Je vous propose l’analyse de l’article suivant :

http://sante.lefigaro.fr/actualite/2012/10/16/19299-comment-savoir-si-cancer-prostate-est-agressif

Tout d’abord le titre est accrocheur : « comment savoir si un cancer de la prostate est agressif » . Il pourrait se résumer en : Vais-je mourir de mon cancer de la prostate ?

D’entrée, c’est assez angoissant pour un homme à qui on a découvert un cancer de la prostate et qui veut savoir si celui-ci est grave ou non . En effet, ce titre présuppose que la découverte du cancer est faite .

«  PSA, biopsie, score de Gleason Les urologues disposent de nombreux outils pour détecter et surveiller ce type de tumeur …. »

Ce qui est important ici c’est le terme détecter , il suggère que l’on fait un acte de détection et non de diagnostic. Détection: action de découvrir, de mettre à découvert, révélation.

Donc, nous ne sommes plus sur la discussion de la gravité du cancer de la prostate mais sur son dépistage .Et effet, qui dit détection dit dépistage et cela se confirme avec la mention des PSA qui sont un dosage fait dans le sang. Les PSA ne peuvent pas déterminer s’il y a un cancer ou pas ( manque de fiabilité et de spécificité du test) et donc si un cancer est agressif ou pas.

Rien que dans cette première phrase, le sujet a dévié sur la détection ( dépistage) .

«Le cancer fait partie du vieillissement normal de la prostate», rappelle le Pr Emmanuel Chartier-Kastler, professeur d’urologie à La Pitié-Salpêtrière (Paris), mais, s’empresse-t-il d’ajouter, «chez certains hommes cela évolue vers une maladie et pour d’autres il n’y aura jamais d’évolutivité.»

Nous avons donc ici un expert qui s’exprime .

Où est sa DPI ( Déclaration Personnelle d’intérêt) ?

Pour mémoire, tout professionnel de santé qui s’exprime doit en faire une , c’est la loi.

Nous n’avons donc aucun renseignement sur le professeur d’urologie qui s’exprime sauf à savoir qu’il travaille dans un grand hôpital parisien .

Est-ce important de connaître la DPI d’un professionnel de santé ?

C’est pour moi absolument capital. En effet, chacun d’entre nous est influencé dans ses convictions par un certains nombres de paramètres.

On peut comprendre qu’un professionnel de santé dont une partie des revenus dépend de certains actes  , aura beaucoup de mal à dénoncer ces derniers quel que soit le niveau de preuve présentée.

« Ainsi, la détection d’un cancer au stade précoce n’est-elle que le début de l’histoire. »

Cette phrase confirme que l’on parle bien de dépistage , ce qui est confirmé par la phrase suivante où est évoqué le dosage des PSA

Se poursuit un paragraphe qui montre le sérieux de la société française d’urologie « évitons les raccourcis » qui décrit parfaitement l’état actuel des connaissances mais qui se termine par la phrase suivante :

« Malgré ses défauts, le PSA reste aujourd’hui le seul moyen, avec le toucher rectal, de détecter un cancer de la prostate au stade précoce, et donc de le guérir. »

N’est-ce pas ici la promotion du dépistage du cancer de la prostate par PSA ?

N’est-ce pas le leitmotiv utilisé pour la promotion du dépistage: plus on détecte tôt , plus on peut guérir .

Or on sait aujourd’hui et la HAS l’indique dans ses recommandations : il ne faut pas faire de dosage de PSA pour détecter un cancer de la prostate. :

http://www.e-cancer.fr/toutes-les-actualites/4379-les-recommandations-de-la-has-sur-le-depistage-du-cancer-de-la-prostate

Donc cet article sous l’impulsion des urologues dit le contraire des études cliniques et des recommandations officielles

 

« Une maladie presque inévitable »

Tiens, tiens , ne serait-on pas en train de faire peur ?Le cancer de la prostate est donc quasiment une fatalité………….mais à 80 ans.

On nous rassure dans la bouche du professeur Salomon : il y a même de grandes chances qu’ils meurent d’autre chose, ( à 80 ans) avec un lien sur un autre article du journal : « Jusqu’à quel âge doit-on se faire dépister un cancer ? » . Il faut donc se faire dépister , la chose est dite. Pour être honnête il faut dire que dans cet article ( en lien) il est écrit que l’intérêt du dépistage du cancer de la prostate n’est pas démontré ( mais pour cela il faut lire l’article).

Mais il rajoute immédiatement : « La situation est évidemment différente lorsque le patient a 50 ou 60 ans. » . Nous sommes donc en plein dans la cible du dépistage du cancer de la prostate.

«La grande difficulté lorsque l’on retrouve des cellules cancéreuses en faisant une biopsie de prostate, explique le Pr Chartier-Kastler, c’est de savoir si elles sont en train d’évoluer et nécessitent un traitement (chirurgie ou radiothérapie le plus souvent, curiethérapie ou ultrasons focalisés dans certains cas, NDLR) ou, au contraire, si on peut les laisser tranquilles, sous surveillance active.»

Je rappelle que si on est arrivé au stade de biopsie c’est que le dépistage à été fait au préalable par le dosage de PSA ( qui je rappelle ne doit pas être fait systématiquement)

Mais que dit ce professeur d’urologie ?

Tout simplement que l’on ne sait pas déterminer précisément même à la biopsie si des cellules cancéreuses vont aboutir à un cancer agressif ou pas .

« …c’est aussi celui qui contribue le plus à situer la gravité du cancer détecté…. », c’est bien ce que je viens d’expliquer , la biopsie est l’examen qui permet d’avoir des renseignements mais sans certitude sinon on aurait écrit que la biopsie contribue à situer la gravité.

Les mots ont un sens !!!

Par ailleurs, la suite laisse à penser que les conclusions de l’anatomo-pathologiste ( le médecin qui étudie sous microscope les prélèvements ramenés par la biopsie) a un avis indiscutable ,«  gravé dans le marbre ». Or ce qui n’est pas écrit ici c’est que des études ont démontré que la « fiabilité » des conclusions de ce spécialiste sont très variables d’une personne à une autre . Pour le dire simplement , certains affirment que la tumeur est agressive , d’autres non.

Donc ce diagnostic n’est pas fiable et pourtant il détermine le traitement qui sera ensuite suivi.

 

Suit un paragraphe qui explique que si on ne détecte pas tôt le cancer , on ne le guérit pas . Cela sous entend l’importance du dépistage précoce ( leitmotiv pour justifier ce dépistage) .

Cela sous entend aussi que seul le dépistage est capable de guérir .

Par contre s’il est bien noté que la biopsie est un geste invasif , ce paragraphe la légitime, ce qui sous entend que la balance bénéfice-risque du dépistage est favorable.

Or c’est le contraire que dit la HAS quand elle déconseille le dépistage .

 

L’article se termine par : « Organiser la surveillance active »

Donc on ne parle plus de détection (dépistage ) mais de surveillance .

Mais surveillance de quoi ? Après quoi ? On surveille quoi ?

Ne fait-on pas allusion implicitement à un dépistage préalable ?

On nous dit :

« Le cancer de la prostate présente l’inconvénient d’être longtemps cliniquement silencieux, c’est-à-dire qu’il ne se traduit par aucun symptôme. »

Donc il n’y a pas de signes cliniques, pas de symptômes. C’est bien là le problème . On a longtemps cru que le dosage de PSA était la solution . Aujourd’hui, des études convergentes, indépendantes, ont remis en cause cette croyance à tel point que les recommandations des autorités sanitaires tant américaines que françaises ( HAS) vont à l’encontre de l’incitation au dépistage de cancer de la prostate par PSA . Mais cela n’est pas suffisant pour beaucoup de médecins dont la plupart des urologues .

Et pourtant il faut une surveillance active nous disent-ils !!!

« De ce constat ( pas de symptômes NDLR) est née l’idée de se contenter, pour ces patients, d’une surveillance régulière: PSA et toucher rectal tous les six mois, nouvelle biopsie un an après le diagnostic initial. »

Que veut dire pour ces patients ? Quel patients ?

Ceux qui n’ont aucun symptôme ?

Ou alors ceux qui ont déjà effectué un dépistage et chez qui un diagnostic de cancer est porté ?

La dernière phrase nous éclaire :

« Les deux tiers des hommes à qui l’on propose cette option y adhèrent mais un tiers «craque» au bout de plusieurs mois et préfère envisager une solution plus radicale (chirurgie souvent) en dépit de ses inconvénients potentiels. »

Nous parlons donc des patients pour lesquels un diagnostic de cancer de la prostate a été porté.

 

Au total , je trouve cet article très pervers : il parle de patients chez qui un cancer de la prostate a été trouvé . De façon subliminale, cet article sous-entend l’intérêt du dépistage du cancer de la prostate , pourtant non recommandé, sans jamais l’écrire.

Car comment avoir des patients avec un cancer de la prostate que l’on surveille s’il n’y a pas eu de dépistage ?

On perçoit ainsi le but de cet article .

Je reprends les phrases déjà citées de l’article :

« PSA, biopsie, score de Gleason Les urologues disposent de nombreux outils pour détecter et surveiller ce type de tumeur, par ailleurs très fréquente. »

« Ainsi, la détection d’un cancer au stade précoce n’est-elle que le début de l’histoire. Un parcours qui peut commencer par une prise de sang montrant un taux élevé de PSA (antigène spécifique de la prostate) et/ou par la palpation par un médecin d’un nodule lors d’un toucher rectal. »

« Malgré ses défauts, le PSA reste aujourd’hui le seul moyen, avec le toucher rectal, de détecter un cancer de la prostate au stade précoce, et donc de le guérir. »

« Si ce cancer est le plus fréquent en France, c’est aussi parce qu’il est presque inévitable »

« La situation est évidemment différente lorsque le patient a 50 ou 60 ans. »

« Le cancer de la prostate présente l’inconvénient d’être longtemps cliniquement silencieux, c’est-à-dire qu’il ne se traduit par aucun symptôme »

 

C’est vraiment un article modèle du genre, ne pas parler du dépistage du cancer de la prostate ( la HAS le déconseille) tout en en parlant «  entre les lignes » mais sans prononcer les mots de : « dépistage du cancer de la prostate » .

Du grand art !!!!

 

 

 

7 commentaires

  1. (je ne suis pas professionnel de santé)

    Pourquoi vouloir un nom ? L’analyse critique ne nécessite pas le nom de son interlocuteur.

    De plus je ne vois là que la critique d’un article qui est tellement bien informé que les deux premières techniques qu’il cite sont celles qui sont précisément les deux qui sont cité dans l’article de la HAS à ce sujet… article que l’on trouve en 2è lien en tapant « has prostate » (dans google)…

    http://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_1238094/depistage-du-cancer-de-la-prostate-par-dosage-du-psa-interet-non-demontre-chez-les-hommes-presentant-des-facteurs-de-risque
    «Parallèlement, les hommes s’exposent aux inconvénients et risques du dosage sanguin du PSA (possibilité de faux positifs notamment) puis à ceux des biopsies de confirmation diagnostique (perte de sang dans les urines et le sperme, risque d’infections, de rétention urinaire, possibilité de faux négatifs) et enfin aux conséquences physiques et psychologiques liées aux traitements (troubles sexuels, urinaires, digestifs).»

    Il eut donc été de bon gout d’au moins nuancer le propos dans cet article du figaro qui pour le coup fait preuve de dogmatisme («le dépistage, c’est bien! Tous!»; les détails? OSEF)…

  2. Affligeant ! Qui êtes vous donc pour vous permettre de suspecter des conflits d’intérêt la ou il ne s’agit que de faire baisser la mortalité de ce cancer qui tue encore 9000 hommes par an France dans d’atroces souffrances . Le dogmatisme vous aveugle . Un urologue qui croit encore en son métier

    • je voudrais poser le problème suivant:
      on a diagnostiqué 72000 nouveaux cas de cancer de la prostate en 2010 dont 5000 symptomatiques, les autres par dépistage ( chiffres le figaro )
      il y a 9000 morts par an dont presque 6000 après 80 ans.
      Que deviendraient les 67000 autres cas si on ne les avait pas dépisté. Mouront ils tous de leur cancer? A quel age?.

      • Vous posez une question fondamentale et je vous en remercie.
        Il y a des morts par cancers de la prostate , personne ne le conteste .
        Par contre depuis que le dépistage existe , le nombre de mort est stable , il n’y a pas plus de décès alors que ce dépistage nous dit-on sauve des vies .
        Par contre le nombre de diagnostic de cancer de la prostate a explosé du fait du dépistage .
        Pourquoi cette incohérence ?
        Tout simplement par l’amalgame cancer= décès.
        Tout cancer ne tue pas .
        Un nombre considérable de cancer de la prostate dépisté serait resté sans signification clinique si on ne les avait pas cherché.
        Ainsi une étude a montré suite à des autopsies systématiques d’hommes de plus de 80 ans morts de toutes causes que quasiment 100% d’entre eux étaient porteur d’un cancer de la prostate qui n’avait donné aucun signe clinique.
        Avec le dépistage du cancer de la prostate on dépiste tous les cancers sans pouvoir faire de distinction dans ceux qui seront mortels et ceux qui resteront sans signes . Les urologues le disent bien .

  3. Bonjour
    Facile de critiquer les urologues. De plus, il serait judicieux pour les lecteurs de votre blog, de pouvoir vous identifier afin de faciliter le dialogue.
    Bien à vous

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