut-il la chandelle » ? C’est ce que l’on appelle peser le bénéfice/risque. Car soigner quelqu’un ce devrait être à chaque fois poser ce genre d’interrogation . Une partie de la profession n’a-t-elle pas perdu cette notion de vue ?

Dans cet article , nous ne connaissons pas , comme à chaque fois, les conflits d’intérêt de ces hautes autorités médicales que sont ces professeurs . C’est dommage cela nous aurait sans doute éclairé sur leurs possibles motivations.

Je trouve que le début de l’article est assez méprisant .

Tout d’abord vis à vis des auteurs de ce livre : leur reprocher de n’avoir pas soumis à relecture où à « à la critique de nombreux collègues à l’expertise ciblée reconnue » est curieux . Cela est bien la règle pour un article scientifique , pas pour un livre.

Ensuite écrire ceci : « Plus grave, après la lecture du livre, des patients risquent d’interrompre des traitements indispensables. » me parait méprisant pour tous les patients. C’est en effet présupposer que les patients sont incapables de jugement. C’est typiquement l’argument d’autorité : « nous médecins savons mieux que vous ce qui est bon pour vous ». Un patient bien informé par son médecin du pourquoi de chaque médicament de son ordonnance , saura faire la part des choses . A moins qu’informer les patients ne fassent pas partie de la conduite à tenir de ces professeurs ?

Une phrase un peu plus loin dans l’article m’a fait bondir : « Comment prétendre que « l’élévation du LDL cholestérol n’est pas un facteur de risque cardiovasculaire », qu’en conséquence les statines qui font baisser le cholestérol ne servent pas à grand-chose ».  Justement, l’intérêt des statines est de plus en plus remis en cause et cela depuis plusieurs années. La France est un des rares pays où l’information ne perce pas . Un des seuls cardiologues français à en parler est le Dr De Lorgeril .

Qui a en effet entendu parlé de ce que la FDA ( « Agence fédérale américaine des produits alimentaires et médicamenteux » ) a écrit sur les dangers de ces médicaments qui baissent le cholestérol ? Ce type de médicaments n’est justement pas indispensable et sans doute même dangereux pour la grande majorité des patients qui en prennent. C’est une information connue depuis de nombreuses années et de plus en plus étayée.

Les médicaments indispensables : c’est bien là où le « bât blesse » , sur cette notion de médicaments indispensables ou du moins utiles . Beaucoup de médecins et en particuliers les spécialistes ( mais aussi les généralistes ) considèrent et prescrivent un certains nombres de médicaments comme indispensables alors qu’ils ne le sont pas , souvenez vous des médicaments pour la maladie d’ Alzheimer, ce n’est pas si ancien .

Les raisons de la prescription des dernières « nouveautés » en sont diverses mais la proximité des médecins avec l’industrie pharmaceutique n’est pas étrangère à cela .

Ainsi, il existe souvent  une confusion organisée par les médias et les laboratoires c’est celle d’amalgamer nouveauté et progrès. Chaque nouveau médicament   est présenté par l’industrie pharmaceutique comme un progrès et beaucoup de médecins se précipitent pour les prescrire à leurs patients . Or depuis 20 ans à quelques exceptions près, il n’y a eu aucun progrès médicamenteux  majeur . Il y a même des scandales retentissant comme celui du Vioxx. Ce type de scandale peut encore se produire avec certains médicaments. En témoigne un court article récent , qui n’a pas eu « l’honneur » des grands titres de la presse. Or ce genres de scandales se multiplient.

Ce livre me parait donc une mine d’informations que les patients auront du mal à trouver ailleurs. Qu’il y ait des erreurs , c’est inévitable  dans un livre de près de 900 pages ? Est-ce une raison suffisante pour crier au scandale ? Je ne crois pas . A moins que les raisons soient à chercher ailleurs.

Que certains médecins soient gênés que de l’information sur les médicaments soient disponibles pour le plus grand nombre, cela ne me surprends pas  . Pour ma part cela ne me gène pas bien au contraire cela permet d’avoir une relation médecin/patient plus constructive.

 

 

 

8 commentaires

  1. Je me suis toujours demandé comme les médecins s’arrangent-ils avec leur conscience étant donné qu’ils se sont engagés à respecter le serment d’Hippocrate et notamment ce fameux passage (traduction de Littré) : « Je m’abstiendrai de tout mal et de toute injustice » (Primum NIL nocere, traduction latine en vogue dans les pays germanophones et plus exact que celle en vigueur dans les pays francophones : primum non nocere).
    En effet, ils prescrivent des médicaments avec des effets secondaires causant d’autres maux et parfois mortifères…

  2. C’est vrai que les médicaments anti-Alzheimer existent encore et sont largement prescrits. Une chose peut faire changer d’avis les médecins, ce sont les courriers de l’afssaps ( ou son successeur) qui je pense sont pris au sérieux par le corps médical.
    Par exemple nous avons reçu une circulaire concernant Vastarel ( pour les vertiges et acouphènes, pour la microcirculation) qui ecrit noir sur blanc que cela déclenche les Parkinsons. Et j’espère que ce médicament ne sera absolument plus prescrit dans un futur proche.

    • Je crains qu’hélas l’ ANSM ( successeur de l’Afssaps) ne soit pas la solution ( seule l’avenir nous le dira ) car il a fallu l’abrogation du conseil d’état pour suspendre des recommandations comme celle du diabète.
      Le problème est bien de faire passer une information indépendante auprès des médecins qui pour la plupart sont toujours très proche de l’industrie sans se rendre compte de l’effet délétère de cette proximité.

  3. Bonjour,

    Vous écrivez « souvenez vous des médicaments pour la maladie d’ Alzheimer, ce n’est pas si ancien . »
    Il me semble que cela laisse sous-entendre que les prescriptions d’Aricept, Réminyl et autres n’existent plus !
    J’ai travaillé quelques mois dans une EPHAD en tant qu’infirmière et bien je peux vous dire que jusqu’à fin août dernier, date de la fin de mon contrat à temps partiel (que je n’ai pas souhaité renouveler car la prise en charge médicale –entre autres, ces prescriptions- ne me plaisait pas) tous les patients plus ou moins déments étaient dans leur grande majorité sous un voire deux anti alzheimer. !! Je pourrais écrire des pages sur ce que j’ai vu !!
    Je crains qu’il ne faille longtemps avant que cela cesse au moins tant qu’ils seront remboursés.
    Respectueusement.

    • En effet, beaucoup de médecins restent « attachés » à leurs prescriptions . Déprescrire ou arrêter de prescrire n’est pas la règle.

  4. Si ce livre a fait un tabac c’est qu’il répond à une demande. Je sais qu’énormément de battage a été fait autour de sa parution, il n’empêche.
    Juste un petit commentaire: ils disent que si l’on mange moins de calories, on maigrit. D’accord dans l’absolu mais je ne suis pas toujours au frigo ( pas le temps) et je prends du poids; c’est plus complexe que ça.
    Donc ce livre fait réfléchir les patients, qui pour la plupart ensuite ont le bon sens de demander à leur médecin ce qu’il en pense. Et cela ne peut qu’enrichir la discussion.
    Le risque est que certains médecins se prennent pour Dieu le père  » ne lisez pas les notices vous pourriez avoir peur pour rien »,  » faites-moi confiance » etc. et ceux-là risquent de ne pas supporter qu’un tel livre existe.

    • Bien dit! Effectivement pas mal de médecins (H et F) se prennent encore (?!) pour Dieu, leur parole est sacré et la patient n’a qu’un seul droite: ecouter et suivre à l’aveugle ces paroles divines.

      Lundi dernier, j’ai encore une fois entendu, en ophtalmologie, que moi – le patient – ne constat rien, que la douleur ne vient point de ma maladie (Ah – pourtant quand le chiffre monte, la douleur s’installe), qu’uniquement le médecin avec ses examens techniques (sous-entend avec tout le matériel qu’il faut amortir et que le patient devient un beau billet d’euro) peut souvent constater une aggravation, une maladie. Cet hopital n’a point voulu voir le dossier existant, point le comparer avec l’avant l’actuel – son diagnostic ne se porta que sur l’actuel et cela ne me dit rien et un jeu de mot sur la definition de ma maladie (qui varie selon le pays, l’école médicale).

      Je pense et crois fermenet que d’un coté on prone le « patient éclairé » et ainsi apte à prendre ces choix, être partie active, mais en même temps on ne souhaite absolument pas que le patient connait sa maladie vraiment (preference qu’il reste la partie passive), car cela demande de communiquer et cela nombreux médecins refusent de le faire (par manque de temps pour certains, par manque de rénumération pour certains car un examen apporte plus que 5 minutes à parler – là je parle d ela médecin pratqiué en Allemagne).

      Quand aux médicaments dits de conforts, certe ne soigne point la maladie mais en médecine n’est-ce pas le cas pour ca 90% des soins et examens possibles et faissables qui soulagen mais ne guerrissent point la maladie? Une radio ne change en rien la guerisosn d’une fracture, seulement la décision de la suite de prise en charge médicale. Les examens des femmes enceintes – rien n’empêche que la grossesse se passe bien ou mal avec ou sans ces examns, sauf le milieu médical est renseigner sur un éventuel problème à paraître mais ne l’empêche point, seulement permet une prise en charge précoce. Mesurer la tenseion artérielle ne chnage en rien à sa maladie, sauf à savoir si le traitement est oui ou non efficace. Alors attentions les pro de la santé – un jour les politiciens pourront dire que quasiement plus rien ne sera pris en charge par l’assurance de maladie car sans lien direct à guérir la maladie.

      Bonne journée

      PS pour le poids, un médecin allemand a écrit le livre « lizenz zum essen » où justement il décrit que manger moins n’apporte qu’à grossir! Puisque le corps se mets « stand by », ce que nombreux experts de ce domaine nie farouchement. Là aussi pas mal de truc qui clochent, mais bon il faut bien faire vivre les industrie agro-alimentaire et pharmaceutique.

    • Médecin = Dieu le père ? Voici ce que dénonçait déjà Molière  » Il vaut mieux mourir dans les règles que de réchapper hors des règles » !

      A dméditer : « L’homme d’aujourd’hui souhaite des miracles autant que celui d’autrefois, et s’il n’adhère à aucun culte religieux, il sacrifie sur l’autel de la science. Cette foi contribuera toujours à donner à la médecine l’autorité du sacerdoce […]. » (Pr René Dubos, célèbre microbiologiste et inventeur du premier antibiotique, in Mirage de la santé, p. 130).

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